Le programme
d'action sociale
Les établissements scolaires
jésuites, comme celui de Provence à Marseille, ou Saint-Michel
à Saint-Etienne, Saint-Louis-de-Gonzague à Paris ou encore
Saint-Joseph de Tivoli à Bordeaux, proposent pour les classes
de Première une Programme d'Action Sociale (P.A.S.). En voici
une présentation tirée de l'expérience de l'école
de Provence.
Ce qu'en disent des élèves
| « Pour moi le P.A.S.
c’est aider les individus, les rendre heureux. »
« Le P.A.S. permet un épanouissement
et une meilleure
connaissance de soi qui est profitable pour n’importe qui. »
« C’est dommage que ce
soit obligatoire,
mais si c’était facultatif personne ne le ferait.
Ça permet de s’ouvrir sur l’extérieur
et de voir qu’on peut être utile
en donnant un peu de son temps libre. »
« J’ai appris avec les enfants que j’ai
rencontrés qu’il ne faut jamais arriver avec quelque
chose de tout fait, mais leur laisser choisir. Je me
suis rendu compte de la chance que j’avais. On ne se sent
pas gêné par rapport à eux. On ne veut pas
reconnaître ce qui se passe en dehors de notre quartier
du huitième. C’est une bonne expérience qui
permet d’ouvrir les yeux. J’ai compris qu’il
fallait arrêter de regarder son monde et plutôt regarder
autour de soi. Tout près, certaines personnes ont besoin
de nous. »
« Je ne savais pas qu’il y avait des gens qui
pouvaient vivre de telles situations, des jeunes de nôtre
âge. On rentre chez soi différent… »
|
Quel est le but du P.A.S. ?
Le Père Arrupe ancien Père
Général de la Compagnie de Jésus, le définissait
ainsi : « former des hommes et des femmes pour
les autres ».
Et le Père Kolvenbach, l’actuel
Père Général, commente cette expression en ces
termes : « Nous visons à
former des hommes et des femmes compétents, consciencieux et
passionnés d’engagements (…). Un élève
d’un établissement ignatien est appelé à
devenir une personne équilibrée, compétente,
capable de compassion et engagée au service de la justice
(...). La pédagogie ignatienne recherche le développement
des dons et des capacités dont chacun est doté pour les
déployer au service d’autrui. »
"L'engagement actif demandé aux élèves
est l'engagement libre de lutter pour un monde plus humain et une
communauté d'amour. [...] Afin de préparer un engagement
dans la vie, l'éducation jésuite offre des occasions
de contact réel avec le monde de l'injustice. L'analyse de
la société fondée au cours des études
devient ainsi une réflexion faite sur le contact réel
avec les dimensions structurelles de l'injustice."
(Les caractéristiques de l'éducation
jésuite, articles 76 & 80, Rome, 1987) |
L'objectif est
donc de faire découvrir à l'élève la société
dans laquelle il va être amené(e) à prendre des
responsabilités. La formation reçue dans les établissements
jésuites n’invite pas les élèves à
se lamenter sur la misère du monde, mais à la connaître
et à la combattre. Ainsi leur regard pourra en être changé
et leurs choix s’ouvrir aux autres.
Quel est son mode d'organisation
?
Voici comment cela se passe sur Marseille.
Un responsable coordonne l’ensemble des activités tout
en étant entouré de plusieurs animateurs appelés
« accompagnateurs d’équipe P.A.S. ».
Ce sont pour la plupart des professeurs.
Chacun des animateurs d’équipe
P.A.S. est responsable d’un groupe d’élève
durant toute l’année scolaire. Il assure le suivi du programme
ainsi que son évaluation. Il est en relation avec le responsable
de l’association dans laquelle les élèves de son
groupe se sont engagés, mais aussi avec le responsable du P.A.S.
sur le lycée.
Concrètement ?
Le programme se
déroule en trois temps d’inégale durée mais
d’égale importance.
