Fêté le 3 décembre, François naquit d’une grande famille d’Espagne en 1506. Etudiant à Paris, il s’attacha à saint Ignace.

Il fut ordonné prêtre en 1537 et s’adonna aux œuvres de charité en diverses villes d’Italie. Envoyé en Orient en 1541, il évangélisa durant dix ans l’Inde et le Japon et y opéra de nombreuses conversions. Il allait pénétrer en Chine quand il mourut en 1552. Grégoire XV le canonisa en 1622.

Pour mieux connaître la vie  de François-Xavier étape après étape

Lettres de saint François-Xavier à saint Ignace de Loyola

Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile !

Nous avons traversé des villages de chrétiens qui s’étaient convertis il y a quelques années. Aucun portugais n’habite en ces lieux, car la terre y est extrêmement stérile et pauvre. Faute de prêtres, les chrétiens qui y vivent ne savent rien d’autre que dire qu’ils sont chrétiens. Ils n’ont personne pour dire la Messe ; ils n’ont personne pour leur enseigner le Credo, le Pater Noster, l’Ave Maria et les Commandements de Dieu.

Lorsque je suis arrivé dans ces villages, je les ai tous parcourus activement et j’ai baptisé tous les enfants qui ne l’étaient pas encore. C’est pourquoi j’ai fait enfants de Dieu une grande multitude de petits enfants qui, comme on dit, ne savaient pas même distinguer leur droite de leur gauche. Les enfants m’assiégeaient tellement que je ne trouvais le temps ni de dire mon office, ni de manger, ni de prendre du repos ; il fallait absolument que je leur enseigne des prières ; je commençai alors à comprendre que c’est à eux qu’appartient le Royaume des Cieux.

Je ne pouvais refuser sans impiété une si sainte demande. Je commençais leur instruction par la confession du Père, du Fils et du Saint-Esprit, puis par le Credo, le Pater Noster, l’Ave Maria. J’ai reconnu en eux de grandes ressources ; s’ils avaient quelqu’un pour leur enseigner les préceptes du christianisme, je suis sûr qu’ils deviendraient de très bons chrétiens.

Des foules ici manquent de devenir chrétiennes, faute d’hommes qui se consacrent à la tâche de les instruire. Bien souvent, il me prend envie de descendre vers les universités d’Europe, spécialement celle de Paris, et de crier à pleine voix, comme un homme qui a perdu le jugement, à ceux qui ont plus de science que de désir de l’employer avec profit : “Combien d’âmes manquent la gloire du ciel et tombent en enfer à cause de votre négligence !”

Quand ils étudient les belles-lettres, s’ils voulaient étudier aussi le compte que Dieu leur demandera pour le talent qu’il leur a donné ! Beaucoup sentiraient peut-être le besoin de s’engager alors à des exercices spirituels qui les mèneraient à découvrir la volonté divine, après avoir renoncé à leurs propres inclinations, et à crier à Dieu : « Seigneur, me voici. Que voulez-vous que je fasse ? Envoyez-moi où vous voudrez, oui, même chez les Indiens. »

(Lettres du 28 octobre 1542 et du 15 janvier 1544,
texte original espagnol dans : Epistolae S. Francisci Xavierii aliaque ejus scripta , éd. G. Schurhammer, s.j., et I. Wicki, s.j., t.I M.H.S.J., 67 Rome 1944, pp. 147-148 et 166-167).

Un chant pour saint François Xavier : Pèlerin des océans

1. Pèlerin des océans,
conquérant de l’univers,
sans savoir où vogueront
les caravelles de Dieu,
tu t’enfuis toujours plus loin,
enflammé de quel désir ?
L’âme bénie du Christ
te sanctifie de son feu ;
le corps très pur du Christ
te sauve de toute peur.

2. Docile et bel instrument
entre les mains de ton Dieu,
aimant d’intense amitié
tes amis dans le Seigneur,
tu vas de plus en plus seul
assoiffé de quel dessein ?
Le sang précieux du Christ
t’enivre à perdre le sens ;
l’eau du côté du Christ
t’abreuve et te purifie

3. Tu agis dans l’Esprit Saint
rapportant tout à Dieu seul,
tu agis de tout ton cœur,
en te livrant sans compter,
tu agis en vérité,
et pour aider quel prochain ?
La passion du Christ
te fortifie dans la foi ;
tu prends pour seul appui
le nom très doux de Jésus.

