| Le
Figaro. - Qu'est-ce que l'esprit jésuite ?
Père Jean-Noël AUDRAS.
- Etre jésuite, c'est s'engager à la suite du Christ dans la Compagnie
de Jésus pour s'y donner totalement. A l'égard de l'enseignement
dans les collèges, les jésuites ont perçu qu'il y avait là un
très important service à rendre à la culture humaine. Comment
aider les âmes, sinon en aidant les hommes dans leurs préoccupations.
L'éducation en est une majeure.
Nous cherchons à former des hommes et des femmes libres, des croyants
plus responsables, lorsque la foi chrétienne est déjà présente
en eux. Nous restons ouverts à tous, quelles que soient leur religion
ou leur culture. Nous voulons former des jeunes qui auront une
vision positive de la vie et de l'être humain, un esprit critique
et un réel courage pour tenir dans l'adversité. Cet "esprit
jésuite", nous essayons de le faire passer notamment dans
le dialogue avec les parents et les élèves.
Les jésuites dans l'enseignement
sont considérés comme formateurs d'une élite, voire élitistes.
Est-ce bien là votre projet ?
Le projet ignatien est d'aller vers
ceux qui pourront eux-mêmes rendre un plus grand service
avec compétence. Nous n'accaparons pas les meilleurs cerveaux
pour le service de notre cause. Ainsi avons-nous formé de bons
syndicalistes qui n'étaient pas forcément des intellectuels. Notre
ambition est de préparer nos élèves à être des responsables compétents
et ouverts : voilà ce que nous pouvons appeler une élite.
D'autre part, je me réjouis de la présence de jésuites dans des
écoles de production, comme celle que vient de créer l'ICAM à
Toulouse ou dans des centres qui rouvrent une voie pour des jeunes
en panne. Nous tenons à former ceux qui en ont le plus besoin,
afin de leur donner une nouvelle chance.
Aux uns comme aux autres, nous souhaitons permettre qu'ils se
dépassent, donnent le meilleur d'eux-mêmes. Ce sont des leaders
dynamiques qui amélioreront la société. Nous avons le goût de
l'excellence au service de tous.
Il apparaît nécessaire que l'enseignement
catholique s'établisse dans les banlieues.
L'envisagez-vous ?
Des projets, déjà anciens, d'implantation
dans les banlieues, n'ont pu aboutir. Nous n'avons pas reculé.
Nous avons ouvert une école professionnelle à Saint-Étienne,
tout près d'un grand quartier de HLM où logent plusieurs jésuites.
A Bordeaux, nous avons installé un centre de formation continue
pour redonner goût à la vie chez des jeunes défavorisés. Pour
les étudiants de Saint-Denis, nous avons fondé avec d'autres,
près de l'université, un Centre d'initiatives et de services afin
d'aider des jeunes qui ont des difficultés dans l'organisation
de leur travail, sur une matière particulière ou encore avec la
maîtrise de la langue française. Nous souhaitons que, dans l'avenir,
ceux qui ont bénéficié d'une aide puissent à leur tour aider les
plus jeunes.
Comment, dans un établissement
jésuite, mettre en pratique la justice, et plus largement transmettre
les valeurs chrétiennes ?
Notre programme est de suivre le
Christ pour accomplir sa mission qui consiste solidairement à
travailler à l'annonce de l'Évangile, à oeuvrer pour la
justice, à participer au dialogue interreligieux et au dialogue
critique avec les cultures. Un tel programme s'applique aussi
à notre présence dans les établissements scolaires où il faut
d'abord prêcher par l'exemple. La transmission des valeurs chrétiennes
s'inscrit dans l'emploi du temps des élèves. Il leur est proposé
des séances de catéchèse, mais aussi, selon leur âge, des moments
de réflexion éthique ou politique. Des actions de bénévolat sont
recommandées. A chacun de choisir, mais nul ne peut rester à l'écart.
Propos recueillis par Elie Maréchal
(Le Figaro du lundi 18 septembre 2000) |