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Des jésuites
français
bien timbrés !

Une chronique de philatélie Jésuite par le Père Etienne Degrez, jésuite belge vivant à Rome. A savourer !


Coïncidence ou Providence? Je préfère croire en la seconde: dans nos vies il se trouvent tant de petits signes qui nous viennent de Dieu…

C’est alors que la presse française débattait vigoureusement d’un texte de loi invitant les programmes scolaires à reconnaître le "‘rôle généralement positif de la présence française outre-mer" que sont arrivés sur mon bureau des timbres-poste émis par la Zambie. Pour commémorer les 100 ans de présence jésuite dans le pays, la Zambie émit un bloc de 4 timbres dont deux sont à la mémoire de jésuites français : Joseph Moreau (1864-1949) et Jules Torrend (1861-1936). Voilà donc un grand pays africain qui reconnaît sans état d’âme la contribution apportée à son développement par deux jésuites français. Sans le chercher, ces deux missionnaires donnèrent une image tellement"‘positive de la présence française outre-mer" que la Zambie n’hésita pas à les honorer publiquement. Mais sont-ils vraiment connus dans leur pays d’origine ?

Bien qu’appartenant à une génération de pionniers généralement poussés par l’urgence de l’évangélisation et l’impératif de problèmes immédiats à résoudre, Joseph Moreau et Jules Torrend étaient convaincus de la nécessité d’un travail culturel et social en profondeur.


Joseph Moreau et, à droite, l'église Chikuni

Le premier, Joseph Moreau, né en Vendée en 1864, s’initia à une des langues bantoues dès sa régence en Afrique du Sud (1886). Il y retourna après sa théologie en Angleterre. En 1902, lors d’une visite exploratoire dans la région de Tonga, il obtint du chef local que quatre jeunes gens, dont un des fils du chef Monze, rentrent avec lui à Bulawayo. Durant trois ans, ceux-ci y reçurent une formation intensive combinant les méthodes modernes d’agriculture avec l’étude de la langue anglaise et les rudiments de la foi. De son côté, et avec leur aide, le Père Moreau apprenait la langue Tonga. Lorsque ce groupe, accompagné du Père Moreau, retourna à Tonga, l’accueil fut triomphal. Le missionnaire avait tenu sa promesse de les ramener, et l’étonnement et l’admiration étaient grands devant ces jeunes qui pouvaient "lire, écrire et parler la langue des Blancs" comme le Père qui parlait maintenant la leur. C’est sans difficulté que le missionnaire obtint un terrain pour sa mission qui devint au fil des années un des grands centres de développement éducatif et agricole de la région: Chikuni. C’est de là que se répandit dans la région l’usage de la charrue et des bœufs de trait. Le Père Moreau passa à Chikuni presque toute sa vie. A sa mort, en 1949, il reçut des funérailles imposantes de chef coutumier avec la participation d’un grand concours de peuple.


Jules Torrend et, à gauche, l'église Kasisi

Le second, Jules Torrend, né à Saint-Privat (Haute-Loire) en 1861, révéla très tôt des dons de linguiste. Après un noviciat et un juvénat en Belgique, il fit sa philosophie en Irlande. Envoyé à sa demande en régence en Afrique du Sud, il rassembla et publia l’ébauche d’une grammaire Xhosa-Kafir (1887). Durant sa théologie, il composa une grammaire comparative des langues bantoues (1891), un modèle d’érudition et de travail méticuleux qui lui acquit l’admiration du grand philologue allemand, Max Muller. La chaire de langues africaines à l’université de Berlin lui fut offerte ! Le Père Torrend déclina l’honneur car, s’il était bien un intellectuel et un chercheur, ce qui le motivait n’avait rien d’académique. Il était d’abord un pasteur et un missionnaire, avec même un penchant pour la mystique et la numérologie biblique : il citait volontiers les Pères de l’Eglise et son livre préféré resta la Bible polyglotte Hébreu-Grec-Latin qui l’accompagnait partout. Il s’expliqua un jour sur l’importance de l’étude et la maîtrise des langues locales pour mieux connaître les peuples et gagner leur cœur, seule manière pour le christianisme de prendre vraiment racine. Tout en développant la mission de Kasisi, il continua ses recherches culturelles et linguistiques qu’il rassembla en un grand dictionnaire ‘Anglais-Dialectes bantous’ (1931). Revenu vers la fin de sa vie à Chikuni, mission dont il avait été le co-fondateur avec le Père Moreau, le premier philologue bantou écrivit encore divers manuels en citonga à l’usage des missionnaires et de leurs collaborateurs.

Combien de jésuites français "timbrés" ?

Cette découverte éveilla ma curiosité. En notre monde moderne la philatélie, autant, si pas plus, que la dénomination des rues et l’inauguration de statues est un bon baromètre de l’appréciation publique accordée à certaines personnalités pour leur contribution éminente au bien-être de la nation et à l’image du pays. Combien sont-ils ces Jésuites missionnaires français qui reçurent ainsi un hommage philatélique dans leur pays d’adoption et (faut-il encore l’ajouter) contribuèrent ainsi grandement à l’image positive de la présence française outre-mer ? Une merveilleuse petite brochure publiée récemment en allemand me facilita grandement cette petite recherche : "Die Jesuiten in der Philatelie" (par Walter Nissel et Wilhelm Remes).

Le premier

En 1898, pour la toute première fois, un jésuite accédait à la "gloire philatélique" : il s’agissait d’un français, le Père Jacques Marquette. Et cette reconnaissance initiale vint des Etats-Unis.

