"... sauver son âme ..."

Nous risquons de projeter un dualisme âme/corps sur les textes anciens. A l'époque de saint Ignace, selon la grande tradition scolastique, le mot âme était entendu comme signifiant l'homme dans sa totalité vivante, comme réalité spirituelle alors que le corps signifiait cette même totalité mais comprise comme réalité matérielle. L'âme et le corps n'étaient pas pensés comme deux choses distinctes qui se mélangent mal mais comme étant deux façons de désigner une unique réalité. Le dualisme était étranger à saint lgnace comme il était étranger à saint Thomas d'Aquin.

En définitive, ce qu'il s'agit de sauver ce n'est pas le principe spirituel séparément du corps, c'est le tout concret de la personne humaine, à savoir le corps de l'homme en tant qu'il est animé ou - c'est synonyme - vivant.

Saint lgnace ne veut pas entacher l'adoration de quelque intérêt : il ne s'agit d'adorer pour sauver son âme. Mais Ignace convertit ici toute forme d'intéressement en un mouvement qui se tourne d'abord vers Dieu comme principe et fin. Il ne s'agit ni de se dissoudre en Dieu ni de se prendre soi-même comme fin, il s'agit de recevoir totalement de Dieu la grâce d'être entièrement soi-même. En louant, respectant et servant, l'homme donne à Dieu d'être Dieu et, dans un même mouvement, donne à lui-même d'être pleinement homme.