Le jour où… les jésuites ont inventé l’enseignement secondaire moderne

Au milieu du XVIe siècle, au moment de la fondation de la Compagnie de Jésus, les jésuites façonnent le modèle éducatif de l’enseignement secondaire, qui est encore en vigueur en France et dans la plupart des pays.

P. Aimé Yoh et ses élèves lors d'un cours de mathématique au Collège de Provence - Marseille (2025)

Non, les jésuites ne sont pas un « ordre enseignant ». Les premiers jésuites se vouaient à un apostolat purement spirituel et à la catéchisation des pauvres et des illettrés. Il en fut ainsi huit ans durant. Jusqu’au jour où saint Ignace se vit intimer par le pape l’ordre de répondre à la demande du vice-roi de Sicile, Jean de Vega : ouvrir un collège à Messine.
À Messine, en effet, comme ailleurs, les jésuites avaient ouvert un foyer universitaire où logeaient des étudiants qui avaient manifesté le désir de rejoindre l’ordre des jésuites une fois leurs études achevées. Les jésuites qui les encadraient organisaient pour eux, après les cours à l’université, des séances de « travaux pratiques ». Leur succès fut tel que nombre d’étudiants étrangers au foyer demandèrent à pouvoir les suivre, eux aussi. Les jésuites se taillèrent une réputation de pédagogues hors du commun. Le bruit en parvint aux oreilles du souverain qui fit agir le pape pour obtenir d’Ignace qu’il ouvre un collège d’enseignement au sens classique du mot.
Ignace était ainsi pris au piège du « quatrième vœu » qu’il avait institué pour les jésuites : celui d’obéir au pape pour les missions que celui-ci leur confierait. Le succès fut foudroyant : huit ans plus tard, à la mort de saint Ignace, en 1556, il y avait 40 collèges dans le monde entier, y compris en Amérique latine et en Inde.

Répartition par classes, temps scolaire, notation

Les premiers jésuites se sont fortement inspirés du système du collège Montaigu qu’ils avaient connu lorsqu’ils étaient étudiants à Paris. Ils ont commencé par regrouper les élèves par niveaux de connaissances dans ce qu’on a appelé les « classes », de la sixième à la première. De la sixième à la troisième, on les appelait classes de grammaire, parce qu’on y apprenait à lire, à écrire et à parler le latin, et souvent le grec (on étudiait secondairement les sciences). La classe de seconde s’appelait classe d’humanités, parce qu’on y étudiait plus spécifiquement la littérature (latine et grecque), pour comprendre ce que c’est que l’homme, l’humanité, la culture (la nouvelle culture « humaniste »). La classe de première s’appelait classe de rhétorique parce qu’on s’entraînait plus spécifiquement à l’expression orale et écrite. L’élève pouvait ensuite accéder à ce que nous appelons aujourd’hui l’enseignement supérieur.
L’autre innovation fondamentale a consisté à créer un temps scolaire fixe : ce que nous appelons aujourd’hui « l’horaire scolaire ». Une troisième innovation enfin a consisté à étalonner la réussite des élèves par le système des notes, sur le modèle des concours au mandarinat, importé par les premiers missionnaires jésuites en Chine. Ce système général fait partie aujourd’hui de notre patrimoine culturel.

P. Dominique Salin sj

P. Dominique Salin sj

Père jésuite, Dominique Salin est  aujourd’hui engagé aux services communautaires et travail au bénéfice de ministères divers.

Article publié le 27 janvier 2026

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