4. Combattant sans autre épée
que l’amour des plus perdus,
messager d’un Dieu pour tous
à partager comme un pain,
quêteur des trésors enfouis
qui manquent au corps de Dieu,
Ton cœur se tient caché
dans les blessures du Christ ;
greffé aux plaies du Christ,
rien ne peut t’en séparer.

5. Dépouillé de tout honneur,
anéanti dans l’amour,
tendu vers les horizons
où se lève le soleil,
où le Soleil des soleils
ne s’est pas encore levé,
La voix du crucifié
t’invite à vivre sa mort ;
la voix du Christ vainqueur
te dit de venir à lui.

6. Compagnon du Roi Jésus,
ouvrier de ses travaux,
saint parmi les saints du ciel,
tu prends part à son bonheur,

tu l’as suivi sous la croix,
il t’accueille près de lui,
Tu peux louer sans fin
le beau sourire du Christ ;
tu as gagné sa joie,
la joie du ressuscité.

La vie de François-Xavier

NAVARRE – PARIS LATIN – MONTMARTRE – VENISEROMEGOAMOLUQUESJAPONSANCIAN

NAVARRE

Xavier est pour nous aujourd’hui un prénom. Or, ce n’était à l’origine qu’un nom de lieu, dont la graphie hésita longtemps (Saviero, Xabier, Xavier, etc.) pour se fixer enfin sur nos cartes touristiques en Javier. Le château fut donné au XIIIe siècle par Thibault IV, comte de Champagne, aux ancêtres de François, les Azpilcueta, en reconnaissance de leurs loyaux services. Or les Azpilcueta devaient s’éteindre avec la mère de François. A l’occasion de son mariage avec Don Juan de Jassu, ministre des finances du roi de Navarre, ce dernier transféra au père de François le nom et les armes de Xavier. Ce don s’accompagnait d’une clause: le dernier fils de Don Juan et de Maria hériterait du titre… Ce dernier fils, ce serait François! Voilà pourquoi il signait: Francis de Xavier, Francesco de Xavier, ou Francesco tout court. La célébrité a ses servitudes: notre François de Xavier devint François Xavier, et même Xavier.

Lorsque naît François, le 7 avril 1506, la Navarre est encore un royaume indépendant sur lequel règne Jean III d’Albret. Se sachant menacée par la Castille qui unifie les Espagne à son profit, la Navarre s’appuie sur la France. Or lorsque Louis XII entre en guerre avec le Pape Jules II, la Castille en profite pour envahir la Navarre (1512). Toutes les forteresses, dont Javier, sont démantelées et les terres confisquées : le père de François meurt de chagrin en 1515 et François a 10 ans lorsqu’il voit des escadrons de soldats castillans raser murs et tours de la haute demeure seigneuriale.

En 1521, les ” communeros” de Castille se soulèvent contre leur suzerain, Charles Quint, un Germain. Henri d’Albret, successeur du roi Jean, croit le moment venu de libérer sa patrie ; une armée française l’appuie. Deux frères de Xavier rallient les troupes de libération. Le 24 mai, Français et Navarrais attaquent Pampelune; la ville tombe, mais la citadelle, dont un jeune gentilhomme basque, Inigo de Loyola résiste et soutient le courage. Inigo est blessé par un obus. La citadelle capitule. Inigo est reconduit au château de Loyola par des soldats français. Bientôt il se convertira, à la lecture d’une vie du Christ et de la biographie de saints. Commence alors pour lui un itinéraire mystique, dont François un jour bénéficiera. Le succès de Pampelune sera éphémère. Peu après, les Castillans infligeaient aux Français et aux Navarrais la défaite de Noain. L’expédition libératrice tourne à la déroute ; toute la Navarre au sud des Pyrénées est annexée au royaume de Castille.

De 15 ans à 18 ans, François mène une vie solitaire et monotone, et partage l’angoisse et la fierté de sa mère, dans l’attente du retour au château de ses deux frères aînés résistants jusqu’au-boutistes face à Charles Quint. Le plus gros de ses journées et surtout les longues soirées s’écoulent dans cette grande chambre, qui sert à la fois de salle à manger et de cuisine, de salle de séjour et de réception.

