Les Ecoles
de Production
(Saint-Etienne, Toulouse)
C'est en région Rhône-Alpes que
s'est créé ce type d'écoles, original, à l'initiative de l'Abbé
Boisard (qui a maintenant sa rue à Lyon).
L'AFEP (Association Forézienne
d'Ecoles de Production) est installée depuis 1992 à Saint-Etienne,
dans le quartier du Marais. Une Ecole de même type est actuellement
en création à TOULOUSE, dans le cadre de l'ICAM (Institut Catholique
d'Arts et Métiers).
Elèves concernés
Des jeunes ayant échoué dans
les filières traditionnelles de l'enseignement, auxquels on
propose l'acquisition en deux ou trois ans d'une compétence
permettant une insertion professionnelle. Le référentiel de
base est celui de l'ancien C.A.P. ORT ou ORF (Opérateur Régleur
en Tournage ou Fraisage). En 3ème année, la visée est le diplôme
académique BEP PMOU (Productique, Mécanique, Option Usinage).
Mais le parcours est fait pour s'adapter aux personnes : selon
la situation du jeune, il arrive qu'on donne la priorité à l'emploi
sur la qualification.
Orientations pédagogiques principales
Une formation par la production
Dans l'enseignement technique traditionnel, une pièce d'exercice
est jugée par le seul professeur et, qu'elle soit ratée ou parfaite,
termine à la poubelle. La perspective ici est de donner du poids
aux objets fabriqués. Le jeune et son formateur sont situés
de la même manière par rapport aux exigences du donneur d'ordre
: soit la pièce rentre dans les tolérances fixées par lui et
elle est bonne, soit elle n'y est pas conforme et elle doit
être refaite. Autant que faire se peut, il n'y a pas d'exercices
gratuits et, comme dans toutes les entreprises, ce qui va au
rebut est une perte, qui peut même entraîner la perte du client.
Les objectifs fixés aux élèves sont donc simples et rapprochés
: ce sont les pièces à produire et à livrer, et dont ils sont
responsables. La démarche qualité fait qu'ils s'engagent personnellement
par rapport à ce qu'ils produisent : ils signent les bordereaux
de contrôle.
Les Ecoles de Production développent donc, par idéal et par
nécessité, une pédagogie de la réussite et de la responsabilité.
Une formation humaine autant
que technique
Comme dans tous les métiers, la compétence technique n'est rien
sans l'attitude humaine qui, nous le constatons tous les ans,
est déterminante dans toutes les embauches. Le compagnonnage
avec les professionnels qui travaillent avec eux joue pour cela
un rôle essentiel. Ces maîtres-professionnels sont nombreux
(ce qui est nécessaire pour pouvoir mener à bien le travail
commandé par les clients) : c'est en les côtoyant que les jeunes
peuvent se former à la vie d'équipe, à la rigueur dans le travail,
à la responsabilité, au service du client.
Les Ecoles de Production développent une pédagogie de l'exemple
par nécessité et par idéal.
Un enseignement qui va
de la pratique à la théorie
Pour le dessin industriel et les mathématiques, il est assez
facile de partir des pièces et plans de production, ou des questions
pratiques qui se posent en cours de fabrication. Ces enseignements
sont d'ailleurs dispensés le plus souvent par des retraités
de la profession qui font bénéficier les jeunes de leur expérience.
Le français, lui, vise surtout à développer les capacités de
communication : réaliser ou comprendre un message, s'informer,
se documenter,. à partir notamment des rapports de stage et
de la recherche d'emploi.
Des parcours personnalisés
Etant donné leurs parcours cahotiques, leur situation d'échec,
leurs lacunes y compris dans les domaines élémentaires de la
lecture et du calcul, ces jeunes ont besoin de cours en tout
petits groupes, voire de cours particuliers. Les enseignements
théoriques représentent à peine 1/3 du temps de présence à l'Ecole.
On commence par ce qui est directement nécessaire à la future
profession : français, maths, communication technique. Après
quelques mois, s'ajoute l'enseignement des processus opératoires.
Dans un 3ème temps seulement viennent les autres matières académiques
des référentiels du CAP ou BEP : législation du travail, économie
sociale et familiale, anglais.
Une évaluation et une concertation
pédagogique régulières
a) De la pratique en atelier. Chaque vendredi, de 16 à 17 h,
après la mise en ordre de l'atelier, l'équipe formatrice fait
le point de la semaine avec les jeunes. Tous les mois, l'équipe
des formateurs se réunit seule pour faire le point ; et elle
peut même se concerter chaque matin une ½ heure avant l'arrivée
des élèves.
b) De la formation théorique. Cette formation générale est assurée
par des bénévoles, anciens enseignants ou cadres de l'industrie
: compétence et expérience sont certaines, mais il est nécessaire
de coordonner l'ensemble pour aider à apprécier la situation
de chaque élève, faire correspondre théorie et atelier, développer
la cohésion de l'équipe formatrice dans ses réactions à tout
ce qui fait le quotidien ou l'exceptionnel.
Une insertion progressive
dans le monde professionnel
a) Les relations de l'Ecole avec le monde professionnel sont
permanentes puisque les entreprises font vivre l'Ecole par leurs
commandes et auditent régulièrement l'atelier (nos élèves n'ont
pas encore de qualification reconnue) : pas de ½ journée sans
que des professionnels extérieurs pénètrent dans l'atelier !
Contacts fréquents aussi avec les fournisseurs d'outils nécessaires
aux commandes qui nous sont passées. Ajoutons que tout l'environnement
de l'Ecole est le monde industriel de la ville.
b) Les rythmes de travail se rapprochent de ceux des entreprises
: 35 heures par semaine. La durée des vacances est fonction
de l'âge : 16 semaines pour les 14-16 ans ; 12 pour les 16-18
ans ; 5 pour les CFI.
c) Trois stages en entreprise de 1 mois dès la 1ère année pour
bien se situer dans la perspective d'un avenir professionnel
dans le monde industriel. La 2ème année est plus centrée sur
l'acquisition des connaissances techniques par un cursus ininterrompu
(on oublie beaucoup, l'espace d'un stage !). Souvent enfin,
en vue d'une embauche, un jeune est pris à l'essai le temps
d'un stage.
Là encore, c'est par nécessité et par vocation que l'Ecole est
un lieu d'intégration progressive à la vie professionnelle.