QUELS LIENS ENTRE MA MISSION
AUPRES DES JEUNES
ET LES EXERCICES SPIRITUELS ?
Jacques
Gebel, sj
professeur de lettres au Collège Saint Michel (Saint Etienne)
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"Puerilis institutio est mundi
renovatio"
Il m'arrive de "donner les Exercices", une
ou plusieurs fois chaque année, individuellement ou en groupe.
Mais je voudrais parler ici d'un aspect de ma mission auprès de
jeunes où je ne suis pas en situation de référence explicite aux
Exercices Spirituels : celle de professeur de français en collège
(terminologie de l'Education Nationale, soit des élèves de 6ème
à 3ème, âgés de 10 à 15 ans) et de professeur principal, exercée
depuis deux ans au Collège Saint-Michel à Saint-Etienne (et auparavant
à Marseille, au Collège de Provence, durant sept ans, et à Douala
au Cameroun, au Collège Libermann, durant deux ans).
Je vois entre cette mission et les Exercices
Spirituels (à partir de maintenant notés ES) dix liens, ou plutôt
dix manières d'être et de faire. Ces dix manières ne sont pas
exhaustives. Certaines invitent à un "faire" ; il va de soi que
l'enseignant a fait et continue à faire ce à quoi il invite !
1. VIVRE EN ACCOMPAGNEMENT
Celui qui fait les ES découvre qu'il est créé,
aimé, fils/fille de Dieu pour toujours, avec le Christ, sans condition.
Cela le libère par rapport aux images, au monde, aux autres (qui
ne sont plus menace, mais simplement à aimer).
Cette filiation-libération est constamment à rechoisir personnellement,
face à l'incroyance pratique, face aux images que nous nous forgeons,
comme des veaux d'or, qui organisent notre vie : efficacité, activisme,
jeunisme, perfectionnsime… et, plus particuliers à l'enseignant,
le sacro-saint programme, la volonté de plaire aux élèves et d'être
apprécié d'eux, la défense de son autorité…
L'accompagnateur a été et est lui-même encore
souvent en situation de retraitant, refaisant les ES ; il continue
à prier, à se ressourcer auprès du Christ compagnon en écoutant
sa Parole, continuant à apprendre de Lui ; lorsqu'il propose une
retraite, il peut aussi rencontrer un superviseur auquel il rend
compte de sa pratique et de ses questions…
Un bon enseignant se fait aussi toujours apprenant,
continuant à recevoir tout en donnant, avec humilité.
Il reçoit de ses collègues (il s'intéresse à ce qu'ils font, s'émerveille
de leurs réussites et a joie à les intégrer dans sa pratique…).
Il reçoit même de ses élèves… comme l'accompagnateur est parfois
éclairé par ce qu'un retraitant a perçu d'un texte biblique (et
qu'il n'avait vu jusqu'alors).
Cela préserve d'être trop orgueilleux ou jaloux de son indépendance
et de sa maîtrise, de devenir un petit dieu !
2. ETRE BIENVEILLANT (vouloir du/le bien),
RESPECTUEUX, PATIENT et ATTENTIF
à TOUTE la PERSONNE (CURA PERSONALIS)
- Pour que celui qui donne les exercices
spirituels aussi bien que celui qui les reçoit y trouvent davantage
d'aide et de profit, il faut présupposer que tout bon chrétien
doit être plus prompt à interpréter en bien les paroles de son
prochain qu'à les condamner. S'il ne peut les interpréter en bien,
qu'il lui demande comment il les comprend ; si celui-ci se trompe,
qu'il le redresse avec amour. Si cela ne suffit pas, qu'il cherche
tous les moyens bons pour l'amener à une vue juste pour le tirer
de son erreur. (ES 22)
- Si celui qui donne les exercices voit que celui qui les reçoit
est désolé et tenté, qu'il ne se montre pas dur ni sévère envers
lui, mais doux et bon, lui donnant courage et forces pour l'avenir.