1/ Le Choix
A l’issue d'une présentation, l'élève est
invité(e) à réfléchir sur ses dons et ses
capacités humaines. Il peut, s'il le désire, demander
un entretien individuel auprès du responsable du P.A.S. Cet entretien
peut aider à s’orienter dans son projet d’action
sociale pour mieux choisir l’activité proposée.
L'élève rédige ensuite
une lettre de motivation sur papier qu'il remet au responsable du P.A.S.
Dans cette lettre il indique ses goûts et ses capacités
qui seront utiles pour les activités dans l’association
qu'il souhaite. Il donne trois propositions par ordre de préférence
pour que le responsable puisse mieux organiser l’ensemble des
activités.
Selon leurs goûts et leurs compétences
des élèves peuvent proposer d’autres lieux, ou d’autres
idées de projets d’engagement à réaliser.
C’est ainsi que dans les années
précédentes deux ou trois élèves se sont
relayés pour du soutien scolaire dans leur immeuble… D’autres
possibilités sont à créer et imaginer comme de
rencontrer l'une ou l’autre personne âgée dans leur
quartier par exemple.
Exemples d'activités
Sociale Alimentaire : Banque alimentaire,
Foyer de soupes populaires, Pension de Famille pour personnes
en situation précaire.
Soutien scolaire : dans l'établissement, dans les cités
et dans les familles.
Association ATD quart monde : action auprès des enfants
d'une cité.
Secours populaire et Petits Frères des Pauvres.
Explicitement chrétien: Hospitalité de Lourdes et
accompagnement de jeunes aveugles à Lourdes.
Echanges culturels auprès de jeunes élèves
primo arrivant (classes ENAF).
Pôle santé : Loisirs à l'hôpital, jeux
auprès des enfants malades.
JRS : Prix pedro Arrupe (en
savoir plus >>>)
|
En pratique le Programme d’Action
Sociale se déroule en deux volets : l’action sociale
et le groupe de parole.
2/ L’Action sociale
Lorsque l'action est indiquée
à l'élève, ainsi que son référent,
il rencontre une première fois l’ensemble de l’association
de manière officielle. Puis il prend le rythme d’activité
qui est convenu d'un commun accord.
Un engagement pris doit être mené
à son terme. Si un jour, pour une raison majeure, l'élève
ne peut participer à son activité, il avertit, le plus
rapidement possible, son animateur qui préviendra directement
l’association.
3/ Groupe de parole
Tout au long de l’année,
l'élève tient informé son animateur pour faire
rapidement le point sur son action. Deux fois dans l’année,
à mi-parcours de son activité et à la fin de celle-ci,
des groupes de parole sont organisés par l’animateur.
A la fin de l’activité l'élève
rédige personnellement un bilan écrit de celle-ci.
Les 9 conseils aux
élèves pour réussir le P.A.S.
1) L’activité que
tu auras à faire réclame un engagement sérieux
mais le but premier est d’entrer en contact avec des hommes
et des femmes, des jeunes de ton âge, plus jeunes ou plus
âgés, et de les rencontrer en tant que personnes,
différentes de toi. Si cette rencontre n’est
pas évidente n’hésite pas à en parler
à l’accompagnateur d’équipe,
ou au responsable du PAS, c’est normal.
2) Ces activités ne sont
pas en elles-mêmes, des choses difficiles à faire
ni à préparer. Il est cependant possible qu’au
cours de l’année, tu vives des moments d’austérité
et de découragement dans ton activité.
Or, sache qu’en ces moments-là c’est toujours
bon d’en parler avec l’accompagnateur du PAS,
bien simplement, et qu’une telle simplicité
de parole peut redonner entrain pour permettre la persévérance
qui te conduira à la joie de la véritable rencontre
et du projet mené à terme.
3) Travailler avec des
personnes pauvres ou exclues demande bien du respect et de la
délicatesse. Tu veilleras à une juste discrétion,
une juste attitude bien sûr par ta tenue correcte, mais
aussi en évitant d’être trop voyant toi-même.
