P. Cyrille Causse sj et P. Aimé Yoh sj, les premières messes
Le 04 janvier dernier, les jeunes prêtres Cyrille Causse et Aimé Yoh ont prononcé leur première homélie en l’église Saint-Férréol, sur le vieux port de Marseille. Nous vous proposons de (re)découvrir leurs paroles émouvantes.
Considérons l’histoire du mage Phanie
Regardez cette crèche. Nous y voyons Balthazar, Melchior et Gaspard. Mais connaissez-vous l’histoire du quatrième mage ? Elle s’appelait Phanie. Balthazar, Melchior, Gaspard E-pi-Phanie !
Phanie part donc pour la crèche avec de l’or, de l’encens et de la myrrhe. En chemin, elle rencontre un homme blessé et dépouillé par des brigands. Touché de compassion, elle s’approche et se baisse pour le soigner avec sa myrrhe. Puis elle le porte à l’auberge. Et pour payer les frais, elle donne son or.
Elle part ensuite dans la précipitation, craignant arriver trop tard à la crèche. Mais elle réalise plus loin qu’elle a oublié à l’auberge … l’encens
Phanie se retrouve les mains vides. À quoi bon continuer le chemin ? Que faire : arriver à la crèche les mains vides ? Et nous, qu’aurions-nous fait à sa place ?
Or, sans le savoir, c’est au Christ lui-même que Phanie a donné son or et sa myrrhe. Car le Christ nous dit : « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Quant à l’encens oublié… C’est un oubli ! Phanie n’est pas parfaite. Et ce n’est pas grave. Car le Christ ne nous demande pas d’être parfait, il nous demande d’aimer : aimer Dieu, aimer son prochain, et s’aimer soi-même.
Espérons donc que Phanie fera le pari de la confiance en osant se présenter à l’Enfant de la crèche les mains vides. Espérons qu’elle croira en ce Dieu bon et miséricordieux.
Oui, l’Enfant de la crèche nous accueillera les bras ouverts si, au terme de notre pèlerinage, nous nous présentons à Lui en ayant fait de notre mieux pour aimer, même de manière imparfaite.
Contemplons à présent les mages à la crèche.
Ce mouvement de Phanie nous mène au cœur de l’Évangile : la rencontre des mages avec l’Enfant Jésus.
L’année jubilaire se clôture aujourd’hui. Tout au long de l’année 2025, l’Église nous a invité à être des « pèlerins de l’espérance ». Observons comment les mages peuvent nous enseigner à faire un pas de plus dans notre pèlerinage :
« Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents. »
Entrer – Voir l’enfant – Tomber à ses pieds – Se prosterner devant lui – Ouvrir ses coffrets – Offrir ses présents.
Chacun de ces verbes est une grâce que nous pouvons demander dans notre relation à Dieu:
– Entrer là où Dieu se trouve, ou mieux, le laisser entrer chez nous.
– Se prosterner, c’est-à-dire se mettre à son école, devenir ses disciples. Lui, qui est « doux et humble de cœur ».
– Ouvrir et offrir : Lui ouvrir notre cœur, même s’il est un peu vide, et le lui offrir tout entier.
Que peut espérer après une telle rencontre ?
Le pèlerinage des mages ne s’arrête pas à la crèche. Ils repartent chez eux, mais « par un autre chemin ». Ils ne cherchent plus l’étoile dans le ciel, mais écoutent la boussole de Dieu en eux. Désormais c’est à l’intérieur d’eux-mêmes qu’ils laissent le Seigneur les guider.
Demain, après les fêtes de fin d’année, les vacances, le week-end d’ordination,… c’est le retour à la vie ordinaire : le travail, l’école, les cours, les dossiers… Et je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il y a parfois le « blues du dimanche soir ». On redoute la reprise.
Il y a 15 ans jour pour jour, le 2 janvier 2011, je revenais de mon tout premier « Pèlerinage de confiance sur la terre » organisé par la communauté de Taizé à Rotterdam. Après y avoir prié avec des milliers de jeunes, reprendre mon travail à Paris n’était pas évident. Et là, comme Phanie, j’ai fait le pari de la confiance. Le pari que Dieu est partout le même et qu’il est présent non pas uniquement pendant ce pèlerinage extraordinaire, mais aussi qu’il est possible de le trouver dans mon quotidien, au travail. Le pèlerinage de confiance s’est poursuivi chez moi, en moi. C’est d’ailleurs cette année-là que j’ai rencontré la Compagnie de Jésus… Une confiance qui m’a mené jusqu’ici, aujourd’hui.
