Décès du P. Jean-Marie Faux sj (1923-2022)

Jésuite belge, le P. Jean-Marie Faux sj est décédé le 2 mai 2022. Son engagement entier et franc pour une société plus juste l’a amené à s’engager en bien des lieux et dans bien des milieux. Il participa notamment à la création du Centre Avec. Découvrez sa vie et son engagement dans les quelques lignes ci-dessous.

pere jean marie faux Né en 1923 dans la région de Charleroi, Jean Marie grandit dans une famille aimante. Il perd son père à l’âge d’11 ans mais il en hérite l’engagement chrétien démocrate. Jean Marie entre dans la Compagnie de Jésus (et devient donc jésuite) en 1941, où il se consacrera d’abord aux études. Il deviendra doublement docteur, en philologie romane et en théologie. C’est donc tout naturellement qu’il se voit confier la responsabilité d’enseigner la théologie fondamentale d’abord à Louvain puis à l’Institut des Etudes théologiques (I.E.T.) à Bruxelles. Dans cette période de sa vie (années 1960), il accepte de devenir accompagnateur spirituel de divers personnes et groupes, animant notamment des retraites annuelles pour plusieurs congrégations religieuses féminines. Il traduit des livres et il écrit des articles, d’abord surtout sur le plan théologique, puis de plus en plus comme citoyen engagé. Après un solide ouvrage sur une question qui restera toujours essentielle pour lui, « Réfugiés et nouvelles migrations » (éditions de l’I.E.T., 1993), évoquons l’excellent « Au cœur du monde » (livre de théologie de l’engagement social et civique paru en 2009 aux éditions Lumen Vitae) et le récent « Que penser de l’enseignement social de l’Eglise ? » (éditions Fidélité, 2018), mais aussi de nombreux articles d’engagement social (voir notamment ceux publiés sur ce site).

C’est en juillet 1977 que Jean Marie fonde, avec quelques confrères jésuites, la « communauté Avec » dont le nom fait référence, selon ses dires, à « la solidarité, l’engagement et la collaboration », une manière pour les jésuites de s’engager, tant intellectuellement que dans la militance, aux côtés de celles et ceux laissés-pour-compte. La communauté s’installe dans un quartier populaire de Schaerbeek et accouche du Centre (1980) qui lancera en cette même année une revue « Evangile et justice », rebaptisée en 2008 En Question. Fin des années 1970, l’intellectuel Jean Marie entreprend également un parcours d’engagement dans des associations pluralistes et militantes : contre le populisme d’extrême droite du bourgmestre schaerbeekois Roger Nols, puis dans le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX), dont la fondatrice Yvonne Jospa dira qu’il était la plume (années 1980). Nombreux sont celles et ceux à l’avoir (re)connu dans des manifestations militantes aux côtés des personnes migrantes notamment.

Sans jamais avoir été directeur, Jean Marie a été le fondateur, le nestor et le mentor du Centre Avec. Il aura inspiré et noué une amitié profonde avec ses anciens et actuels collègues – mention toute particulière pour sœur Moira McDowall, première cheville ouvrière de l’association et amie de cœur – tout comme de nombreuses personnes de tous bords engagées pour un monde meilleur. Après la période de la militance, viendra celle de la synthèse, des contributions plus discrètes et de l’accompagnement (années 2000) : au Centre Avec comme dans ses autres lieux d’engagement, Jean Marie participe intellectuellement, produit un nombre impressionnant d’analyses et de traductions et rend divers services. Désormais établi à l’arrière du Collège St-Michel, le Centre Avec a peut-être perdu son insertion géo-spatiale en milieu populaire, il lui importe, avec Jean Marie, de rester ami de cœur des personnes exclues de la société et de construire des ponts au sein de la société civile entre femmes et hommes de bonne volonté.

Extrait de l’homélie prononcée par le P. Pierre Piret sj lors des funérailles du P. Jean-Marie Faux sj

Le lundi 9 mai 2022, une messe de funérailles était célébrée en son honneur en l’église Saint-Jean-Berchmans, à Bruxelles. Vous pouvez lire l’homélie que prononça le P. Pierre Piret sj.

Jean-Marie exprima de temps à autre sa prédilection pour le récit de Jésus lavant les pieds de ses disciples, et même, un jour, le souhait que ce texte de saint Jean soit proclamé lors de la célébration de ses funérailles… […]

Le lavement des pieds, au soir de la Passion. Ce geste d’humble service et d’amour résume, illustre le comportement inlassable de Jésus durant sa vie, jusqu’à la fin. « Ce que j’ai fait », dit-il. Puis, immédiatement, « faites-le ». Or n’est-ce pas, de façon multiple et selon les besoins, un tel engagement de service et de solidarité que tant de personnes de par le monde – et nous pouvons les rejoindre – exercent en faveur de leurs frères et sœurs en humanité ?

« Ce que j’ai fait, faites-le vous aussi ». Les deux choses se conjoignent, formant un seul appel : être seul à seul avec lui, le Maître et Seigneur ; être tout à tous avec eux, nos frères et sœurs humains (Fratelli tutti).

Cette seule et même vie, Jean-Marie l’a aimée ; elle fut sienne, demeurant ferme et se déployant progressivement. Il put déclarer, au cours d’une entrevue publiée par la revue En question (124-2018) : « J’ai toujours eu ce désir d’être au cœur du monde ».

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