Fête le 9 septembre, Pierre Claver naquit à Verdu, en Espagne, en 1580. Il étudia les lettres et les arts à l’université de Barcelone à partir de 1596 et entra dans la Compagnie en 1602. Spécialement encouragé par saint Alphonse Rodriguez, portier du collège de la Compagnie à Majorque, il répondit à la vocation missionnaire qu’il entendit alors.

Né en 1580, saint Pierre Claver n’a été canonisé qu’en 1888 par le pape Léon XIII. Le pontife lui vouait une grande dévotion. Il ira jusqu’à dire qu’après la vie du Christ, aucune vie ne lui avait davantage “remué l’âme” que celle du grand apôtre saint Pierre Claver. Il l’a alors déclaré “patron universel des missions auprès des Noirs”. C’est notamment pour cette raison que 300 jeunes afro-américains interpréteront une chorégraphie lorsque le pape François se rendra sur la tombe du saint.

Pierre Claver se rend en 1610 à Carthagène des Indes où il est ordonné prêtre en 1616 et se fait “esclave des Africains, pour toujours”. Dans ce port arrivent en effet des esclaves par centaines que Pierre Claver nourrit, soigne et évangélise. Il aurait baptisé, dit-on, quelque 300.000 âmes. Il s’éteint en 1654.

Lettre de saint Pierre Claver : “Annoncer l’Évangile aux pauvres, guérir les cours blessés ; annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres.”

Hier, 30 mai 1627, jour de la Sainte Trinité, débarquèrent d’un énorme navire un très grand nombre de Noirs enlevés des bords de l’Afrique. Nous sommes accourus portant dans deux corbeilles des oranges, des citrons, des gâteaux et je ne sais quoi d’autre encore. Nous sommes entrés dans leurs cases. Nous avions l’impression de pénétrer dans une nouvelle Guinée ! Il nous fallut faire notre chemin à travers les groupes pour arriver jusqu’aux malades. Le nombre de ceux-ci était considérable ; ils étaient étendus sur un sol humide et boueux, bien qu’on eût pensé, pour limiter l’humidité, à dresser un remblai en y mêlant des morceaux de tuiles et de briques ; tel était le lit sur lequel ils gisaient, lit d’autant plus incommode qu’ils étaient nus, sans la protection d’aucun vêtement.

Aussi, après avoir enlevé notre manteau, avons-nous pris tout ce qu’il fallait pour assembler des planches ; nous en avons recouvert un endroit où nous avons ensuite transporté les malades en passant à travers la foule. Puis nous les avons répartis en deux groupes : mon compagnon s’occupa de l’un d’eux avec l’aide d’un interprète, et moi-même du second. Il y avait là deux Noirs, plus morts que vivants et déjà froids, dont il était difficile de trouver le pouls. Nous avons mis des braises sur des tuiles et avons placé celles-ci au centre, près des moribonds ; puis nous avons jeté sur ce feu des parfums contenus dans deux bourses que nous avons entièrement vidées. Après quoi, avec nos manteaux (ils n’avaient en effet rien de ce genre et c’est en vain que nous en avions demandé à leurs maîtres), nous leur avons donné la possibilité de se réchauffer : ils parurent, grâce à cela, retrouver chaleur et respiration ; il fallait voir avec quelle joie dans les yeux ils nous regardaient ! C’est ainsi que nous nous sommes adressés à eux, non par des paroles, mais avec nos mains et notre aide ; et comme ils étaient persuadés qu’on les avait amenés ici pour les manger, tout autre discours aurait été complètement inutile. Nous nous sommes assis ou mis à genoux auprès d’eux, nous avons lavé avec du vin leur figure et leur corps, faisant tout pour les égayer et leur montrant tout ce qui peut mettre en joie le cour des malades.

Plus tard, nous nous sommes mis à leur expliquer le catéchisme du baptême, leur disant quels étaient les effets admirables du baptême aussi bien pour le corps que pour l’âme. Quand ils nous parurent, à travers leurs réponses à nos questions, avoir suffisamment compris tout ceci, nous sommes passés à un enseignement plus approfondi, c’est-à-dire à leur parler d’un seul Dieu qui donne récompenses et châtiments selon ce que chacun mérite, etc. Nous leur avons demandé de dire leur contrition et de manifester combien ils détestaient les péchés qu’ils avaient commis. Lorsque, enfin, ils nous ont paru suffisamment prêts, nous leur avons expliqué les mystères de la Trinité, de l’Incarnation et de la Passion ; nous leur avons montré une image du Christ, fixé sur une croix où l’on voyait, des blessures du Christ, couler des ruisseaux de sang sur les fonts baptismaux ; nous leur avons fait dire avec nous, dans leur langue, un acte de contrition.

(Lettre du 31 mai 1627 à son Supérieur ; texte original espagnol dans A. Valtierra, s.j. : San Pedro Claver , 1964, pp. 140-141).

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