[En dialogue] COP30 : les jésuites ont fait entendre leur voix pour le climat

Que retenir du sommet des Nations Unies pour le climat de Belém qui a vu la Compagnie de Jésus organiser sa première campagne mondiale de plaidoyer ? Regards croisés du Père Filipe Martins sj, présent au Brésil pour le Jesuit European Social Centre (Jesc), et de Gabrielle Pollet, responsable de la transition écologique pour la Province EOF.

Comment avez-vous vécu ce temps fort de la COP ?

D’abord, c’était une joie que la COP se tienne en Amazonie. Belém n’est pas au cœur de l’Amazonie, mais elle en est une porte d’entrée. Être là-bas change tout, même si les négociations se déroulent dans un environnement très urbain. On ressent la chaleur, l’humidité mais aussi toute la beauté de l’Amazonie. Et surtout, la présence très forte des peuples indigènes. J’ai aussi été marqué par le multilatéralisme en action : ce sont des processus longs, parfois bloqués mais inéluctables. Même si certains pays, comme plusieurs pays producteurs de pétrole, ne veulent pas avancer sur la réduction des énergies fossiles, il faut continuer ensemble. Je retiens une troisième chose : bien que les documents finaux ne soient pas à la hauteur de ce que beaucoup espéraient, je crois qu’il devient de plus en plus clair, pour la plupart des acteurs, que la transition climatique est inévitable.

P. Filipe Martins sj

De mon côté, j’ai suivi la COP depuis la France, tout en me sentant bien loin ! J’étais dans un certain lâcher prise : nous avions fait ce que nous pouvions en amont, et désormais… advienne que pourra. La retraite en ligne « COP climat : prions pour le bien commun », que nous avons proposée juste avant la COP avec Prie en chemin et en partenariat avec Hozana, m’a aidée à me sentir reliée à ce qui se vivait.

Gabrielle Pollet

De mon côté, j’ai suivi la COP depuis la France, tout en me sentant bien loin ! J’étais dans un certain lâcher prise : nous avions fait ce que nous pouvions en amont, et désormais… advienne que pourra. La retraite en ligne « COP climat : prions pour le bien commun », que nous avons proposée juste avant la COP avec Prie en chemin et en partenariat avec Hozana, m’a aidée à me sentir reliée à ce qui se vivait.

Gabrielle Pollet

Filipe Martins, jésuite du Portugal, entré dans la Compagnie de Jésus en 1995 après un diplôme d’ingénieur en électronique, vit à Bruxelles depuis septembre 2021 où il est secrétaire européen pour la justice sociale et l’écologie et directeur du Jesuit European Social Centre (jesc.eu).

Filipe Martins sj Jesc

Gabrielle Pollet est responsable de la transition écologique de la Province EOF depuis 2021. Auparavant, diplômée en droit de l’environnement, elle a notamment travaillé chez Eau de Paris puis à l’Assemblée nationale en tant que collaboratrice parlementaire..

Gabrielle Pollet

Quelles ont été les actions concrètes des jésuites à l’occasion de la COP30 ?

Dans notre Province EOF, nous avons contribué au travail de plaidoyer porté par Filipe au Jesc et par la Curie jésuite à Rome. Il s’agissait d’un plaidoyer destiné à porter des sujets essentiels auprès des responsables politiques et des négociateurs, et structuré autour de trois priorités : le financement de la transition, la fixation d’objectifs clairs pour la réduction des émissions et la mise en place d’un système alimentaire basé sur l’agroécologie. Notre rôle a consisté à diffuser au maximum ce travail auprès des jésuites, du réseau ignatien et plus largement de toute personne de bonne volonté. L’objectif était double : aider à prendre conscience que l’action au niveau politique est un volet indispensable de l’engagement pour prendre soin de notre maison commune ; et encourager chacun à s’impliquer à son échelle. Notre Province a aussi participé au Guide de prière de la COP proposé par la Compagnie et a lancé une retraite en ligne. Avec 3 500 inscrits, dont la moitié de participants actifs, nous avons été heureux que celle-ci trouve un écho.

