Noël et Pâques se donnent la main

« A Noël, la vie s’offre comme spontanément; ici, il faut faire le pari de la vie jusqu’au bout… » Une chronique de Charles Delhez, s.j., curé de Blocry et conseiller spirituel des Equipes Notre-Dame pour CathoBel.

Méditation de Pâques A Pâques, les églises sont pleines, certes, mais pas autant qu’à Noël. C’est que, du côté de la Noël, il y a quelque chose à voir : un enfant. Du côté de Pâques, la tombe est vide. Il faut les yeux de la foi. L’énigme n’est pas encore résolue: on n’a toujours pas trouvé le corps de Jésus. Il est ressuscité, dit-on. C’est un mystère dans lequel on peut plonger et qui donne un surplus de sens à notre existence par-delà tous les démentis et d’abord celui de la mort.

A Noël, la vie s’offre comme spontanément; ici, il faut faire le pari de la vie jusqu’au bout, en traversant la souffrance, en affrontant les questions existentielles les plus angoissantes. Chacun perçoit, un jour ou l’autre, que ce pari n’est pas facile, qu’il est sans cesse à refaire en refusant, parfois de hautes luttes, le non-sens apparent, l’absurde menaçant. Il ne s’agit pas d’un instinct, comme celui de se reproduire, d’accueillir un enfant, mais du choix libre de vivre et de donner sa vie jusqu’à la perdre.

Pâques est de l’ordre du mystère. Si la résurrection de Jésus ne débordait pas le compréhensible, si elle était à la portée de notre intelligence raisonnante, elle ne serait qu’un fait divers de plus, hors norme peut-être, mais à taille humaine… “La foi, c’est accepter d’être dépassé” (Eric-Emmanuel Schmitt). Si la résurrection était compréhensible, elle serait décevante.

Deux fêtes de la lumière

Ces deux fêtes célèbrent cependant toutes deux la lumière. La première, au cœur de l’hiver. Le soleil est au plus bas dans l’horizon de l’Occident. Et voilà qu’il reprend de la hauteur, il vit son orient. A Pâques, c’est la lumière qui répond aux ténèbres du Vendredi saint. Elle jaillit de la mort. Un feu nouveau sera béni au cœur de la nuit. Dans certaines paroisses, ce sera à la fin de la nuit, juste avant le lever du soleil. Le cierge pascal, de sa petite flamme, éclairera toute l’église et sa lumière se propagera petit à petit parmi les participants. C’est plus qu’un jour nouveau qui se lève, c’est une création nouvelle. Sur le visage du Ressuscité brillent déjà les premières lueurs du monde que nous espérons.

Autre point commun, la faiblesse et la fragilité qui nous disent l’humilité de Dieu. Quoi de plus fragile, en effet, qu’un nouveau-né qui ne peut vivre sans notre protection ? Quoi de plus faible qu’un crucifié sur une croix ? La vie serait-elle plus forte que toutes les faiblesses qui la fragilisent ? Le croyant répond oui. Dans la foi, il a fait l’expérience de la présence du Ressuscité, présence ni physique ni visible, mais intérieure. Il se laisse rejoindre à l’intime par celui qui a proclamé le Royaume et a donné sa vie pour lui.

Plus vrai que des fake news

Certes, les différences entre les récits évangéliques sont nombreuses. Les fake news sont bien mieux organisées! Ces textes ont cependant assez en commun et suffisamment de différences pour nous convaincre qu’il ne s’agit pas d’une leçon apprise par cœur, d’une conspiration, d’un complot, mais d’une expérience indicible qui a transformé radicalement les témoins. Il en va d’ailleurs de même de nos expériences humaines les plus fortes. Les mots ne parviennent jamais à les traduire, notre manière de les raconter peut évoluer et varier, mais on ne peut nier que, ce jour-là, dans notre vie, un changement majeur s’est produit. Il en fut de même pour les disciples.

Notre aventure humaine est écartelée entre le néant et la plénitude, l’absurde et le mystère. Pâques est ce souffle venu d’un tombeau vide, murmuré au fil des siècles et qui parvient à nos oreilles aujourd’hui encore. Grâce à Dieu, la vie aura le dernier mot. Que cette bonne nouvelle, d’abord discrète, nous ait atteints malgré les aléas de l’histoire était improbable. Et pourtant! Deux mille ans plus tard, elle nous interpelle encore. Nous sommes invités à passer du « Oui mais »… au « Et si c’était vrai? », à miser notre existence sur elle.

Noël et Pâques se donnent la main ! L’enfant est promesse, le Ressuscité est accomplissement. Jésus montre ses plaies, traces de son amour, de sa vie offerte jusqu’au bout. La vie sort victorieuse de l’aventure humaine quand elle est vécue dans l’amour. Quelle espérance !

Charles Delhez, s.j.
Curé de Blocry,
Conseiller spirituel des Equipes Notre-Dame