Nicolas – Je devais avoir 7-8 ans. Pour la première fois, j’avais écouté jusqu’au bout la lecture et l’homélie d’une messe. C’était l’histoire du petit Samuel (1 Samuel 3). Durant la nuit qui suivait, je me suis réveillé, me disant : Si si, Il m’appelle, je dois lui répondre me voici. Mais je tombai de sommeil et me disais : c’est un rêve. Une autre voix me disait : si, il t’appelle, et je me suis mis à genoux en disant : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute, et me suis rendormi tout aussitôt. Quand je me demande pourquoi je suis si heureux dans la vie religieuse, je pense à cette voix plus forte qu’un lourd sommeil d’enfant.
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“Une voix me disait : Si, il t’appelle”
“Un désir simple et qui pourtant me dépasse”
J’ai quitté le Vietnam pour la première fois à l’âge de neuf ans en 1976. Ce voyage m’a d’abord emmené en France. Il s’est ensuite poursuivi en Côte d’Ivoire, en Tunisie, puis aux Philippines. J’ai eu ainsi la chance, grâce à mes parents et aux circonstances, d’avoir eu jeune quelque chose comme un « sens du monde ».
Pendant le temps du lycée germait en moi le désir d’être médecin. Je lisais avec engouement les récits des médecins célèbres. Je revins donc en France pour faire mes études de médecine. Lors d’un stage dans un service de gériatrie, je vécus une conversion, une expérience forte de l’amour du Christ qui libère. Cette rencontre fit naître en moi une question lancinante : « Quid agendum » (Récit autobiographique d’Ignace de Loyola, n°50), « Que dois-je faire Seigneur ? » (Actes des Apôtres, 22, 10).
“Tenir ensemble des choses incompatibes”

Dominique Degoul sj, entré dans la Compagnie de Jésus en 2005
Aux JMJ de Denver, j’avais alors 20 ans, je m’étais rendu compte pour la première fois que Dieu pouvait nous parler avec les mots que nous utilisions nous-mêmes pour lui parler. Quelques semaines plus tard, la première fois que j’ai entendu un jésuite prêcher, il a dit «l’amour de Dieu nie toute supériorité »… Cette phrase rejoignait de près mon expérience récente, et c’était la première fois que j’entendais un prêtre parler d’expérience spirituelle.
“Une manière particulière d’être prêtre”
J’ai grandi en étant membre du MEJ. On se retrouvait en équipe, pour réaliser dans nos vies ce que disait cette prière : « Apprends-nous Seigneur à te choisir tous les jours à redire ton oui en chacun de nos actes. Donne-nous de te suivre sans peur et de t’aimer plus que tout. Rends-nous frères toi qui nous as rassemblés. Fais de nous les témoins devant tous de ce que nous avons vu et entendu, de ce que nous croyons et vivons, pour que tout homme avec nous reconnaisse en toi l’unique Seigneur. »
Quand j’ai rencontré des jésuites pendant mes études supérieures, j’ai tout de suite senti une affinité spirituelle entre ma vie au MEJ et leur manière particulière d’être religieux et prêtres. Ils étaient passionnés par tout ce qui fait la vie de l’humanité, maîtres de vie intérieure et des décisions à la lumière de l’Evangile, tous différents et pourtant profondément frères, témoins actifs d’une relation personnelle avec le Christ incarné, rassemblés par Lui dans l’Eglise, célébrant l’eucharistie avec une profondeur simple et joyeuse… Je ne le savais pas encore, mais c’est un jésuite qui avait écrit la prière du MEJ !
“Dieu a vraiment beaucoup d’humour”
Georges – « Il sera consacré au Seigneur pour toute sa vie » (1 Sam 1, 1-10) C’est un peu aussi mon histoire, mes parents ayant beaucoup demandé au Seigneur – c’était pendant la guerre de 40 – d’avoir un fils prêtre. Et il a fallu que ça tombe sur moi !… alors que nous étions quatre garçons ! Ça n’a pas été vraiment pour me plaire, et j’ai eu un rude combat à mener pour vérifier s’il s’agissait bien d’un appel ‘personnel’… Une manière de me « libérer », de choisir, d’adhérer du fond de mon être, a peut-être été de choisir la Compagnie de Jésus dont mes parents se méfiaient (trop à gauche politiquement !). A joué également le fait qu’un camarade de collège pour lequel j’avais une profonde admiration m’a précédé au noviciat un an avant moi. Lorsqu’y suis rentré moi-même – j’avais dix neuf ans- il venait d’en ressortir ! Je n’aimais pas les études… J’en ai pris pour douze ans ! Dieu a vraiment beaucoup d’humour… Au fond je retiens de tout cela que l’appel de Dieu à le suivre est un appel sans cesse renouvelé, réitéré chaque jour à travers les événements, les rencontres, les soifs de ses créatures… Jusqu’à ce jour – cinquante ans plus tard – je n’ai encore jamais eu à le regretter.