Jacques Marquette, né à Laon en 1636 et décédé sur les bords du lac Michigan en 1675, fut envoyé en mission parmi les Hurons en Nouvelle-France et reste célèbre comme l’explorateur de la région des grands lacs et du haut Mississipi dont il suivit le parcours presque jusqu'au golfe du Mexique. Il dessina la première carte de la région. Outre celui déjà mentionné, les ETATS-UNIS émirent un second timbre en l’honneur du Père Marquette en 1968. A son tour, le CANADA l’honora en 1987. Chaque fois, le Père Marquette est montré dans un canoë en compagnie de ses guides Amérindiens.

Un avignonais vietnamien

Alexandre de Rhodes, né en Avignon en 1591 et décédé à Ispahan, en Perse, en 1660, fut à sa demande destiné aux missions orientales. Il quitta l’Europe en 1618, passa quelques années au Japon et en Chine avant d’arriver au royaume du Tonkin (partie nord du Vietnam) en 1627. Bien vu du roi auquel il avait offert un livre de mathématiques écrit par Ricci, il obtint rapidement des conversions, même parmi les bonzes. Il préférait se faire seconder de collaborateurs locaux plutôt que de prêtres étrangers. C’est pour eux qu’il composa un catéchisme en langue vietnamienne, créant pour ce faire un nouveau système de caractères inspiré de l’alphabet romain. Bien adapté à la langue, c’est encore cet alphabet qui est utilisé aujourd’hui au Vietnam. L’INDOCHINE d’abord (en 1943) et le VIETNAM DU SUD ensuite (en 1961) lui consacrèrent un timbre. Il y est représenté habillé en mandarin.

Deux autres, sans doute inconnus...

Bien que plus près de nous, les deux suivants sont sans doute moins connus :

Ambroise Monnot, né à Lyon en 1831 et décédé dans la même ville en 1898, fut nommé supérieur de la mission syrienne en 1869. Il lui donna une nouvelle impulsion en fondant l’université St Joseph de Beyrouth et deux résidences à Alep et Damas. Il développa l’imprimerie catholique et lança le quotidien Al-Bachir. Toutes ces œuvres connurent un bel avenir. Comme provincial de Lyon (1877-1883) il relança les missions d’Egypte et d’Arménie. A l’occasion du 125ème anniversaire de l’université St Joseph de Beyrouth (1875-2000) les services postaux du LIBAN émirent un timbre où l’on peut voir en buste le Père Monnot.

Ferdinand Bonnel, né à Roubaix en 1869 et décédé à Batticaloa, Sri Lanka, en 1945, rejoignit en 1901 son frère Charles déjà missionnaire à Ceylan (aujourd’hui "Sri Lanka"). Fondateur au début du 20ème siècle du collège St Michel à Batticaloa, sur la côte est de l’île, Ferdinand Bonnel en fut le directeur pendant plus de 40 ans. Partant de presque rien, il fit de cette institution un des collèges les plus estimés du pays, en particulier en ce qui concerne l’enseignement des sciences. En émettant un timbre en son honneur en 1988 le SRI LANKA reconnut en lui un des grands pédagogues du pays.

Et encore...

On pourrait encore ajouter quelques tableaux de scènes naturelles du Père Jean-Denis Attiret, né à Dole en 1702 et décédé à Pékin en 1768, et peintre à la cour de l’empereur de Chine, qui furent choisis par la république de CHINE-TAIWAN pour illustrer des timbres en 1973.

Le contraste est grand si l’on compare avec la France même qui connut plus de 450 ans de présence jésuite, à commencer par Ignace, Xavier, Pierre Favre et les premiers pères faisant leurs études à Paris, et des dizaines de compagnons qui, dans un domaine ou l’autre, marquèrent la vie du pays, sans parler de ceux qui furent béatifiés ou canonisés.

Un seul timbre français sur un jésuite français

Un seul jésuite français reçut l’honneur du timbre-poste en son pays natal ! Il s’agit de Pierre Teilhard de Chardin, né à Sarcenat en 1881 et décédé à New-York en 1955, dont le centenaire de la naissance fut commémoré par l’émission d’un timbre en 1981. Quelle que fut leur contribution – et dans quelque pays que ce soit – la France est certainement avare de reconnaissance à "ses" jésuites dont elle ne peut cependant ignorer l’apport important en des domaines variés. Ce désert philatélique est frappant si on compare le compare avec les pays voisins. En Allemagne ils sont quatre (Spee, Schall, Delp et Mayer) ; en Espagne cinq (Ignace, Xavier, Anchieta, Acosta et Gracian), en Belgique quatre (Berchmans, Bolland, Seghers et Verbiest) et en Italie deux (Gonzague et Ricci) à avoir été honorés d’un timbre, sans parler des missionnaires (St François-Xavier et combien d’autres) et des figures internationales (à commencer par St Ignace) qui furent reconnus en d’autres pays que celui de leur naissance.

Pourquoi si peu en France même ? Il y a bien sûr une explication tentante qui vient immédiatement à l’esprit, mais peut-être faut-il laisser à chacun le temps d’y réfléchir et de trouver la sienne…


Etienne N. DEGREZ S.J.
été 2006

 

Pour en savoir plus :

> Tous les timbres jésuites (en anglais)

> Zambie : 100 ans de présence jésuite

> Jacques Marquette, le missionnaire du Mississippi

> Jacques Marquette vu par Laon, sa ville natale

> Alexandre de Rhodes

> L'université Saint-Joseph de Beyrouth

> Attiret : peintre à la cour de Chine

> Teilhard de Chardin