Pour Noël, le P. François Boëdec sj, Provincial, nous propose une méditation à partir d’une expression reprise plusieurs fois cette année : « à bas bruit« . « Il y a des silences qui oppressent, emmurent ou engloutissent« , écrit-il ; celui du virus qui se diffuse, des abus sexuels perpétrés ou encore des migrants noyés. Mais « il y a d’autres silences […] lourds de promesses et porteurs d’espérance » : celui de Noël où « c’est à bas bruit que Dieu vient« .

Il y a un an, nous sortions d’une année déjà bien éprouvante, et nous formulions des vœux pour une année plus paisible et légère. 2021 s’achève et nous pouvons avoir le sentiment d’être au même point, fatigués et las devant une énième vague pandémique, et face à des réalités sociales, culturelles, ecclésiales qui nous affectent, nous déconcertent, érodent nos dynamismes, voire nous fragilisent.

Une expression reste en ma mémoire au terme de cette année : « à bas bruit ». Cette étrange et jolie locution adverbiale qui signifie au sens figuré « furtivement, de manière cachée, sans faire de bruit… »  a souvent été utilisée cette année. Par exemple, pour parler de la diffusion de ce virus qui s’impose dans nos vies sans crier gare. En France, le rapport de la CIASE a aussi parlé des abus perpétrés « à bas bruit » : quand le cri est étouffé, la souffrance pas écoutée ou non reconnue ; lorsqu’on n’a pas voulu voir ni entendre ce qui pourtant se passait. À bas bruit aussi, tous les migrants noyés de la Mer du Nord ou de la Méditerranée, qui disparaissent dans le seul bruit des vagues qui les recouvrent.

Mais s’il y a des silences qui oppressent, emmurent ou engloutissent, il y a d’autres silences, ceux-là bienfaisants, signes de mûrissements, lourds de promesses et porteurs d’espérance.

bande dessinee ignace de loyola - nuit de noelÀ Noël, c’est à bas bruit que Dieu vient. Loin des palais et des lumières tapageuses, à distance des agitations et des invectives, dans le silence d’une nuit, invitant bergers et rois mages à une contemplation étonnante et paisible. C’est à bas bruit aussi que durant les trente ans de sa vie cachée, Jésus tendra l’oreille de son cœur avant de s’engager sur les routes où son Père l’a envoyé. Et du silence du tombeau ouvert va doucement naître une rumeur que nul ne pourra faire taire parce qu’elle rejoint l’attente de toute l’humanité.

À bas bruit, « comme une goutte d’eau qui entre dans une éponge » (Exercices spirituels 335), Dieu continue aujourd’hui son œuvre, dans tout ce qui se fait de bon, dans chaque confiance redonnée, dans le choix de la vérité, dans l’inlassable tâche où se construit patiemment l’avenir. Ne doutons pas du travail de sa Parole qui, de Noël à Pâques, permet dans l’histoire de nos vies et celle du monde tous les relèvements. Et de reprendre la route. Comme Ignace, pèlerin.

Puissions-nous, cette année encore, percevoir « la voix de fin silence » de l’Esprit de Dieu (1 R 19,12) qui ne cesse jamais de parler au milieu de nous, et qui nous accompagnera au long de nos saisons.

À tous, je souhaite un joyeux Noël et une année d’espérance.

P. François Boëdec, Provincial

François Boedec jesuite