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Que notre
bonheur soit le plaisir de Dieu |
Didier Rimaud, poète
Un artiste
Didier était d’abord un artiste aux
talents multiples, sensible et joueur, amoureux de beauté
et de musique. Dès sa jeunesse il peint des aquarelles, écrit
des poèmes, sculpte le bois, collectionne les coquillages, passe
du temps à improviser au piano (il dit lui-même (1) : « plus
de temps qu’à apprendre la grammaire allemande ou les verbes
irréguliers grecs... » ), étudie le violon pendant
douze ans. Devenu jésuite à 19 ans, puis en stage au collège
de Marseille, il chante dans la chorale du Père Geoffroy Les
petits chanteurs de Provence et parcourt pas mal de pays en tournée
de concerts avec eux. Dans les années 50, il apprend la guitare
d’accompagnement pour chanter ses premières chansons dont
il écrit texte et musique, et publie même deux disques.
Certes,
comme religieux jésuite, et membre du Centre National de Pastorale
liturgique pendant quarante ans, l’essentiel
de son oeuvre est d’écrire des textes pour la liturgie. Mais
pour le plaisir de jouer avec les mots il écrit aussi des comptines
pour les enfants dont beaucoup sont encore inédites.
Et pendant tout ce temps on le voit régulièrement appelé
par des communautés comme conseiller et parfois créateur,
pour le réaménagement de leur chapelle, le changement de
l’autel, le choix des couleurs, des sièges, des tissus, etc.
Au noviciat de l’Arbalétière (au nord de Lyon) où
il a vécu de nombreuses années jusqu’à sa mort
(le 24 décembre 2003), l’autel de la chapelle de communauté
est habillé d’une tapisserie dont Didier a fait lui-même
le carton. Longtemps, à la chapelle de la maison de la Baume à
Aix-en-Provence (qui fut noviciat de 1952 à 1967) de même
qu’à l’église Saint-lgnace à Paris, une
longue tapisserie provenant d’un dessin de Didier était placée
au-dessus du tabernacle.
Manifestement l’ambiance familiale
fut propice au développement des talents et de la sensibilité
artistiques de Didier. Il en parle volontiers lui-même
: « A la maison, mon père et ma soeur aînée
jouaient du piano. J’aimais bien, pour entendre la musique, me lover
en chien de fusil, sur le parquet, contre le bois d’ébène
de ce piano noir. Ma mère nous apprenait toutes les vieilles chansons
françaises et, bien sûr - Bretagne oblige ! - celles de Théodore
Botrel. C’est merveilleux tout ce qu’à l’intérieur
d’une famille nombreuse - nous étions huit frères
et soeurs - on peut apprendre de sa mère pendant les vacances le
nom des arbres, des fleurs, des poissons, des phares, des constellations,
le mystère des chapelles bretonnes près des sources ; comment
on fait des colliers de coquillages ; comment on fait des chansons pour
les fêtes ; comment on rend grâce pour un dessert de fraises
ou de trop-de-crêpes ! Le bonheur quoi ! Et comment l’amour
qui est donné permet de passer à travers les épreuves
: ma soeur aînée morte à 18 ans, deux frères
tués, l’un en Indochine et l’autre en Algérie.
Mon père, officier, était plus silencieux. Pour des fêtes
de famille, il mettait en musique des poèmes que chantait ma mère
et qu’il accompagnait au piano. Je garde dans mes trésors
un cahier où il avait recopié de sa main des poèmes
que j’avais écrits vers 18 ans et qu’il avait trouvés
quand j’avais quitté la maison pour le noviciat. Cette sorte
d’approbation muette du père conforte le fils encore aujourd’hui. »
Carnac
Oh si j’étais
goutte de pluie, j’irais au bout de l’univers.
Je donnerais toute ma vie
pour être vague dans la mer.
De gouttière en ruisseaux, de ruisseaux en torrents, de torrents
en cascade, de cascade en rivière, de la rivière au
fleuve,
Et du fleuve à la mer.
Oh ! si j’étais goutte de pluie,
je serais vague dans la mer.
(Le berger de lumières,
conte musical pour choeurs d’enfants, récitant et ensemble
instrumental, musique Rager CALMEL, éd. A Coeur Joie,
1986).
Tous les coquillages
Oui jouaient sur la plage,
Sont partis se cacher dans l’eau,
Retrouver leurs petits berceaux.
(Berceuse russe,
harmonisation Rager CALMEL, éd. A Coeur Joie, 1990, n0 366).
Comme les vagues
de la mer
battent des mains depuis toujours, applaudissez pour votre Dieu
Il vient chercher le fruit
qu’il attend de la terre
en réponse d’amour !
Venez rendre l’amour
à qui vous l’a donné ;
venez rendre la vie
que vous avez reçue ;
venez rendre la joie
d’être image de Dieu.
