| Julien
Maunoir naquit en 1606 à St-Georges-de-Reintembault dans le diocèse
de Rennes. La Bretagne était alors dans un état d'ignorance religieuse
extrême ; les populations étaient en proie à la superstition et
à l'immoralité.
Admis au noviciat des Jésuites de Paris, Julien
Maunoir était très attiré par les missions du Canada, comme son
compagnon de scolasticat, Isaac Jogues, en même temps que séduit
par un idéal de vie purement contemplative. Dieu le destinait cependant
aux missions bretonnes ; et la Vierge Marie lui obtint une connaissance
miraculeuse du breton.
Dès 1640, il ne cesse de parcourir, ordinairement
à pied, tous les diocèses de Bretagne. Son action intense, sa parfaite
adaptation aux besoins des âmes et surtout sa prière continuelle
obtiennent chez les populations bretonnes un réveil de la foi, puis
l'affermissement d'une vie chrétienne fervente. Le clergé est gagné
par son exemple et le Père Maunoir entraîne après lui dans les missions
plus de mille prêtres ; la durée de son oeuvre fut ainsi assurée.
Il mourut à Plévin, le 28 janvier 1683.
29 janvier
En France, mémoire facultative du
Bx. JULIEN MAUNOIR, prêtre
Commun des pasteurs (p. 260) ou des religieux (p. 271).
OFFICE DES LECTURES
DEUXIÈME LECTURE
Une ouverture de mission par le P. Maunoir
Lorsque la mission se devoit faire dans un autre diocèse que celuy de Quimper, le Père commençoit par saluer l'Evesque de ce diocèse. Il le prioit de luy donner son mandement et les pouvoirs nécessaires : et rendant ainsi ses devoirs aux Prélats, il leur parloit avec tant de respect et de soumission, qu'il gagnoit ordinairement leur estime et leur bienveillance.
Avant que d'entrer dans la maison où il devoit loger, il allait à l'église, disant qu'il étoit juste de rendre la première visite au grand Maistre. Il rendoit la seconde au Recteur de la paroisse, et le gagnoit d'ordinaire dès le premier entretien.
Comme l'on prenoit toujours un dimanche ou une feste pour ouvrir la mission, le Père arrivoit la veille, ou le jour mesme de grand matin, afin d'avertir à la première Messe de tout ce qui estait nécessaire au bon ordre et à la solennité de cette première action.
Un ou deux jours avant la mission et le jour mesme qu'elle commençoit, on voyoit avec beaucoup d'édification arriver des missionnaires de divers Eveschez, dont quelques uns venoient de fort loin, plusieurs à pied, le baston à la main, le bréviaire sous le bras, tous à leurs frais, se privant des rétributions qui se faisoient durant ces temps-là dans leurs paroisses. C'estoit encore une chose bien édifiante de voir venir des paroisses d'alentour plusieurs processions fort nombreuses que les Recteurs amenoient eux-mêmes pour assister à l'ouverture de la mission.
On la faisoit cette ouverture immédiatement après les Vespres par une procession, où l'on portoit le Saint Sacrement. La procession estant finie, le Père montoit en chaire, et lisoit d'abord la Bulle des Indulgences. Il proposoit ensuite l'ordre du jour, qu'on devoit observer le lendemain, et durant tout le cours de la mission. Enfin il exhortoit le peuple à la diligence et à l'assiduité. Il le faisoit d'une manière si touchante, que plusieurs de ceux qui estoient venus à cette cérémonie dans le dessein de s'en retourner chez eux, demeuroient dans le lieu de la mission, pour assister à tous les exercices, chacun se logeant et se nourrissant comme il le pouvoit.
Le Père estant descendu de chaire faisoit venir celuy qui avoit soin de sonner, luy enjoignant de sonner à quatre heures du matin un quart d'heure durant la plus grosse cloche pour appeler le monde à l'église.
Après s'être retiré avec ses missionnaires dans le logis qui leur étoit préparé, il assignoit à chacun leur chambre et leur lit. Après le souper, il faisoit un catalogue pour régler l'ordre des Messes, donnant à chacun son heure et son autel, et il leur marquoit à tous ce qu'ils devoient faire le lendemain. L'on faisoit ensuite la prière en commun, et l'on se retiroit pour se disposer par quelques heures de repos à commencer un grand travail.
(P. Boschet, Le Parfait Missionnaire, ou la Vie du R.P. Julien Maunoir, Paris 1697, p. 276-279). |