Les Journées Régionales de la Jeunesse (JRJ) 2019 se sont déroulées cet été au Liban. Du 27 juillet au 4 août, près de 350 chrétiens irakiens, jordaniens, égyptiens, syriens et libanais se sont réunis sur le thème “De sa paix dépend votre paix”. Récit de cette aventure exceptionnelle par le P. Jacques Enjalbert sj, aumônier des étudiants de Sciences Po.

Vendredi 26 juillet au soir à l’aéroport international de Beyrouth. Nous étions 25 français : sœur Sabine Algrin sfx et moi-même, accompagnés d’un groupe d’étudiants et jeunes pros des diverses propositions jésuites (Messe qui prend son Temps, Année Déclic, Equipes Magis), du Centre Saint Guillaume (l’aumônerie de Sciences Po) et de l’Œuvre d’Orient, à nous entasser dans la nuit chaude et humide de l’été dans un des bus scolaires du Collège Jésuite de Jamhour, musique arabe à fond…Une fois sur les hauteurs, nous voici sur une colline plantée de pins, havre de paix qui nous accueille pour les Journées Régionales de la Jeunesse, organisées par les Jésuites du Proche-Orient. Nous y retrouvons le reste du groupe français, 10 d’entre nous partis plus tôt pour vivre déjà une semaine de service dans un village chrétien des Monts du Liban.

Moments festifs et conviviaux

Mais c’est surtout plus de 300 autres jeunes venus d’Irak, réfugiés à Erbil de la plaine de Ninive, d’Alep, Homs et Damas en Syrie, d’Egypte et de Jordanie, que nous rejoignons pour dix jours de rencontre sur le thème de la paix : prières et célébrations ; ateliers et conférences par de grands témoins ; cinq jours de service sur le terrain par petits groupes de 15 un peu partout au Liban ; danse, chants et fête nous ont ouvert à la fraternité et l’Espérance vraie.

Partage de témoignages

L’appel du prophète Jérémie a porté toutes ces journées : « recherchez la paix en faveur de la ville où je vous ai déportés, et intercédez pour elle auprès du Seigneur, car de sa paix dépend votre paix » Jr 29,7. Au cœur des témoignages portés par ceux qui bâtissent la paix civile, nous avons aussi entendus et accueillis la clameur de ceux qui devenaient des frères, des sœurs en Christ et qui disaient le mur de la peur qui s’est installé entre communautés, le chemin si difficile de la réconciliation quand celui qui a tué ou détruit est parfois un voisin ou un ancien ami de classe, la vie devenue difficile pour le plus grand nombre, les perspectives d’avenir si incertaines, l’épreuve d’avoir vu partir en Occident la plupart de ses amis, de ses proches… Pourtant, là-même, nous avons été témoins de la force de leur foi, de la richesse de leur engagement et leurs initiatives concrètes pour leur communauté, leur pays, malgré les difficultés ! Les échanges riches en amitié, dans la foi ont été intenses…

Engagements sur le terrain

Puis nous sommes partis par petits groupes composés de chacune de nos nations, pour servir, qui dans un camp de réfugié syriens dans la plaine de Baalbek, qui à reconstruire des maisons d’un quartier sunnite de Tripoli détruites dans l’affrontement entre Daesh et l’armée libanaise en 2014, qui à organiser un camp regroupant des enfants réfugiés avec ceux de villages orthodoxe et sunnite libanais dans le Nord Liban, qui à se mettre au service de personnes âgées ou à monter une pièce de théâtre… Expériences belles et éprouvantes aussi. Occasion de comprendre encore davantage ensemble que l’Espérance est une force, un élan qui jaillit du cœur même de l’épreuve, qu’elle nous porte et nous dépasse, qu’elle a un visage : celui de Jésus, infiniment aimant, qui est aussi celui de Sarmad, Tony, Joly, Ghada, Suzanne, Hikmat, Joseph, et tant d’autres devenus des amis en Christ.

En un sens, rien ne se peut sans ces moments où nous étions plongés dans le don du Christ par ces liturgies coptes, grecque catholiques, syriaques, maronites qui nous ont vécu tous ensemble. Nous ne sommes pas prêts d’oublier ce que nous avons vécu…