Ainsi il pourra être bon de bien laisser ton téléphone
portable dernier modèle dans ton sac ou ton Ipod chez toi
pour ne pas provoquer la tentation et l’envie inutilement,
ni pour risquer d’être dérangé(e) pendant
ton activité.
4) Tu es appelé(e)
à écouter, plus encore qu’à parler
car les personnes que tu rencontres désirent d’abord
être écoutées, ou recevoir une réassurance.
Tu découvriras peut-être l’importance d’une
présence silencieuse et tu t’apercevras qu’une
tendresse du regard peut dire beaucoup plus qu’une cascade
de mots.
5) Ton engagement dans le P.A.S.
te conduira à rencontrer des gens que tu n’as
probablement pas l’habitude de fréquenter.
Tu découvriras tes propres idées toutes faites et
tes préjugés faciles mais aussi parfois ceux des
autres à ton égard. Tu trouveras du plaisir à
les dépasser, en recherchant toujours les richesses
d’intelligence et de coeur de ceux que tu vas rencontrer.
6) Ces activités
te mettront en contact avec des gens qui souffrent ;
ne t’étonne pas si certains agissent « bizarrement »
parfois. Bienveillance, compréhension et patience envers
les personnes rencontrées, comme envers toi-même,
seront de mise. Tu ne trouveras pas, dès la première
rencontre, la parole juste ni le ton le mieux adapté aux
personnes qui te seront confiées. C’est normal. Ce
sont souvent les personnes elles-mêmes qui te suggéreront
ce qu’il faut faire ou ne pas faire.
7) La « règle
d’or » reste vraie dans toutes les actions humaines :
agis envers l’autre comme tu voudrais que l’autre
agisse envers toi… Mais attention : tes besoins
et tes désirs ne sont pas toujours ceux de l’autre.
8) Quelle que soit l’activité
que tu as choisie, n’hésite pas à
partager ta joie de vivre et ta bonne humeur. Elles sont
une richesse qu’on accueille toujours avec le plus grand
plaisir et elles sont la meilleure garantie pour la réussite
de ton activité. Tu pourras aussi partager ce même
élan avec l’accompagnateur du P.A.S.
9) L’activité dans
laquelle tu t’engages fait appel à ta générosité
et à ton sens du service ; tu constateras bientôt
que tu recevras toi aussi bien des choses positives à travers
cette activité. Après chacune de tes participations,
prends un petit temps d’écriture d’¼
d’heure dans ton cahier de bord personnel.
Tu écriras quelques lignes simples mais précises
sur les moments faciles et heureux, ou plus difficiles et décevants,
de cette rencontre-ci. Ce sera une aide pour toi d’abord,
puis pour en parler avec l’accompagnateur de ton équipe
P.A.S., ou le responsable, et aussi, pour ton bilan de fin d’activité
qui sera à rendre.
Kostia de Leusse s.j. |
Ce qu'en disent encore des
élèves
|
« J’ai découvert que le P.A.S.
nous apportait plus à nous qu’à ceux dont
on s’occupait. J’ai été confronté
à des situations où il fallait que je prenne des
décisions, où j’avais des responsabilités
à assumer.
En bref, j’ai appris à me connaître. »
Cette activité m’a
permis de découvrir un monde
dont j’ignorais l’existence.
« Pas grand-chose à
dire… mais j’ai des images extraordinaires, des gestes
qui restent gravés. Je ne m’attendais pas
à tant. »
« Ne plus jamais
dire qu’on ne peut rien !
C’est la grande leçon du P.A.S. »
« Pas besoin d’aller
en Inde ou en Afrique
pour rencontrer des pauvres.
Nous aussi nous avons nos Mères Teresa... »
« C’est difficile
de dire ce que j’ai apporté aux autres.
Ce qui est évident c’est tout ce que cela m’a
apporté.
J’ai plus confiance en moi.
Je sais maintenant qu’on peut toujours faire quelque chose
pour quelqu’un d’autre. Je me sens moins inutile… » |