En sortant du château ou en y rentrant, il s’arrête dans le petit oratoire tout proche, à la chapelle San Miguel (le patron du château) où se dresse sur sa Croix le Christ au sourire douloureux et vainqueur, ce Christ que ses ancêtres ont enfoui dans la muraille au temps où les Sarrazins envahissaient la Navarre, ce Christ qui, pendant les derniers mois de sa vie missionnaire, se couvrira – dit-on – tous les vendredis, de grosses gouttes de sueur.

Que choisir à 19 ans ? L’éventail des voies possibles est étroit pour ce fils d’une famille quasiment ruinée, cadet de deux frères politiquement marqués et dont le père n’est plus là pour reconstituer la fortune. Alors quelle carrière ? Pas celle des armes évidemment. Partir pour les nouveaux mondes? Il faudrait s’aboucher avec les Espagnols honnis ou les Portugais. Restait le Droit – à la fois la célébrité de son parent, le ” Docteur de Navarre “, et l’exemple de son père l’y inclineraient – et les charges ecclésiastiques. Avant de choisir définitivement, il faut d’abord passer les examens de la Faculté des Arts. Va pour les Arts ! A ces hautes études, François est préparé: il a appris déjà le latin. Vers quelle Université s’orienter ? Alcalà est célèbre, mais elle est située en Castille. Par la terre des Jassu, François ressortit à la France, et l’Université de Paris jouit en ce temps-là d’une réputation européenne : la Navarre y possède même un ” collège “. Et puis pour un jeune hidalgo, ambitieux, rêveur, sensible, curieux, Paris a bien des attraits. Voici donc ce qui est décidé. C’est à Paris qu’il ferait les treize ou quinze ans d’études qui le conduiraient au fructueux diplôme de ” Docteur en Théologie”.

Par prudence, François, avant de partir, se fait tonsurer, comme clerc à la cathédrale de Pampelune ; d’autant que cela ne l’engage à rien et l’exempte du service militaire et de la juridiction des tribunaux civils. François dit adieu à sa mère, à ses frères, au château démantelé, symbole de ses drames et de ses chances. Mais il est sûr de conjurer le sort qui jusqu’ici lui a été hostile. Lorsqu’il reviendra un jour à Javier, il sera docteur en droit ou en théologie: un avenir brillant lui est encore ouvert. Ainsi rêve-t-il ! Jamais François ne franchira de nouveau le pont-levis de la demeure seigneuriale. Il ne sera jamais docteur. Et pourtant si le nom de Javier figure encore sur les cartes de la région, c’est à lui qu’on le doit. François part pour un rendez-vous qu’il n’avait pas prévu.

> Pour aller plus loin :
Un site personnel d’une généalogie familiale remontant à François-Xavier
Le site de l’office du tourisme navarrais (en espagnol)

PARIS LATIN

Paris est en train de devenir une véritable capitale : sur la rive gauche de la Seine, le ” Pays latin “, l’Université avec ses soixante collèges, et l’abbaye célèbre de Sainte-Geneviève. Entre la ville et le Pays latin, plusieurs îles, et ce qui agrée beaucoup à François – grand amateur de tir à l’arc et de saut en hauteur – son ” terrain de sports “.

Paris respire à pleins poumons l’air de la Renaissance. Certes, il serait dangereux de se déclarer ouvertement favorable aux thèses de Luther, mais un parfum de fronde flotte dans l’air. Les écrits du jeune Calvin circulent sous le manteau.

François Ier, tout en faisant des processions réparatrices pour les sacrilèges commis par certains étudiants fanatiques, sait fermer les yeux. François n’est pas sans se laisser séduire. Comme pour les escapades nocturnes de ses camarades, il ne se refuse pas à ces hardiesses, mais se tient à l’écart des flammes trop ardentes.

François s’installe au collège ” Sainte-Barbe “. Il partage sa chambre, dès 1525, avec un régent assez déluré – et qui mourra un jour de ses fredaines -, et un jeune Savoyard, Pierre Favre, timide, indécis, studieux autant qu’il est possible de l’être à vingt ans : le contraire de François. En 1530, les deux amis sont reçus à la licence ès arts : les portes des Facultés supérieures s’ouvrent avec, en perspective, le droit, la médecine, ou la théologie, au choix.

