L’un de mes apostolats de vacances s’est déroulé à Taizé. J’avais pour mission les conversations spirituelles avec ceux que j’allais rencontrer. Mais en outre, j’avais moi aussi un désir profond de vivre une expérience du dialogue interreligieux et interculturel.

Le mois de juillet que j’ai passé à Taizé a été pour moi un temps de consolation.

Chacune des quatre semaines passées là-bas était consacrée à une activité précise. La première semaine j’ai participé à la rencontre islamo-chrétienne. J’en ai retenu un désir vrai d’une cohabitation interreligieuse pacifique et respectueuse qui habitait et animait les jeunes et les responsables religieux présents à cette rencontre. A travers les échanges, nous essayions de parler de nos différentes appartenances religieuses et de poser des questions dans le but, non seulement de s’entraider mutuellement à sortir des préjugés que l’on attribue sur d’autres religions, mais aussi de revisiter chacun sa foi. Nous aspirons tous à un monde de paix, sans guerre et sans guerres de religions. Malheureusement le désir seul ne suffit pas. Il faudra engager notre volonté et accepter le prix que cela pourrait coûter en vue de bâtir un monde plus juste, plus fraternel. L’expérience interreligieuse vécue à Taizé prouve que cela est possible pour ceux qui ont le désir vrai et sincère si les intérêts politiques et culturels n’engloutissent pas ce qui nous unit en tant qu’êtres humains. On dirait, finalement, que le problème n’est pas d’abord le mal, mais l’homme ; car c’est lui le centre d’action et de réaction.

Le thème de cette année étant ‘‘la joie’’

Dans la deuxième semaine, on avait –les matins– une introduction à la Bible donnée selon les tranches d’âge par un frère de Taizé. L’après-midi, on se rencontrait en petits groupes (et/ou en binômes après les échanges en petits groupes) pour un partage plus approfondi. Le thème de cette année étant ‘‘la joie’’, nous avons essayé d’échanger sur des sujets variés entre autres le bon usage de la liberté humaine ; le sens de responsabilité ; en quoi consiste la vraie joie à laquelle tout homme, croyant et non-croyant, est appelé ; la question de l’existence du mal ;  avec la contemplation de la vie du Christ sur terre, quelles attitudes prendre quand on souffre d’un rejet ou d’une solitude intérieure ; comment la façon dont le Christ a vécu ses moments de rejet peut-elle nous inspirer ?; etc. Les échanges sur le récit de la passion du Christ nous ont amené à réfléchir en particulier sur le personnage de Pilate en se posant la question : comment –chacun dans les responsabilités qui lui sont/seront confiées– décide librement selon la vérité et la justice ? D’autres pouvaient partager sur l’un ou l’autre chant de Taizé qui les a le plus touché ; puis on pouvait le chanter ; ou en partager les fruits ; etc. En partageant sur le rythme de vie à Taizé,  beaucoup ont pu redécouvrir l’importance de la prière dans leur rythme de vie habituelle, et se rendre compte combien prière et action sont indissociables. J’ai  aussi pu avoir des moments d’échanges avec deux jeunes pour qui, malgré le désir de se consacrer à dieu, avaient des problèmes de détachement. Cela m’a permis à moi aussi de revisiter un peu l’histoire de ma vocation.

Enfin, comme il y avait une personne athée dans notre groupe de partage, c’était un peu difficile pour le reste des membres du groupe (qui sont chrétiens) de partager sur les passages bibliques donnés car le réflexe pour nous étaient de faire allusion à Dieu et aux Ecritures alors que cela ne compte pas pour cette personne. Cela nous a aidés à développer notre aptitude à pouvoir échanger avec quelqu’un qui ne croit pas en Dieu ; trouver un compromis sans forcément impliquer –explicitement– Dieu dans nos échanges ; faire l’expérience du fait qu’au cœur de toutes nos rencontres, Dieu est au milieu de nous et que son Esprit travaille en chacun de nous, même lorsque nous ne parlons pas de lui ou lorsque nous sommes contraints de garder le silence à cause de la faiblesse de notre langage, de notre compréhension ou de notre peu de foi.

La troisième semaine était consacrée surtout aux travaux manuels : la vaisselle (je faisais partie de ce que l’on appelle à Taizé ‘‘big washing team’’) ; nettoyage des lieux publics ; et enfin, j’ai fait partie de la chorale. Cela m’a permis de vivre des moments de joie et d’amitié  avec l’équipe des volontaires dans mon service (la grande équipe-cuisine).

La quatrième semaine était un moment pour prendre un peu de recul et ruminer mon expérience apostolique dans la communauté de Taizé. C’est pour cela que j’ai voulu la vivre en silence. C’était comme une retraite accompagnée. J’ai pu goûter la sagesse spirituelle des frères de Taizé, et je rends grâce à Dieu pour cela.

Une bénédiction du Seigneur

Pour résumer, je voudrais dire que mon séjour à Taizé était une bénédiction du Seigneur. C’était la première fois que j’étais envoyé seul en mission en un milieu inconnu. En  voyage vers Taizé j’avais beaucoup de questions mais en même temps je pensais à la personne de saint François Xavier et cela me remontait le moral. J’ai appris de nouveau à faire acte de total abandon à Dieu seul et à sa parole, faire confiance à moi-même et à l’autre. Je garde plus particulièrement l’expérience que j’ai moi-même vécue –pardonnez-moi de généraliser– : l’humanité toute entière aspire au bonheur ; et c’est cette même humanité qui tient en mains son destin si l’on privilégie ce qui unit dans un élan d’accueil de nos différences comme un trésor et non comme une menace. L’expérience que j’ai eue à Taizé m’a donné de comprendre que si on veut vraiment, on peut. L’amour, le respect mutuel, la fraternité, la vie, la paix entre les hommes ne sont pas une pure utopie.

Gilbert Munyurangabo