(ES 7)
- C'est en fonction des capacités de ceux qui veulent recevoir
des exercices spirituels, c'est-à-dire en fonction de leur âge,
de leur culture ou de leurs dons, qu'il faut adapter les exercices
(...). C'est dans la mesure où chacun aura voulu se disposer,
qu'il faudra leur donner les exercices, pour qu'il puisse trouver
davantage d'aide et de profit. (ES 18)
Les premiers mots du Principe et Fondement
(ES 23) sont : L'homme est créé.
La Genèse nous parle de la vision positive de Dieu de sa création,
de l'humanité : cela était très bon. (Gn 1,31)
Il y a donc d'abord à aimer ce que Dieu aime, veut sauver…
Il y a à avoir envers l'autre une confiance première (et non d'abord
une méfiance, une défiance) en Dieu, en soi, dans le monde, l'humanité,
une confiance qui permet à l'autre d'être reconnu comme personne.
Il y a à commencer par un respect, une bienveillance, un présupposé
favorable, une écoute… qui cherche d'abord à reconnaître, à pointer
le meilleur en chacun. Non pas seulement (car il y aura aussi
des défauts, limites, déviations à pointer), mais d'abord !
Il y a d'abord à essayer de comprendre l'autre,
avant tout jugement…
Je me rappelle cet élève de 6ème qui n'avait pas effectué un devoir
et que j'avais immédiatement taxé de gros paresseux méritant une
punition.
Je me suis alors repris, lui accordant un peu de temps en fin
de cours, pour essayer de comprendre ce qui s'était passé :
"Pourquoi n'as-tu pas fait ton devoir ?
- Parce que je ne l'ai pas noté sur mon cahier de texte.
- Et pourquoi tu ne l'as pas noté sur ton cahier de texte ?
- Parce que lorsque vous l'avez dicté, j'étais encore en train
de recopier ce qui était au tableau.
- Et pourquoi recopiais-tu encore ce qui était au tableau ? D'habitude
tu es assez rapide.
- Parce que ce jour-là j'étais moins concentré, j'étais fatigué.
- Et pourquoi étais-tu fatigué ?
- Parce que je m'étais couché tard.
- Et pourquoi t'es-tu couché tard ?
- Parce que mes parents étaient sortis et que nous avons regardé
une vidéo…"
Nous avons alors discuté sur l'importance de faire des choix en
semaine par rapport aux jeux et à la télé… C'était donc un autre
problème que celui de la paresse !
Cette bienveillance première vaut aussi envers
les parents et les collègues : il est important de tordre le cou
aux rumeurs, qui sont diaboliques, déformant la vérité, en s'informant
exactement et directement ; combien il est important de respecter
toutes les étapes d'un dialogue constructif et vrai (cf. Matthieu
18,15-18).
Ce qui est aussi important, c'est de ne jamais
humilier un élève en le blessant, en lui adressant une "parole
qui tue".
En fin d'année de 6ème, j'avais demandé aux élèves de répondre
à un cetain nombre de questions pour évaluer le cours de français.
L'une d'elles était : " Quelle est la parole qui t'a le plus fait
mal, découragé ? " Sophie, excellente élève, avait écrit : " C'est
lorsque rendant un devoir où je n'avais pas eu la maoyenne, vous
avez dit publiquement : "Sophie, chute libre !" " Un jeune a peut-être
à apprendre à vivre l'épreuve, à encaisser l'adversité, mais il
n'est pas nécessaire d'être pour lui occasion de chute !
Considérer l'élève comme personne, non définitivement
enfermée classée et étiquetée, c'est aussi connaître ses capacités,
et accepter de se laisser surprendre…
Il est pour cela important d'être attentif à chacun.
J'essaie souvent, en fin de journée, de voir à qui je n'ai pas
été assez attentif, pour l'être davantage au cours suivant. C'est
un exercice exigeant pour se garder du favoritisme, de la gratification
exclusive des " bons " élèves, de l'oubli des timides et des "
ternes " qui ne le sont plus dès qu'on leur a donné la parole
!
Il y a enfin à mettre en place des dispositifs
qui permettent à tous de progresser, selon leurs capacités. J'ai
cette année un élève autiste en 6ème ; je n'hésite pas à lui donner
des exercices différents ou comportant uniquement l'essentiel
pour qu'il puisse suivre le rythme de la classe : les autres élèves
le comprennent et l'acceptent très bien.