François opte pour la carrière ecclésiastique. Une fois docteur, il sait que les honneurs et surtout les plantureux “bénéfices ” lui seront accessibles. Mais d’ici là il lui faut vivre.

Il va alors briguer une chaire de chanoine de la cathédrale de Pampelune, et, pour constituer son dossier, il est nécessaire qu’il prouve sa noblesse. Il attendra six ans.Mais alors, il nourrira d’autres ambitions…

Pour gagner un peu d’argent, il brigue, une fois sa maîtrise ès arts obtenue, une place de régent au Collège de Beauvais, mais garde, pour son logis, sa chambre de Sainte-Barbe, où Pierre Favre demeure lui aussi, ayant opté également pour la théologie.

François s’abandonne à la vie insouciante et facile de l’étudiant dont l’avenir semble assuré. Quand il rentre à Sainte-Barbe, il y retrouve son ami savoyard : avec lui, il sort parfois, et arpente le parc voisin des Chartreux (aujourd’hui le Jardin du Luxembourg et Denfert-Rochereau).

Tout irait bien entre les deux amis, s’il n’y avait entre eux cet étrange compagnon qui partage leur chambre et pour qui François n’éprouve aucune sympathie…

Il s’appelait Inigo de Loyola et à 38 ans, étudiait encore.

Tout était fait pour séparer les deux hommes. Inigo négligeait sa tenue, claudiquait, professait une orthodoxie stricte. De plus, il s’était battu à Pampelune en 1521 contre les Navarrais, peut-être même contre les frères de François, et, autre tare, il avait d’abord logé au collège de Montaigu, rival de sainte Barbe.

Enfin ne murmure-t-on pas qu’il a ” détraqué ” trois étudiants espagnols avec un petit livre de son cru, les Exercices Spirituels ?

1533: une année-tournant dans l’existence de ces trois compagnons : Inigo est reçu à sa licence ès arts et la sœur aînée de François meurt en odeur de sainteté.

 Quant à Pierre Favre, conquis par Inigo, il part pour sa Savoie natale, afin de dire adieu à ses parents et vivre la pauvreté évangélique.

Voici donc en tête-à-tête Inigo et François. Que se passa-t-il entre eux? On l’ignore. Quoi qu’il en soit, lorsqu’en janvier 1534, Favre rentra à Paris, il trouva François aussi résolu que lui-même à suivre Inigo… Un jour, à Rome, Inigo lâchera cette confidence devant son secrétaire, Polanco: François avait été ” la plus rude pâte qu’il ait maniée “.

> Pour aller plus loin :
La paroisse Saint-François-Xavier à Paris
L’église Saint-Ignace à Paris  

MONTMARTRE

Bientôt ce sont six étudiants qui ont accepté l’appel que leur lance l’Esprit Saint à travers les conversations et l’exemple d’Inigo : un Portugais, Simon Rodriguez, deux Castillans, Jacques Laynez et Alphonse Salmeron, un Tolédan, Nicolas Bodadilla ont rejoint François et Pierre Favre. On se retrouve chez l’un ou chez l’autre; on parle de l’amour du Christ, de l’immense faim des âmes, de la crise de l’Église. Un feu les dévore : suivre le Christ pauvre, travailler avec Lui “chez les fidèles et les infidèles”, se dévouer aux plus pécheurs, aux plus pauvres. Mais que faire exactement? Où aller? Longues conversations, longues délibérations. Ils cherchent.

Un premier pas leur semble s’imposer à leur générosité. Quand tous auront terminé les études requises pour être ordonnés prêtres, c’est-à-dire dans trois ans, ils partiront pour Jérusalem, ” à l’apostolique “, c’est-à-dire dans la plus stricte pauvreté, sur les pas du Seigneur dont ils sont épris, et affronteront le grand ennemi de la Chrétienté, le ” Turc “.

Et si quelque obstacle les empêchait de passer à Jérusalem, ils iraient, après un an d’attente, se mettre à la disposition absolue du ” Vicaire du Christ “, le Pape de Rome : la terre d’obéissance serait pour eux Terre Sainte.

