Le P. Robert Jacquinot de Bésange et l’invention des zones de sécurité internationales

En 1937, au cœur de la bataille de Shanghai, un prêtre jésuite français parvient à imposer une zone de protection pour les civils au milieu des combats. En négociant avec les armées chinoise et japonaise, le père Robert Jacquinot de Besange crée la « Zone Jacquinot », première zone de sécurité internationale destinée à protéger les populations civiles en temps de guerre. Une initiative pionnière qui marque durablement l’histoire de l’action humanitaire et du droit international.

De Saintes à Shanghai

Robert Charles Joseph Émile Jacquinot de Besange, né le 15 mars 1878 à Saintes en France et mort le 10 septembre 1946 à Berlin, est un prêtre de la Compagnie de Jésus devenu une figure majeure de l’aide humanitaire en Chine durant la seconde guerre sino-japonaise. Entré dans la Compagnie de Jésus dès sa jeunesse, il part en Chine en 1913 comme missionnaire et enseignant, notamment à l’Université l’Aurore à Shanghai. Il est aussi vicaire à l’église du Sacré-Cœur de Hongkou et aumônier du corps des volontaires de la concession internationale

Un homme au cœur du conflit

Au cours de la bataille de Shanghai en 1937, alors que la ville est dévastée par l’avancée des troupes japonaises et que des centaines de milliers de civils fuient les combats, le père Jacquinot de Besange entreprend une initiative sans précédent. Par ses talents diplomatiques, sa connaissance des langues (mandarin, anglais, français, dialecte shanghaïen) et des autorités locales, il obtient des armées chinoises et japonaises qu’elles respectent une zone démilitarisée dédiée à la protection des civils dans le quartier de Nanshi (ou Nantao), au sud de la vieille ville, à la lisière de la Concession française de Shanghai. Cette zone devient rapidement un refuge pour ceux qui fuient les combats.

La « zone Jacquinot »

La zone, non officielle mais respectée par les forces belligérantes, est administrée par un comité international composé de représentants des communautés américaine, britannique et française, tandis que la police chinoise en assure la sécurité interne. Elle fonctionne avec des services essentiels et offre un abri, de la nourriture et des soins à des dizaines de milliers de civils.

Cette initiative est appelée « Zone Jacquinot », et elle est considérée comme la première zone de sécurité humanitaire de l’histoire moderne organisée en zone de guerre. Elle aurait ainsi permis de protéger et de sauver jusqu’à environ 300 000 civils pendant la période de sa mise en place, de 1937 à 1940.

Une paix inspirante

Le succès de la Zone Jacquinot inspire rapidement d’autres zones de sécurité dans des villes chinoises frappées par la guerre, notamment à Nanjing (création de la célèbre Nanking Safety Zone), Hankou, Zhangzhou ou Shenzhen. L’exemple de Jacquinot influence durablement la manière dont les populations civiles peuvent être protégées en temps de conflit.

Un modèle pour la sécurité humanitaire

Après l’expérience de Shanghai, Jacquinot continue son engagement humanitaire jusqu’à la fin de sa vie. Son action humanitaire remarquable est mentionnée dans les Protocoles et Commentaires de la Convention de Genève de 1949, qui consacrent des principes relatifs aux zones de protection des civils dans les conflits armés.

Aujourd’hui, bien que moins connu du grand public, le père Robert Jacquinot de Besange est reconnu pour avoir inventé un modèle de sécurité humanitaire en zone de guerre, marquant l’histoire du droit international humanitaire et la protection des civils dans les conflits.

Article publié le 30 janvier 2026

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