3. ETRE DISPONIBLE et DIALOGUANT
(un art de la conversation, un temps livré)
L'an dernier, Mathieu, élève en 4ème, souvent
agressif et haineux, explose en classe : "De toute façon, vous,
les profs, vous faites vos cours et vous ne vous intéressez pas
à nous, à nos problèmes ; vous fermez vos dossiers et vous partez,
vous ne connaissez rien de nous !" J'ai laissé passé l'orage et
ai pris du temps pour causer avec lui qui souffrait d'une situation
familiale très difficile.
Etre enseignant, et donc éducateur, c'est
aussi accepter de prendre beaucoup de temps, d'offrir des lieux
de parole et d'écoute vraie.
4. SUSCITER L'INTERET, LE DESIR
Demander à Dieu notre Seigneur ce que je
souhaite et désire. (ES 48)
Il y a une différence de taille entre un retraitant
et un élève : le premier est volontaire (… mais lorsqu'il perçoit
que sa volonté n'est pas vraiment conforme au chemin évangélique,
il peut aussi résister !), le second l'est moins.
Il est difficile de faire accepter de différer
le désir immédiat et utilitaire.
Quelques exemples peuvent parfois convaincre les élèves : le pianiste
ne le devient pas tout de suite, ni le véliplanchiste ou le cavalier...
il y a des gammes, des gestes à apprendre ; conduire une voiture
suppose l'ascèse de l'apprentissage théorique et pratique du code
de la route…
J'ai aussi recours à quelques moyens simples
pour susciter ou augmenter intérêt et désir :
- un enthousiasme pour l'objet du cours (avec un esprit camelot,
vantant sa marchandise)
- l'annonce claire des objectifs
- le fait de partir des images, représentations des élèves sur
un sujet pour construire le cours
- l'utilisation de documents concrets, qui touchent les élèves,
partent de leurs préoccupations ou les rejoignent
- l'aide du jeu pour des évaluations et révisions : pour faire
passer un programme de lecture de plusieurs livres ou un bilan
de grammaire parfois amer, j'invite les élèves à composer eux-mêmes
des questions dont ils fixent le barème, et dont ils ont la réponse
; ils les posent à leurs camarades ; j'utilise aussi des variantes
en répartissant les élèves en décuries, ou en faisant appel à
des champions...
L'enseignant doit évidemment faire face à
deux tentations extrêmes :
- la seule transmission d'un savoir (qui ignore totalement la
personne et le désir de l'élève)
- l'oubli de sa responsabilité (en se donnant pour seule règle
la fusion constante avec le désir de l'élève).
5. FAIRE S'EXERCER
Celui qui donne à un autre (...) doit raconter
fidèlement l'histoire de cette contemplation ou de cette méditation,
en ne parcourant les points que par une brève ou sommaire explication.
Car, lorsque celui qui contemple part de ce qui est le fondement
véritable de l'histoire, la parcourt, la réfléchit par lui-même
et trouve quelque chose qui lui explique et lui fasse sentir un
peu mieux l'histoire, soit par sa propre réflexion, soit parce
que son intelligence est éclairée par la grâce de Dieu, il y trouve
plus de goût et de fruit spirituel que si celui qui donne les
exercices avait beaucoup expliqué et développé le sens de l'histoire
; car ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait
l'âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement.
(ES 2)
Saint Ignace de LOYOLA part du principe qu'il
est important de " boire à son propre puits ". Cela va à l'encontre
d'un désir assez fréquent chez l'enseignant d'un cours magistral,
pour aller plus vite, pour boucler le programme.
Laisser les élèves travailler seuls, en silence,
puis, éventuellement à plusieurs, sur un texte pour en construire
une lecture prend évidemment plus de temps qu'un exposé du maître
; mais combien la mise en commun est enrichissante !
Je mets aussi parfois en œuvre ce principe
pour la correction des copies : je pointe seulement les erreurs
ou les maladresses, sans les corriger, et les élèves ont à chercher
et trouver les améliorations. En 3ème, on peut parfois aller plus
loin en laissant les élèves se corriger mutuellement.