Et ce projet, une fois mûri, ils décident de le sceller par un vœu.

Le 15 août 1534, les sept amis montent à Montmartre.

Montmartre, en ce temps-là, est encore une banlieue rustique de Paris, des vignobles au-dessus desquels des moulins battent des ailes; une grande abbaye bénédictine coiffe la colline; à flanc de coteau, un peu en contrebas, une modeste chapelle pointe au-dessus des vignes : c’est là que la tradition situe le martyre de saint Denys et de ses compagnons.

Dans la crypte, consacrée aux martyrs, Pierre Favre, qui a été ordonné le 30 mai dernier, célèbre la Messe; au moment de la Communion, chacun s’engage devant tous à vivre toujours selon la pauvreté évangélique et dans le célibat, puis prononce le vœu de pèlerinage à Jérusalem, si patiemment mis au point au cours de leurs délibérations, et le vœu de se mettre se mettre à la disposition du Pape si Jérusalem reste inaccessible au bout d’un an.

 

Ils passent le reste de la journée en “conversations spirituelles “, dans le plein vent de la colline déserte. De cette cérémonie toute simple, tous resteront marqués toute leur vie. Un jour, neuf ans après la mort d’Ignace, en 1565, Simon Rodriguez écrira à Bobadilla:

” Nous qui avons eu la grâce d’aller à Montmartre… “

Sur la fin du mois d’août, ses cours de régent terminés, François fait les Exercices Spirituels. A la fin de mars 1535, Inigo part pour l’Espagne car sa santé exige une ” cure d’air natal “. Le groupe de Montmartre, loin de se disloquer après le départ d’Inigo, se resserre autour de Favre, et même recrute. En 1535, Claude Jay, un prêtre savoyard; en 1536, Paschase Broët, un prêtre picard et Jean Codure, du diocèse d’Embrun. Chaque année le 15 août, on monte à Montmartre et on renouvelle le vœu de 1534.

Les dix premiers compagnons d’Ignace. François est au centre, en haut.

Avant de quitter ses compagnons, Inigo leur avait donné rendez-vous à Venise, le port d’où partaient les navires de pèlerins vers la Terre Sainte. Pour éviter la guerre entre François Ier et Charles Quint, François et ses huit compagnons font route par la Lorraine, l’Allemagne, la Suisse, le Tyrol… à pied évidemment. C’est pour François la première expérience de la route ” à l’apostolique “, la route de pauvreté et de prière, du péril imprévu, mais aussi des rencontres providentielles.

> Pour aller plus loin :
La crypte des vœux (martyrium) aujourd’hui à Montmartre

VENISE

Le 6 janvier 1537, les neuf compagnons arrivent à Venise, sains et saufs. Inigo est là qui les attend, avec une nouvelle recrue, le prêtre Diégo Hocez, qui mourra un an plus tard, exténué de charité et de pénitences.

Comme à Venise, aucun départ de navire n’est prévu pour la Terre Sainte avant juin 1537, François et ses compagnons décident de se mettre au service des pauvres et des malades des deux grands hôpitaux où ils ont pris logis.

L’hôpital Saint-Jean et Saint-Paul où allèrent les compagnons

En mars, tous, sauf Ignace, se rendent à Rome pour solliciter du Pape Paul III l’autorisation de faire le pèlerinage de Jérusalem et, pour les non-prêtres, celle de recevoir les Ordres sacrés. Paul III se montre très intéressé par ce groupe de jeunes hommes que Dieu lui envoie pour l’aider en sa réforme de l’Église. Le 24 juin, Ignace et François Xavier sont ordonnés côte à côte à Venise “au titre de la pauvreté volontaire et de la science suffisante”.

La guerre qui sévit entre Venise et les Turcs interdit tout passage en Terre Sainte.

Les compagnons se dispersent de nouveau dans les villes universitaires de l’Italie du Nord : François s’en va a Bologne – la ville où son père avait étudié le droit – en compagnie de Bobadilla. Le froid et les austérités lui valent une maladie dont il faillit mourir.

