Le peintre Arcabas à l’honneur dans la chapelle du Christ-Roi au Luxembourg

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Le peintre Arcabas à l’honneur dans la chapelle du Christ-Roi au Luxembourg

Dans la claire et lumineuse chapelle du Christ-Roi, sont arrivées, des Rameaux à l’Ascension, les peintures puissantes du peintre Arcabas…

Sur près de vingt mètres de long, 20 toiles forment un polyptyque, intitulé « Passion-Résurrection ». Cette oeuvre, datée de 2003, est habituellement exposée au sanctuaire de Scherpen-heuvel, en Belgique. Mêlant abstrait et figuratif, Arcabas fait hum-blement chanter la lumière, comme pour refléter ce que sa foi lui révèle : la présence discrète de Dieu au cœur de notre monde. Ses peintures donnent l’impression de retrouver la profondeur d’une présence, d’un quelque chose qui n’est pas dit.

La couleur éclate, magnifiée par l’application de feuilles d’or en une seule harmonie chatoyante. L’expression intense des visages et l’économie des gestes posent l’attention sur l’acte qu’ils annoncent. L’artiste nous invite à cheminer vers l’essentiel, désireux de toucher, sans la blesser, l’émotion de ceux qui regardent et hésitent encore à croire. Une réalité cachée va-t-elle se dévoiler ?

La Passion pour moi commence à Béthanie dit Arcabas : une femme vêtue de bleu accomplit son geste de célébration en versant le parfum précieux sur celui qu’elle seule reconnaît alors comme le Messie. Une courbe animée peinte d’or signifie la montée prophétique jusqu’à la massive Porte Dorée de Jérusalem que le Christ s’apprête à franchir, figure rayonnante et si solitaire déjà, juchée sur son âne dérisoire.

Le Lavement des pieds, la Cène sont deux gros plans où toute l’importance est donnée aux mains, car c’est l’action qui révèle Dieu. Infinie douceur de gestes inouïs, impensables : le maître se fait serviteur. Verre, assiette, forme du pain nous sont contemporains : l’aujourd’hui de Dieu. Mais le Baiser de Judas fait éclater la violence. Sur fond de brasier, une même bulle bleue entoure Jésus et Judas dont le regard est dédoublé. Il s’empare du Christ dans un baiser qui mord, qui emporte un morceau de Son visage.

Puis, c’est un tourbillon bleu qui accompagne la violence des gestes d’humiliation et d’insulte. L’Agonie est signifiée par deux peintures volontairement abstraites : nous sommes au cœur de l’indicible, sans mot et sans image devant ce déchaînement de violence. S’amorce dans le polyptique un mouvement de chute jusqu’à la descente de croix.

La Crucifixion est simple et sans fioriture. Une sérénité émane de l’oeuvre. Le corps supplicié est partiellement cerné d’or de l’auréole jusqu’à la croix-symbole à Ses côtés : ET Dieu, ET homme, le grand mystère … Arcabas omet l’écriteau rédigé par Pilate qui est remplacé par un chapiteau d’où tombe des langues de feu, à moins qu’il ne s’agisse de larmes. Est-ce Dieu qui pleure ? Ou moi-même voyant cela ?

La Pamoison de la Vierge n’est pas évoquée dans les évangiles. Ici, Marie mère de douleurs, si petite, perd conscience et s’effondre mais non jusqu’à terre. Jean, le disciple bien-aimé l’entoure de ses bras aimants, formant alors une mandorle d’amour nimbée d’or.

La Passion s’achève par la descente de croix: la mère reçoit dans ses bras son fils mort, mais la blancheur commence à gagner sur la nuit dans cette toile volontairement inachevée. Rupture de l’image, silence…Tout est accompli.

Puis vient le temps de la Résurrection signifiée par 3 grandes toiles. D’abord, l’Anastasie : le Christ descend dans les limbes afin de prendre avec lui toute l’humanité en attente de la vie qui l’emporte sur la mort… D’où toutes ces mains qui se tendent vers la lumière.

Vient le Christ Ressuscité : la lumière est d’or. Puissance et présence absolue de ce corps. Le Christ ressuscité sort frontalement de son tombeau s’appuyant du pied sur le rebord du tableau. Ses bras sont abaissés, mettant en évidence les stigmates des mains. C’est la miséricorde qui est soulignée ici, l’infinie bonté de Dieu. Jésus avance vers chacun de nous. Comme une inclusion, la dernière scène, les trois femmes au tombeau, répond à la première : c’est le même flacon présent dans les deux scènes, à nouveau les femmes sont premières à reconnaître le Christ. Portant la myrrhe, elles sont accueillies devant le tombeau ouvert par un ange immense : « Il est ressuscité ! » Leurs visages renvoient toute la perplexité de notre époque devant le mystère. « La paix soit avec vous ! ».

Plus d’une trentaine de groupes ont suivi les visites organisées et animées notamment par le P. Christian Motsch sj : des enfants, des jeunes et des moins jeunes avec leurs questions pleines de fraîcheur qui soulèvent tant de points d’interrogation. N’oublions pas les fidèles de la chapelle qui ont eu la joie de célébrer le temps pascal et d’éclairer leur méditation, leur prière, par la contemplation d’une oeuvre intensément spirituelle. Plusieurs nationalités bien sûr dans ce Luxembourg si cosmopolite ! Tous ont été saisis par une oeuvre belle et prenante.

Mais laissons le mot de la fin à l’artiste lui-même : Je suis davantage un homme du matin de Pâques, de la découverte du tombeau vide du Christ, que du vendredi saint ou moment de sa Passion douloureuse. D’une certaine manière, seule la peinture a su matérialiser le corps du Christ ressuscité.
Que soit ici remerciée la communauté jésuite à qui on doit ce prêt exceptionnel.

Marie-Cécile Manès-Murphy

> Photos : © Lucie Brousseau

2018-06-18T17:06:47+00:0018 juin 2018|