Je demande pour chacun de nous la grâce que le pèlerinage de l’espérance vécu en 2025 se poursuive cette année en un chemin de confiance avec le Seigneur.
Adressons-nous à Jésus, dans la crèche et disons-lui avec confiance :
« Nous voici devant toi avec nos mains, parfois vides. Rappelle-nous que le cadeau le plus précieux que nous pouvons t’offrir est celui de la charité, et fais grandir notre désir d’aimer.
Demain, quand l’ordinaire du quotidien reprendra, reste notre boussole et notre joie. Accorde-nous la grâce de la confiance car tu es présent avec nous à la maison, au bureau, à l’école, dans nos familles et communautés.
Amen. »
La fête de l’Épiphanie, c’est toujours la fête de Noël : la bonne nouvelle de la naissance du Sauveur annoncée depuis longtemps par les prophètes dans l’Ancien Testament. La bonne nouvelle de Dieu qui se fait homme pour nous sauver !
Ce qu’il y a de plus spécifique aujourd’hui, c’est que cette bonne nouvelle se répand et se manifeste déjà à toutes les nations, et plus seulement dans la proximité immédiate de l’étable et de la petite ville de Bethléem : « toutes les nations marcheront vers toi » nous dit la première lecture. Et avec les mages, nous les voyons ces nations étrangères se mettre en route vers Jérusalem et la Palestine pour rendre hommage à l’enfant Jésus.
Ce qui est étonnant, c’est le contraste que l’on perçoit dès le début entre ceux qui viennent parfois de loin, comme les mages, pour honorer l’enfant, et ceux qui, proches, refusent d’accueillir la bonne nouvelle : par scepticisme, par mépris, et même par hostilité, comme en témoigne Hérode, le roi de Judée ! Le mot d’Épiphanie exprime bien tout cela : Épiphanie, cela veut dire manifestation d’une réalité cachée. Une réalité qui peut donc demeurer cachée à nos yeux, si nous choisissons de l’ignorer, de passer à côté, ou si simplement nous ne lui prêtons pas attention. Ou bien une réalité qui peut véritablement illuminer et transformer nos vies, si nous choisissons et prenons les moyens de l’accueillir.
C’est justement le chemin que les mages nous indiquent : depuis le murmure, l’écho lointain de la naissance de Jésus, jusqu’à leur rencontre avec lui. Ils nous invitent à ne pas laisser la naissance de Jésus rester un simple souvenir, une belle histoire, mais à accueillir pleinement sa présence parmi nous aujourd’hui. À nous prosterner, nous aussi, devant le mystère d’un Dieu qui se fait l’un des nôtres. Tout à l’inverse d’Hérode, qui entend la nouvelle de la naissance de Jésus, mais ne cherche pas véritablement à le connaître, et même fomente sa mort.
Que nous apprennent ces mages venus d’Orient sur la manière d’accueillir véritablement la bonne nouvelle de Noël ? Au moins trois choses :
• Ils nous invitent à nous mettre en route, à chercher activement l’enfant Jésus, à ne pas rester simplement passifs.
• Ils nous apprennent à convertir notre attente du salut, d’une idée trop humaine du sauveur, à l’humilité de l’enfant dans l’étable, de Dieu qui se fait homme.
• Ils nous enseignent enfin à être lucides sur le mal qui déjà se lève contre l’enfant Jésus, sans pour autant laisser nos cœurs s’obscurcir au point de perdre la joie du salut.
Ils acceptent de se mettre en route au signe de l’étoile.
Dieu a l’art de nous donner des signes qui ne s’imposent pas à la vue : repérer et suivre une étoile, c’est accepter par définition de marcher dans la nuit. C’est accepter de chercher une clarté fugitive, sur un fond d’obscurité. La première lecture nous parle de la clarté naissante de l’aurore : les mages sont d’abord des veilleurs, des guetteurs attentifs.