Avant de se séparer, les Compagnons tinrent ” une longue délibération” pour décider ce qu’ils répondraient à qui leur demanderait leur nom :

Voyant qu’il n’y avait pas de chef parmi eux, ni d’autre supérieur que Jésus Christ qu’ils voulaient servir à l’exclusion de tout autre, il leur parut bon de s’appeler la Compagnie de Jésus.

C’est vraisemblablement à Venise que François eut ce ” rêve ” qu’un des compagnons, Laynez, racontera plus tard :

Une nuit, François s’éveilla en sursaut et cria à Laynez :
“Jésus, que je suis fatigué !
Savez-vous ce que je rêvais ?
J’essayais de porter un Indien sur mes épaules;
il était si lourd que je ne parvenais pas à le soulever”.

ROME

Rome en 1540

Selon le vœu de Montmartre, il était convenu que si le passage en Terre Sainte s’avérait impossible, pendant l’année qui suivrait leur départ de Paris, les Compagnons iraient à Rome

se mettre à la disposition inconditionnelle du ” Vicaire du Christ ” pour toute mission. En cette fin de 1537, le délai est expiré. Ils se regroupent à Rome, vers Pâques 1538.

Quelqu’un qui revit François à son arrivée à Rome, nous livre son impression :

” Il ressemblait moins à un homme vivant qu’à un cadavre ambulant… Ombre de ce qu’il avait été… J’estimai qu’il ne retrouverait jamais la santé et serait désormais incapable de fournir le travail d’une journée.”

En attendant l’audience pontificale, ils missionnent dans Rome. François, pour sa part, prêche et confesse à l’église Saint-Louis-des-Français, catéchise les enfants. Le groupe l’a choisi comme ” secrétaire “. Il le restera deux ans… Lorsque il reçoit enfin les Compagnons, le Pape accepte leur oblation avec joie.
Tout de suite, on demande ces prêtres de tous côtés. Charles Quint les voudrait aux Indes espagnoles, Jean III de Portugal aux Indes portugaises; les évêques et les princes de l’Italie du Nord qui les ont vus à l’œuvre, sollicitent leur retour ; le Pape songe à les utiliser comme Nonces, comme instruments de la réforme de l’Église. Et ils ne sont que dix…

Que va-t-il advenir de leur précieux compagnonnage, dispersés qu’ils seront en tous pays de la Chrétienté et hors de la Chrétienté ? En mars 1539, ils délibèrent longuement.

Première décision : comme leur groupe a été formé et voulu par Dieu, ils doivent garder entre eux des liens étroits d’amitié.

Deuxième décision cette amitié se scellera par le vœu d’obéissance ” à l’un d’entre eux “. L’étape qui vient d’être franchie est importante la Compagnie de Jésus, de groupe de libres compagnons, se transforme ainsi en Ordre Religieux.

Paul III

Ce n’est que le 24 septembre 1540, que Paul III signera la Bulle Regimini militantis, qui établira dans l’Église la Compagnie de Jésus. A cette date, François aura déjà quitté Rome et sera parti vers son grand destin.

En ce début de l’année 1540, Jean III de Portugal avait obtenu du Pape que deux des Compagnons fussent affectés aux jeunes missions des Indes. Ce sont Rodriguez et Bobadilla qui sont choisis… Lui, François, restera secrétaire à Rome. Bobadilla est donc rappelé de Naples à Rome, mais il arrive dans un état de santé si délabré que son départ est impensable. François est donc désigné pour le remplacer.

Ignace racontera son départ, après la mort de François :
” Le Père, écrit-il, s’empressa de me répondre:
Me voici ! Me voici !
Puis il se retira pour empaqueter deux vieux pantalons
et une soutane indescriptible. “

En quittant Rome, François laisse trois lettres cachetées qu’il ne faudra ouvrir que si Paul III approuve enfin la Compagnie de Jésus : l’une contient sa délégation de pouvoirs aux autres Compagnons qui se réuniraient à Rome pour rédiger ou approuver les Constitutions ; la seconde, son vote (en faveur d’Ignace, ou si celui-ci venait à manquer, en faveur de Favre) pour l’élection du futur Préposé Général ; la troisième confie à Laynez le soin de faire sa profession religieuse entre les mains du futur Général.