6. INVITER A RELIRE POUR CHOISIR
Après avoir terminé l'exercice, pendant
un quart d'heure, assis ou me promenant, je verrai comment les
choses se sont passées pour moi pendant la contemplation ou la
méditation. Si c'est mal, je regarderai la cause d'où cela provient
et, quand je l'aurai vue, je m'en repentirai pour me corriger
à l'avenir. Si c'est bien, je rendrai grâce à Dieu notre Seigneur
et je ferai de même une autre fois. (ES 77)
Comme professeur principal en 5ème, je passe
beaucoup de temps durant l'heure de "Vie de classe" (une heure
par quinzaine) à faire le point. Je propose d'abord un temps de
réflexion personnelle en silence, où chacun remplit un tableau
de ce type :
| |
Ce qui va |
Ce qui ne va pas |
Ce que je propose |
| Moi |
|
|
|
| Le groupe-classe |
|
|
|
| Les matières et les enseignants |
|
|
|
| La vie scolaire |
|
|
|
Suit un échange où chacun dit ce qu'il veut
(il n'y a pas d'obligation de prendre la parole ou de dire tout
ce que contient son tableau).
Avant le conseil de classe, je consacre aussi
une séance que je pourrais qualifier de "correction fraternelle"
où chaque élève dit comment il se perçoit ; les autres disent
comment ils le perçoivent… L'élève se fixe alors un ou deux points
d'attention, de progrès pour la période suivante. Les élèves tiennent
généralement compte des remarques qui leur ont été faites.
Je m'appuie aussi beaucoup sur les délégués
de classe pour créer un tel climat.
7. ETRE EXIGEANT EN VUE D'UNE LIBERTE
Quand celui qui donne les exercices s'aperçoit
qu'aucun mouvement spirituel ne vient dans l'âme de celui qui
s'exerce, il doit beaucoup l'interroger sur les exercices, s'il
les fait aux temps prévus, et comment ; de même sur les conseils
supplémentaires, s'il les suit avec soin ; s'informant sur chacune
de ces choses en détail. (ES 6)
Tout n'est pas beau, tout n'est pas gentil…
et chacun doit rester à sa place : enseignant et élève ont à faire
chacun 50% du chemin et pas plus, comme un accompagnateur et un
retraitant. En cas d'extrême urgence seulement (lorsque l'on perçoit
qu'il y a un risque vital), le "maître devra dépasser la ligne
continue pour arracher le "disciple" au péril !
Il est important d'insister sur le "Ce que
je peux", en vue d'atteindre le "Ce que je veux" , d'aider
à distinguer ce qui ne dépend pas de moi de ce sur quoi j'ai barre,
qui est à ma portée dans le proche avenir, non imaginaire.
Par exemple, un élève pourra se dire : "Mon niveau, mes connaissances
et compétences actuelles ne dépendent peut-être pas de moi ; mais
le fait de me lever à l'heure, d'avoir toutes mes affaires, de
demander à prendre la parole dans un groupe, d'effectuer un programme
d'exercices de remédiations, cela dépend de moi…"
J'invite ainsi certains élèves à noter chaque semaine une " petite
décision " concernant un point d'attention très concret et réalisable,
relatif au travail (en classe ou à la maison) ou au comportement
et à évaluer la fidélité à cette décision et son fruit.
Un élève de 3ème, dont la dislexie m'avait
été signalée, m'a dit récemment faire moins d'erreurs d'orthographe,
en partie parce qu'il avait expérimenté que j'étais très exigeant
sur ce point, parce qu'il avait sérié ses difficultés (sans vouloir
tout corriger tout de suite) et qu'il avait effectué un programme
progressif de remédiation.
8. INVITER A REPETER SELON LE GOÛT et LE DEGOÛT
- Le troisième exercice est une répétition
du premier et du deuxième exercice (ES 62)
- Le quatrième exercice consiste à reprendre le troisième. (ES
64)
- Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait
l'âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement.