Gabrielle Pollet

La Province EOF a été l’une des plus engagées, et il faut le reconnaître, vous aidez vraiment la Compagnie universelle à avancer sur ces sujets. Globalement, nos objectifs étaient de sensibiliser et d’encourager l’action politique : écrire aux gouvernements pour demander des changements structurels en vue de la réduction des émissions. Avant la COP, nous avons préparé beaucoup d’outils, dont l’initiative « Lettres à la Terre » qui a permis à plus de 95 000 élèves du monde entier d’écrire une lettre ou de réaliser un dessin adressé à la Terre, ainsi qu’une invitation au plaidoyer évoqué par Gabrielle : environ 5 000 personnes et 700 institutions ont écrit à leur gouvernement. Pendant la COP, nous avons organisé plusieurs événements parallèles, dont une conférence de presse très suivie, et deux rencontres informelles rassemblant 60 à 80 jésuites, partenaires, organisations religieuses ou non, pour tisser des liens et partager. Nous avons également publié une newsletter quotidienne et beaucoup de contenus sur les réseaux sociaux pour permettre à tous de suivre la COP.

P. Filipe Martins sj

Que retirez-vous de la COP30, notamment au regard des attentes du plaidoyer ?

J’ai été heureuse des avancées obtenues en matière de transition juste pour soutenir les pays les plus pauvres face aux effets du changement climatique, avec la création d’un nouveau « mécanisme pour la transition juste » qui vise à accompagner les transformations économiques et sociales nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques. C’était au cœur du plaidoyer jésuite.
Pour la Province EOF, cette COP nous a permis d’entrer dans une démarche de plaidoyer que nous souhaitions justement développer. Nous allons poursuivre cette dynamique.
Elle a aussi contribué à la prise de conscience que l’écologie nécessite certes des changements personnels et communautaires, mais aussi des transformations politiques profondes. Par exemple la réduction massive des énergies fossiles : cela demande des décisions politiques fortes. Ce travail autour de la COP nous a aidés à avancer collectivement dans cette compréhension. Exemple concret récent : notre Province a rejoint l’annonce publique de désinvestissement des énergies fossiles coordonnée par le Mouvement Laudato si’.
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Gabrielle Pollet

Les attentes de notre plaidoyer, coordonné par la Curie générale jésuite à Rome, portaient surtout sur trois points évoqués plus haut par Gabrielle. Nous espérions des engagements plus clairs de la part des différentes parties. Tout n’a pas été obtenu mais des pas importants ont été actés. J’ai été aussi impressionné par la manière dont Annalena Baerbock, actuelle présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, a constamment lié action climatique et développement. Cette articulation est essentielle : avancer vers une action climatique juste et durable pour tous sans exception.

P. Filipe Martins sj

Au-delà de ce que la COP a ou n’a pas réussi à produire, quels sont pour vous les motifs d’espérance ?

Pour ma part, un point qui m’a réjouie, c’est la très forte présence de l’Église à cette COP. C’était apparemment la première fois qu’il y avait autant de représentants religieux et d’acteurs chrétiens. J’y vois un fruit de Laudato si’ et de l’engagement croissant des catholiques sur les enjeux écologiques. Un second motif d’espérance, c’est la dynamique lancée pour avril prochain en Colombie : la COP n’a pas certes réussi à s’accorder sur une feuille de route pour la sortie des énergies fossiles, mais une rencontre plus restreinte, avec environ 80 pays, aura lieu pour avancer sur ce sujet. J’espère beaucoup de ce processus complémentaire.

Gabrielle Pollet

Oui, je partage tout à fait ce que dit Gabrielle. Et j’ajouterais un autre élément : l’esprit insufflé par le Brésil, qui assurait cette année la présidence de la COP. Les Brésiliens parlaient souvent du mutirão, un mot d’origine indigène qui signifie « travailler ensemble vers un même objectif ». Ils ont vraiment essayé d’adopter cette approche positive de coopération dans les négociations. Je pense aussi à la présence des évêques du Sud global : Afrique, Asie, Amérique latine. Les trois présidents des conférences épiscopales continentales sont venus ensemble, ont signé une lettre publique, puis ont interpellé les Nations Unies. Leur prise de parole forte, au service des populations les plus vulnérables, a été très marquante. Enfin, un dernier motif d’espérance pour moi : je vois que la Compagnie de Jésus assume de plus en plus une véritable voix publique. Elle travaille déjà beaucoup avec les populations affectées, mais elle s’engage aussi davantage dans un plaidoyer pour des changements systémiques, y compris dans l’économie, comme le demandait le pape François. Et je trouve cela essentiel. Même à l’échelle de la Province EOF, on voit cet engagement s’affirmer : le P. Provincial, Thierry Dobbelstein sj, a pris la parole publiquement en vidéo pour appeler à s’engager. C’est une dynamique très positive, qu’il faut continuer à développer.

P. Filipe Martins sj

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Article publié le 16 janvier 2026

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