Cela nous indique la manière dont Dieu veut entrer en relation avec nous : non pas avec force et puissance, non pas avec une manifestation éblouissante qui saturerait la vue, mais en laissant de l’espace pour une réponse libre : l’Esprit de Dieu nous appelle, il souffle dans nos cœurs, mais jamais il ne s’impose à nous.
Suivre l’invitation de Dieu demande alors 2 choses :
• Une attention aux signes discrets que Dieu nous donne : en particulier dans la prière, dans la relecture de sa vie.
• Et l’audace de se mettre en route, ne serait-ce que par de petites décisions concrètes, sans attendre une évidence qui nous les imposerait.
C’est la condition pour marcher avec Dieu librement !
Ils acceptent de se laisser surprendre.
Avant eux, il y a déjà bien longtemps, un autre personnage d’Orient était venu en Israël pour découvrir et rendre hommage au roi des Juifs : la reine de Saba qui avait eu écho de la sagesse du grand roi Salomon, et qui était venue lui offrir de l’or, des aromates et des pierres précieuses.
Pour les mages, il était tout naturel de se rendre à la cour du roi Hérode et d’espérer peut-être rencontrer le nouvel enfant avec tout l’apparat, le décor d’une maison royale qui inspire le respect. Qu’ils ne se soient pas laissés décourager devant la simplicité de l’étable, devant la pauvreté sans éclat de cet enfant et de ses parents nous montre que leur chemin est aussi intérieur : celui d’une conversion de l’image d’un Sauveur tout en puissance, brillant et éclatant à la rencontre personnelle, désarmante, avec l’enfant de la crèche, d’un Dieu qui se fait petit pour nous manifester son amour.
Cette conversion, nous avons aussi à la vivre et à nous rappeler qu’elle n’est jamais complètement acquise… Car nous sommes si facilement attirés par une autre image de sauveur : des grands leaders politiques qui ramènent la prospérité rapidement, des guides religieux déjà saints… et finalement un dieu qui exercerait dès maintenant, avec puissance, sa justice… Mais l’enfant de la crèche, qui est roi de justice et en cela le digne héritier du roi Salomon, nous invite à une autre justice : celle qui découle de son travail patient, délicat pour révéler ce qui habite nos cœurs, et les convertir à son amour. Dans un monde qui va vite, et qui à bien des égards est en crise, le salut qui vient de l’enfant de la crèche nous paraîtra toujours un peu trop lent. À nous d’apprendre à marcher au rythme de l’Incarnation, sans hâter l’aurore.
Enfin, les mages ne se sont pas laissés troubler par le mal.
On perçoit déjà dans le récit de l’Épiphanie la violence qui va bientôt s’abattre : le récit de la naissance de Jésus n’est pas qu’un joli conte de Noël. Le roi Hérode n’a aucune intention de rendre hommage à l’enfant. Il va au contraire chercher à le mettre à mort pour protéger son propre pouvoir. Au milieu de cette réalité, les mages nous donnent l’exemple d’une confiance d’abord donnée : ils se rendent à la cour du roi Hérode pour se renseigner. Mais ils nous donnent aussi l’exemple d’une lucidité sur la réalité du mal, et en l’occurrence, sur les véritables intentions du roi Hérode : avertis en songe, ils évitent de se présenter à nouveau à sa cour sur le chemin du retour, et ils repartent par une autre voie vers leur pays.
C’est le propre de la lumière que de faire ressortir les zones d’ombre : accueillir l’heureuse nouvelle de la naissance du Christ suppose d’accepter également que des zones d’ombre subsistent, et même qu’elles puissent paraître plus grandes. Il faut reconnaître ces forces qui s’opposent à la venue de Jésus, sans jamais les laisser étouffer en nous la joie du salut. Et cela, c’est sans doute un vrai enjeu spirituel pour nous aujourd’hui, au moment où beaucoup d’inquiétudes sur l’avenir, la société et l’État du monde peuvent nous envahir et éteindre notre espérance.
Se mettre en route au signe de l’étoile, se laisser surprendre et convertir, ne pas laisser le mal troubler nos cœurs… Ce sont trois invitations pour qu’aujourd’hui encore, en ce temps de Noël, le mystère de l’Incarnation transforme vraiment nos vies.
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Article publié le 13 janvier 2026
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