Profession de François écrite de sa main

En mars 1540, François part avec l’ambassadeur du Portugal. En attendant le départ de la flotte pour les Indes, Rodriguez et François se livrent ” aux ministères accoutumés “. Leur dévouement apostolique suscite dans Lisbonne une telle admiration étonnée que des pressions s’exercent sur le Roi pour qu’il les garde au Portugal. Le Pape sollicité remet la décision à Ignace, qui tranche à la manière de Salomon : Rodriguez, le Portugais, restera à Lisbonne, François partira pour les Indes.

Le 7 avril 1541, le jour anniversaire de la naissance de François, il embarque avec deux compagnons sur le Santiago qui emmène le nouveau vice-roi, Martin de Sousa, vers les Indes. Pour tout bagage, François emporte un vêtement chaud, son bréviaire et, curieusement, une petite anthologie de textes d’écrivains sacrés qui ne le quittera plus.

> Pour aller plus loin :
D’autres infos sur François-Xavier
La relique du bras de François dans l’église du Gesu à Rome

GOA

A Goa, François débarque en qualité de Nonce Apostolique. Les lettres qu’il tient de Rome lui donnent pleins pouvoirs sur les fidèles et les infidèles de l’empire colonial du Portugal.


Comme les Apôtres, François enseignera, baptisera, réconciliera, proclamera à tous, ” à temps et à contre-temps ” la Parole du Salut.

 

Sa pauvreté personnelle, ses austérités, son dévouement, sa prière, sa joie aussi, parleront aux cœurs des hommes plus encore que sa parole. Sa prédication, ce sera sa propre personne, sa vie, son exemple. Il rayonne. Il implante l’Église, laissant le soin à d’autres, derrière lui, d’organiser, de structurer, de former ces communautés. François, comme les Apôtres, est un pionnier, mais un pionnier qui ” porte le poids de toutes les églises ” qu’il fonde.

On a dit que sa théologie était trop sévère, et qu’il mettait trop facilement en enfer ceux qui refusaient sa prédication. Ce n’est pas tout à fait exact : un examen précis des cas et des textes montre qu’un homme sincère dans son refus, s’il vivait selon sa conscience, était fort apprécié et respecté de François et que celui-ci réservait ses sévérités pour ceux des Portugais et des païens qui, par leurs mœurs, dérogeaient, ceux-ci à la loi naturelle, ceux-là à la loi chrétienne.

On lui reprochera aussi de n’avoir pas saisi les richesses de l’hindouisme, de l’Islam, du confucianisme. C’est exact. Mais Paul, Pierre, Thomas n’avaient-ils pas jadis choisi d’annoncer de façon abrupte un Dieu crucifié et ressuscité, “folie pour les païens” ?

Goa éblouit François. Mais il ne fut pas long à perdre ses illusions. En fait, Goa était un grand port où la minorité portugaise était fort riche. L’armée du Roi Jean y maintenait un ordre impitoyable. François prend logis à l’hôpital. Sans doute prêche-t-il et confesse-t-il dans la petite église de Notre-Dame du Rosaire proche de l’hôpital. Mais aussi il parcourt les rues, la clochette à la main, pour assembler les passants. Tous les dimanches, il va retrouver les lépreux, hors de la ville.

Un établissement retient l’intérêt de son cœur : le collège Saint-Paul, dit de la Sainte-Foy. Soixante jeunes gens. indiens, cingalais, malais, malgaches, éthiopiens, cafres du Mozambique, y vivent et sont instruits aux frais du Roi Jean III. François songe à former un clergé indigène ou du moins de solides chrétiens qui porteront le Message du Christ à leurs frères de race.

Il y a sept mois que François est arrivé à Goa lorsque le vice-roi l’envoie “dans un pays où, de l’avis de tous, les perspectives sont brillantes de gagner les hommes à la foi” : la côte des Paravers au sud de l’Inde. On y accède par Cochin. François part le 20 septembre 1542 accompagné de trois clercs paravers, formés au collège de la Sainte-Foy ; ils lui serviront d’interprètes car il ignore le premier mot du difficile tamoul.

Quelque trente mille Paravers – dits ” Pêcheurs de perles ” – répartis en une trentaine de villages vivaient sur une bande côtière qui s’étend au Nord du Cap Comorin. Misérables parmi les plus misérables ils occupaient l’avant-de