(ES 2)
Répéter, c'est d'abord reprendre ; ce n'est
pas toujours facile (combien de fois ai-je dit aux élèves : "
Mais enfin, je vous l'ai déjà dit ! " alors que je devais peut-être
le redire de manière différente ; il m'est même arrivé de dire
à certains élèves : " Mais vous devez avoir vu cela ! Ce n'est
pas possible ! Quel prof aviez-vous l'an passé ?... " avant de
me souvenir que c'était moi !). Mais c'est nécessaire, pour ancrer
dans la mémoire, donner une cohérence, permettre d'avancer en
passant à l'étape suivante.
C'est difficile pour un enseignant d'accepter d'aller plus lentement,
de reprendre lorsque certaines notions importantes ne sont pas
assimilées.
Il est ainsi important en début de cours de reprendre l'essentiel
du cours précédent, pour vérifier l'assimilation.
Les élèves me disent parfois que je ne donne pas trop de devoirs
; je leur réponds que s'ils relisent les notes du cours précédent,
c'est déjà beaucoup…
Répéter, c'est ensuitre savourer, goûter,
pour apprendre à aimer davantage…
L'an passé, en 3ème, je me souviens que les élèves aimaient à
reprendre et savourer des poèmes qu'ils avaient écrits, dans des
circonstances, il est vrai, un peu particulières.
Fin mai début juin, la coupe du monde de football en Corée battait
son plein ; les élèves, soutenus par des parents et des collègues
(n'oublions pas que nous sommes au pays des "Verts") faisaient
pression pour voir ou écouter les matchs. Ce 31 mai, la France
jouait contre le Sénégal… J'avais prévu une séance sur le sonnet.
Les élèves avaient déjà sorti leurs baladeurs. Un index impératif
les avait fait regagner les sacs. Je donnai rapidement quelques
indications sur les caractéristiques du sonnet, suivies de la
consigne suivante : "En écoutant le match en direct, vous allez
composer un sonnet, sur le match ou la coupe du monde, seul ou
à deux.". Les élèves, très étonnés, se prirent au jeu et j'eus
des résultats assez surprenants.
En témoigne le texte de Sarah, qui n'avait
vraiment pas brillé jusque là par ses compétences en français
:
| Un beau poteau a été fait par Trézéguet.
Une déception a suivi sa belle action.
Desailly et Petit ont tenté de marquer,
Mais le beau Diouf a bien contré leur intention.
Zidane aurait bien pu vaincre le Sénégal.
Djorkaeff le remplace, on est vraiment déçu.
Barthez a hélas laissé passer une balle.
Résultat : nos très célèbres Bleus ont perdu.
Je dis "Allez les Bleus ! Ne perdez
pas espoir !"
Soyez avec moi ! Supportons-les pour gagner !
Souhaitons qu'ils ne tombent dans le désespoir,
Et qu'ils rapportent cet immense et
beau trophée !
Même si les Bleus ne reviennent étoilés,
Ce n'est pas grave, on peut attendre quatre années ! |
9. FAIRE PROGRESSER et DONNER LE MEILLEUR
DE SOI
Le magis (davantage) revient si souvent
dans les ES !
C'est une invitation à viser le rendement maximum en partant d'où
on est ; non par un volontarisme extérieur, en soi, mais dans
la joie de la confiance initiale donnée et redonnée par un autre
(cf. la parabole des talents, Matthieu 25,14-30).
C'est croire que chacun peut progresser.
Un élève de 5ème m'a un jour demandé si je
donnais des notes négatives en dictée (faire apparaître la note
sous zéro) ; c'était une pratique de quelques collègues dont certains
prenaient ainsi plaisir à montrer aux élèves qu'ils étaient "
moins que nuls ". Je décidai de la prendre à mon compte, ce qui
me valut tout d'abord un " Vous êtes vache ! ", mais j'expliquai
qu'elle me permettrait de mesurer les progrès effectués, valorisant
le fait qu'un élève qui passait de -20 à -10 progressait autant
sinon plus que celui qui passait de 8 à 12. Cela porta du fruit
: cet élève passa durant l'année de -20 à 7/20, en passant par
-5 et 3.
Il est aussi important de faire briller chacun
à son niveau, en constituant des groupes de forces différentes,
avec des exercices différents (tout comme la dictée de Pivot comporte
une partie " juniors" et une partie "seniors").
