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Un siècle de scoutisme
Père Jacques Sevin

UN FONDATEUR EN FRANCE : Jacques SEVIN s.j.

Plus de trente millions de jeunes, de multiples nations, de diverses langues, cultures et religions fêtent, en 2007, le centenaire du Mouvement Scout Mondial, le plus nombreux et le plus ancien des mouvements de jeunesse.

A l'origine de cette aventure étonnante : un général britannique : Robert Baden­Powel. Au siège de Mafeking (Botswana - Afrique Australe) en 1899, avec des troupes trop faibles lors de la guerre des Boers, il confie des tâches de secouristes, observateurs, agents de liaison à des adolescents... Et découvre le sérieux avec lequel ils accomplissent leurs responsabilités, la maturité humaine qu'ils en retirent.

Plus éducateur que militaire, il rentre en Angleterre, quitte l'Armée ét organise en 1907, sur l'île de Brownsea, un camp expérimental pour des jeunes de milieux défavorisés.. Ceux-ci doivent coopérer en équipe, acquérir les techniques diverses de la vie en plein air, monter leurs tentes, faire la cuisine, animer des veillées, partager les diverses responsabilités d'une vie commune rude mais stimulante, y apprendre le service mutuel, acquérir confiance en eux, s'ouvrir à Dieu parfois...

L'expériencee est un succès. Rapidement de nombreux groupes scouts se fondent en Grande Bretagne, en Europe, dans le monde. En France aussi : d'abord, dans des milieux protestants et laïcs. La sphère catholique reste très réservée et critique, (un britannique, anglican, peut-être frotté d'esprit franc-maçon... ?) notamment la docte revue « Les Etudes » de la Compagnie de Jésus.

Ce qui - humour de l'Esprit Saint - stimule un jeune jésuite : Jacques Sevin. Avec la permission de ses supérieurs, il part en Angleterre - qu'il connaît bien et dont il maîtrise la langue - étudier le scoutisme sur le terrain. D'une rencontre avec Baden Powel, naîtra entre eux une grande estime et une amitié fidèle. Baden Powel dira « celui qui a le mieux compris et réalisé ma pensée est un religieux français ».

Jacques Sevin, confiné par la guerre de 1914-1918 en Belgique occupée par les armées allemandes, lance une troupe scoute, interdite, clandestine et d'autant plus vivante (situation que j'ai personnellement vécue avec enthousiasme, de 1940 à 1944). En même temps qu'il écrit « Le Scoutisme » ouvrage de base du scoutisme catholique, pour de nombreux pays.

Rentré en France, avec la coopération de quelques laïcs et prêtres convaincus, dont le Chanoine Cornette (Aumônier général), il lance en 1920 le mouvement des Scouts de France, dont il sera le principal fondateur et penseur, non sans rencontrer soupçons et déconvenues, reçus d'un coeur libre.

Les Guides de France se développent à partir de 1924, apportant une réflexion de valeur sur le scoutisme au féminin, la place de la femme : dans la Cité et l'Église. Madeleine Delbrel fut l'une d'entre elles.

Des cheftaines, issues des deux mouvements, souhaitant partager les valeurs du Scoutisme dans la vie religieuse se regrouperont sous la conduite et les conseils du P. Jacques Sevin, en une congrégation : la Sainte Croix de Jérusalem - présente en France particulièrement dans l'éducation et en plusieurs missions exposées, en Palestine, au coeur du Tchad, en une banlieue chilienne.

Les Scouts et Guides de France, après des décennies de cheminement parallèle, des recherches et pratiques de coéducation des garçons et filles (unité commune, équipes de base distinctes pour chaque sexe) viennent de se réunir en un mouvement nouveau, unique, riche de leurs longues expériences, de l'apport de leurs diversités de regard en fidélité à un idéal commun.

Depuis les années 60, d'autres mouvements de scoutisme catholique se sont développés en souci de la tradition des commencements et réponse à des changements socio-culturels et religieux trop rapides souvent, insuffisamment réfléchis : les Scouts et Guides d'Europe, les Scouts et Guides Unitaires.

Des tensions parfois surgirent entre eux et avec les Scouts de France. Cependant, « diverses les demeures dans la maison du Pères », ces mouvements découvrent de plus en plus qu'ils ont ensemble un témoignage à donner, fût-ce en des sensibilités différentes : réponse aux immenses attentes des jeunes souvent désemparés de notre époque. « Un témoignage de l'amour fraternel et de la réconciliation qui permettent de reconnaître les disciples du Seigneur »(1 Jn 4/7-9) leur demandait Jean-Paul II.

Baden Powel parmi les cinq buts du scoutisme qu'il proposait, énonçait en bonne place le Service de Dieu. Dieu - enseigne le P. Sevin - reconnu et aimé dans la personne de son Fils, le Christ-Jésus, par la lecture de l'Evangile, la prière simple et confiante et dans toutes les activités du jeu scout, dont les liturgies simples et vivantes des camps. Le Père n'a pas fondé un cadre strict de formation spirituelle. Il invite - ce fut sa grande intuition - à rencontrer le Seigneur et à en vivre au coeur de cette éducation équilibrée, de tout l'homme, que le Scoutisme recherche. Dans le développement et la maîtrise du corps, par une formation pratique de l'intelligence des mains autant que de l'esprit, par le sens et le respect de la nature, appel à l'adoration, par le service des autres avec attention aux défavorisés, dans le souci du Bien commun, dynamisme d'un mouvement mondial ; dont témoignent, par exemple, outre des jamborés réguliers, une très fraternelle coopération des scoutismes catholiques allemand et français.

La mise en oeuvre d'un tel effort d'ouverture et d'équilibre éveille nombre de vocations variées pour des familles stables et nombreuses, des professions de service, pour la vie sacerdotale et religieuse où l'apport du Scoutisme catholique est important.

Se reconnaître « créés à l'image de Dieu » en même temps qu'appelés à coopérer, confiants et heureux, à cette création : c'est l'appel toujours actuel, à célébrer et vivre !

Xavier Baronnet s.j.
Aumônier Général des Scouts de France (1987-1993)

 

Pour en savoir plus :

> La vie du Père Sevin

> Le site du scoutisme français

> Le site mondial (en anglais)

> La vie de Baden-Powell

> Une base de données anglaise sur le scoutisme