« Magis Calais » : tisser du lien avec les exilés

Du 28 juillet au 11 août, un groupe de jeunes du Réseau Magis, s’est rendu à Calais pour vivre un temps de fraternité et de service auprès des exilés. Retour sur ce séjour par le P. Jacques Enjalbert sj, qui accompagnait le groupe.

Nous étions quatre de Magis Paris à nous rendre à Calais pour nous mettre au service des exilés, du 28 juillet au 11 août dernier. Accueillis par le P. Philippe Demeestère sj, qui vit sur place avec quelques-uns qui demandent l’asile en France, nous avons tâché de nous mettre à l’écoute et au service des exilés, en rejoignant notamment les volontaires du Secours Catholique.

Des exilés forcés de vivre dans la misère

camp de refugies a calais Ce qui frappe le plus, c’est la misère dans laquelle sont maintenus ceux qui arrivent à Calais. La situation sur place est avant tout déterminée par la politique du refus de « points de fixation » qui conduit à une précarisation permanente et extrême des exilés car la réponse associative aux besoins les plus élémentaires en est en permanence compliquée. Le premier besoin d’un arrivant à Calais, c’est de se procurer une des tentes premier prix distribuées par les associations pour ne pas dormir dehors et rejoindre un campement. Les associations ne peuvent venir y distribuer nourriture ni y installer WC ni douches ou encore offrir un accès à l’électricité et la recharge des téléphones portables sous peine d’amende. Seule la dépose de citernes d’eau est permise. Sur place, les ordures n’y sont pas ramassées et s’accumulent. Les associations doivent donc proposer ces services à distance. Les campements sont régulièrement démantelés par les forces de l’ordre pour être le plus souvent déplacés simplement quelques dizaines de mètres plus loin. Les exilés absents au moment de ces opérations se voient confisquées toutes leurs maigres affaires qu’ils doivent récupérer dans un lieu excentré.

Tisser des liens de confiance

recharge de téléphones portables, Calais Passer sur les campements pour tisser du lien, être accueilli toujours avec grande dignité et joie autour d’un café au gingembre ou un thé à la cannelle sur les maigres feux de camps improvisés, donner les informations utiles aux nouveaux arrivants mais aussi ramasser régulièrement ensemble 100 à 150 sacs poubelles de déchets avec les exilés d’un campement, voilà nos matinées.

Être présent à l’accueil de jour du Secours Catholique, havre de paix qui accueille entre 300 à 350 exilés l’après-midi pour se laver à l’eau froide dans ce qui ne sont que des toilettes, entretenir son linge, recharger son portable, se couper les cheveux, mais aussi danser dans la cour, jouer au foot ou à des jeux de sociétés, prendre un cours de français ou d’anglais, réfléchir aux dangers du passage en Angleterre, aux conditions de la demande d’asile ou de l’accueil des mineurs (un quart d’entre eux ?) en France et au Royaume-Uni… En aidant ainsi, nous avons tissé de nombreux lien de confiance… Et vite la parole se libère pour dire les conditions parfois terribles de l’exil : l’esclavage et les sévices subis par ceux qui passent en Lybie, le danger des traversées par bateau, l’espoir d’une terre d’accueil pour une vie meilleure, les errances qui durent parfois des années… Moments d’humanité simple, qui ne peut que peu mais rappelle chacun à l’essentiel : nous sommes frères et sœurs… Et l’espérance toujours là qui relance malgré tout…

Saurons-nous un jour accueillir dignement ces hommes et ces femmes ? Leur offrir simplement l’essentiel ?

pere jesuite Jacques Enjalbert (original) P. Jacques Enjalbert sj

(Communauté jésuite de Saint-Denis – La Plaine)