10. INVITER A ETRE RESPONSABLE ET SOLIDAIRE
- L'homme est créé pour louer, respecter
et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme. (ES 23)
- L'amour doit se mettre dans les actes plus que dans les paroles.
L'amour consiste en une communication réciproque ; c'est-à-dire
que celui qui aime donne et communique ce qu'il a, ou une partie
de ce qu'il a ou de ce qu'il peut, à celui qu'il aime ; et de
même, à l'inverse, celui qui est aimé, à celui qui l'aime. De
cette manière, si l'un a de la science, il la donne à celui qui
ne l'a pas ; de même pour les honneurs et les richesses. Et l'autre
agira de même envers le premier. (ES 230)
Je pense que l'enseignement est incomplet
s'il ne développe pas un sens de la responsabilité et de la solidarité
: il ne s'agit pas de vouloir gagner et donner le meilleur de
soi seul ou contre les autres, mais avec et pour les autres !
J'essaie de développer cette solidarité dans
le travail, en favorisant le travail de groupe (écriture de scènes
de théâtre, de suites de récits ; composition de questions pour
un concours…) permettant une autonomie, la découverte de rythmes
différents et la prise en compte du point de vue d'autrui.
Dans la classe dont je suis le professeur
principal, je demande aussi à chaque élève de choisir un correspondant
précis qui lui transmettra tout ce qui est nécessaire en cas d'absence
prolongée.
Nous essayons encore, plus largement au collège,
de donner le sens de la responsabilité en répartissant un certain
nombre de services dans la classe, autres que ceux des délégués.
Chacun assure au cours de l'année un service durant un mois (remplir
la feuille d'appel, effacer le tableau, veiller à la propreté
en fin de cours…).
Enfin, au niveau de l'établissement, une aide
au travail est assurée par des aînés (lycéens) pour les cadets
(collégiens) deux soirs par semaine, encadrés chaque soir par
un enseignant différent.
Je conclurai en disant que ces manières d'être,
de faire supposent la gratuité !
Nous donnons gratuitement en espérant, à la suite du Christ, que
celui qui en aura bénéficié agira de même ! Mais la gratuité suppose
la liberté !
J'aime, lorsque je fais des interrogations,
donner un bonus : une question supplémentaire, un peu plus difficile,
créditée de 2 points. Si la réponse est juste, l'élève reçoit
2 points ; si elle est fausse, l'élève ne perd rien.
Il arrive donc que certains élèves aient 22/20 (ce qui pose un
problème, puisque le logiciel informatique n'accepte pas cette
note ; je donne alors 20 et j'ajoute 2 points à la note suivante…
l'informatique ne suit plus si un élève a toujours 22 !).
Un jour, en 5ème, je rends une interrogation de conjugaison et
je vois Nicolas, qui avait 8, fondre en larmes. Je demande ce
qui se passe et son voisin me répond : " Ses parents lui ont dit
que cette interro serait déterminante ; il n'a pas la moyenne
et son séjour de ski sera supprimé. " A ce moment-là, Vincent,
qui avait eu 22, a déclaré spontanément : " Je lui donne mon bonus
! ". Interloqué, comme les autres élèves, j'ai accédé à sa demande.
Des élèves n'ayant pas la moyenne ont alors tourné leur regard
vers une autre " bonifiée " qui refusa catégoriquement toute cession
de son bonus…
Saint Ignace de LOYOLA, dans une lettre du
11 septembre 1536, écrivait à Thérèse REJADELL, qui s'adonnait
peut-être à des privations parfois excessives :
Avec un corps en bonne santé, vous pouvez beaucoup ; s'il est
malade, je ne sais ce que vous pourrez. Le corps en bon état aide
considérablement pour faire beaucoup de mal et beaucoup de bien.
Beaucoup de mal chez ceux qui ont une volonté dépravée et de mauvaises
habitudes ; beaucoup de bien chez ceux qui ont leur volonté fixée
en Dieu notre Seigneur et qui la maintiennent dans de bonnes habitudes.
Ma première ambition est bien de former des
"corps (et des esprits) en bonne santé", en espérant qu'ils feront
"beaucoup de bien" !
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