Éditée par les Éditions jésuites, la revue bimestrielle Rivages nourrit la réflexion sur les questions importantes de la vie dans un contexte de changement de société au travers d’interviews, de témoignages, de rencontres, mais aussi de pages d’information. Elle puise aussi dans les ressources du monde de l’art pour inspirer la quête spirituelle de chacun.

Quelle place donnons-nous à l’intériorité et à la spiritualité dans le monde d’aujourd’hui ? Depuis cinq ans, l’équipe éditoriale de la revue Rivages, ancrée dans le monde chrétien et imprégnée de la tradition ignatienne, emmène le lecteur à la découverte de différents horizons spirituels et l’accompagne dans sa recherche de sens, dans le soin de sa propre dimension intérieure et dans sa relecture de l’actualité.

Dans l’esprit du discernement ignatien qui appelle à l’ouverture et au dialogue, Rivages explore les spiritualités, recherche le sens en divers domaines de la vie avec un esprit serein et positif dans lequel intuition et raison se complètent.

L’actualité, la crise sanitaire, la crise de la démocratie nous montrent à quel point une analyse sereine est vitale pour pouvoir voir de nouveaux possibles. Nous rencontrons des chercheurs de divers horizons et, en entretien, ils apportent leurs compétences à notre réflexion.

Trois axes sont proposés sous forme de rubriques : Rencontrer, Vivre, Contempler.

Rencontrer : aller à la rencontre de chercheurs de sens dans l’actualité. Entretiens et témoignages sont en lien avec nos thématiques, envisageant souvent l’écologie, les relations humaines.

Vivre : nos chroniqueurs, écrivains, proposent des réflexions, leur relecture du thème du numéro en partant de points de vue divers.

Contempler : la revue est constellée d’œuvres d’art, invitant à la contemplation de la création artistique. L’art est une voie royale vers la spiritualité : nous puisons donc dans ce monde pour inspirer la quête de chacun. Chaque couverture est créée avec une œuvre d’art : peinture, sculpture, photographie, architecture, aquarelle, calligraphie contemporaine ou appartenant au patrimoine historique. Certains numéros sont illustrés par des « artistes invités ».

Chaque numéro développe une thématique en lien avec les grandes questions humaines : Rebondir, Rire, Débattre, Apaiser sont les dernières envisagées et traitées sous plusieurs prismes.

revue Rivages

Ancrage et ouverture

Avec un ancrage dans le monde chrétien, l’équipe éditoriale ouvre des portes vers d’autres traditions spirituelles : spiritualité musulmane, bouddhiste mais aussi pleine conscience ou psychanalyse. L’équipe de rédaction réunit des jésuites (comme Charles Delhez ou Jacques Scheuer), mais aussi une moniale bénédictine (Marie-Raphaël de Hemptinne), un dominicain (Alain Arnould), une dominicaine laïque (Myriam Tonus), un bibliste (André Wénin), des philosophes et professeurs à l’Université de Namur (Nicolas Monseu et Dominique Lambert), un diacre permanent (Guy Ruelle), un animateur pastoral (Maxime Bollen), et je suis dans le monde pédagogique et artistique. Nous croisons aussi les regards avec la psychanalyse et ouvrons nos oreilles au dialogue islamo-chrétien. Plusieurs écrivains (Jean-Pierre Otte, Geneviève Bergé, etc.) se joignent à nous pour enrichir nos thèmes.

Des partenaires enrichissent la réflexion avec leur ouverture spécifique : le Centre Avec (Centre jésuite d’analyse sociale), BePax (organisation d’éducation permanente), Magma (Magazine Mixité Altérité) ou encore le Forum pluraliste RivEspérance.

Rivages invite ainsi ses lecteurs à être au monde, dans toutes ses dimensions, à cheminer à l’écoute du monde intérieur et extérieur et à tendre ainsi vers la joie.

Pascale OttenPascale Otten
Rédactrice en chef de la revue Rivages

Un exercice : énergie et audace

Spécialiste des philosophies et religions orientales, le P. Jacques Scheuer sj a publié de nombreux ouvrages, notamment aux Éditions jésuites. Il invite à nous décentrer et à créer des ponts entre spiritualités chrétienne et orientale. À travers cet exercice, il veut ouvrir le regard et créer des ponts entre spiritualités chrétienne et orientale.

Beaucoup de gens, en Occident surtout, ont l’impression que le bouddhisme est une doctrine de passivité et d’absence de désir. Pourtant, il y a 12 ou 13 siècles déjà, le moine bouddhiste indien Shântideva montrait, dans son ouvrage Vivre en « héros pour l’Éveil », que ce « héros » est un être de désir, de projet, d’énergie et même d’enthousiasme… à condition qu’il fasse preuve de détachement et de liberté intérieure. « Accroître l’enthousiasme » suppose, dit-il, que l’on développe « l’aspiration, la confiance en soi, la joie, la renonciation, la pratique et la force du contrôle de soi » (7.32). On le voit : il s’agit de maintenir un équilibre subtil. La confiance en soi ne peut se dégrader en relâchement, en paresse ; elle doit tout autant éviter la suffisance, l’orgueil. La confiance en soi donne l’audace de s’engager de façon décidée, mais toujours pour le bien d’autrui. « J’agirai seul » : telle est la fierté dans l’action. Perturbé, impuissant, le monde ne peut opérer son propre bien. Moi-même, je le ferai. (7.49-50) Pour celui qui, par découragement, abandonne l’effort, comment se libérer de l’infortune ? Mais celui qui a développé confiance en soi et énergie est difficile à vaincre, même par de grands obstacles. (7.53)

Comment un chrétien peut-il entendre le message du bouddhisme (qui ne parle pas de Dieu) ? L’Éveil est la capacité de voir les êtres tels qu’ils sont, sans projeter sur eux ni désirs possessifs ni crainte ou mouvement de recul. Certains exercices méditatifs permettent d’élargir progressivement le cercle des êtres dont je deviens capable de partager les peines et les joies, les souffrances et le bonheur. À condition, toujours, de me maintenir dans une attitude d’ »indifférence » : non pas de froideur ou de désintérêt mais d’équilibre et de non-attachement.

Se développe alors une attitude active de compassion bienveillante à l’égard de tous les vivants : le souci de soulager leurs souffrances et de les conduire à leur tour vers le plein Éveil, une réalité qui, sans être personnelle ou divine, me précède et me dépasse. Toutefois, il n’est pas conçu comme une réalité personnelle : le bouddhisme ne parle pas de Dieu.

Cet article a paru dans la revue Échos jésuites (automne 2021), la revue trimestrielle de la Province d’Europe Occidentale Francophone. L’abonnement, numérique et papier, est gratuit.

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