(A force de colombe, Cerf, 1994,
p. 64)
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Le 6 août (fête de la Transfiguration) 1922, Didier est né
à Carnac (Morbihan), comme le grand poète Eugène
Guillevic. A Carnac car
c’est le lieu de la maison de vacances
de sa famille, pourtant la plus lyonnaise qui soit. Mais
lorsqu’on demandait à Didier : « D’où
êtes-vous ? », il répondait toujours « de
Carnac », et jamais « de Lyon » où
il a pourtant vécu toute sa jeunesse puis de nombreuses années
en communauté jésuite. A Lyon le travail et les études,
à Carnac les vacances, les jeux, la mer : « Je suis
né au mois d’août dans une maison d’où
l’on voit l’océan par toutes les fenêtres. Je
suis sûr que le premier bruit du monde que j’ai entendu est
celui des vagues déferlant sur la plage à moins de cent
mètres... Je suis retourné à Carnac
tous les ans, pour les vacances d’été, jusqu’à
la guerre de 1940 et mon entrée au noviciat. Je dois bien porter
quelque part en moi ce lieu de naissance et de vacances... ».
En effet, il n’est pas difficile de trouver dans les textes de Didier
la trace de la vie à Carnac.
Le jésuite
C’est dans les chansons qu’il
composa vers l’âge de 30 ans que transparaît pour la
première fois la prière de Didier et sa compréhension
du mystère de la souffrance et de la Pâque du Christ.
Parmi une dizaine de chansons parlant du Christ, la majorité contemplent
le Christ en croix et ses souffrances. Mais sans jamais aucune complaisance
ni fascination. D’ailleurs la qualité des images et l’élégance
du langage ne le permettent pas. De ce point de vue on reste impressionné
par la densité de « Amour me tient ».
Familier des psaumes et infatigable traducteur et commentateur du psautier,
Didier connaît le cri des pauvres : « Un pauvre crie;
le Seigneur entend il le sauve de toutes ses angoisses. » (Ps.
33, 7). Mais en 1976, la 32ème Congrégation générale
des jésuites orientait plus nettement sa mission au service des
pauvres et de la justice sociale, et cette option marquera Didier qui
s’en explique : « Les orientations
de la Compagnie de Jésus, formulées par le Père Arrupe,
invitant à ne pas séparer l’annonce de la foi de la
promotion de la justice, ont germé sur un terrain fécondé
par les psaumes. C’est une option dont je me sens
très partie prenante, même si je ne travaille pas moi-même
dans les camps de réfugiés de Thaïlande ou du Rwanda.
Elle m’occupe le coeur, elle m’obsède et c’est
pour moi une grande joie d’entendre une communauté adopter
des chants tels que :
Peuple d’un Dieu qui
est justice
en prenant soin des plus petits,
ta seule gloire est le service,
l’amour de ceux que l’on
oublie.
Invente avec ton Dieu
l’avenir qu’il te
donne,
Invente avec ton Dieu
tout un monde plus beau.
Le Fils de l’homme est
plein de grâce,
Quand il descend chez les pécheurs.
Fais comme lui et prends ta
place,
Sous la livrée du serviteur.
Invente avec ton Dieu... »
Le traducteur liturgique
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Amour me tient
Où sont les joies
de vert printemps
Quand neige et nuit en s’en allant
Ouvrent les feuilles ?
Flétri comme un mauvais chiendent
Que nul ne cueille,
Amour me tient sur l’arbre
en croix
Fleuri de rouge au coeur, aux doigts,
Oh ! c’est merveille.
Où sont les cris
de clair été
Quand le vent fou marie les blés
Dans la lumière ?
Muet comme un ruisseau séché
Dessus la pierre,
Amour me tient...
Où sont les chants
d’automne sourd
Quand le sang vient battre tambour
Aux lèvres closes ?
Plus éc!até que grain trop lourd
Où mort se pose,
Amour me tient..
Où sont les feux
de long hiver
Quand cendre et braise aux froides chairs
Redonnent force 7
Glacé de givre jusqu’aux nerfs
Dessous l’écorce,
Amour me tient....
Viendront les jours que
rien ne meurt
Oiseaux ni fruits, poissons ni fleurs
En autre monde
Dessus les os criblés de pleurs
Au trou des tombes.
Amour naîtra de l’arbre
en croix
Rubis et or au front, aux doigts,
Tout est merveille.
(Les arbres dans la mer, DDB, 1975,
p. 175.) |
Pendant tout le temps où Didier
a travaillé dans l’équipe du CNPL, une grande
partie de son travail a été de collaborer
aux groupes qui ont traduit du latin en français tous les
rituels de la liturgie catholique. D’abord
la première édition à la suite du Concile Vatican
Il, puis les éditions successives. Quelques semaines avant
sa mort Didier travaillait encore pour les oraisons du rituel des
funérailles rénové. Ce travail est technique,
long, anonyme puisque aucune traduction n’est signée.
Didier parle de son travail pour le rituel des ordinations publié
en 1996 :
« Dans le groupe des traducteurs ma responsabilité
était de veiller, avec d’autres,
à la fois à la fidélité au texte original
et à la qualité du texte produit, tout en examinant
les nombreuses remarques des évêques consultés.
C’est un travail austère. Mais quelle joie d’entendre
un jour ce texte sur les lèvres d’un évêque
célébrant une ordination dans sa cathédrale
! [...]
Vous imaginez bien que l’on se trouve aussi payé de
sa peine, quand on entend le pape Jean-Paul Il, lors de son voyage
en France, utiliser la nouvelle traduction de la prière eucharistique
pour des circonstances particulières, juste sortie de nos
ateliers ! » |
Le travail sur les textes liturgiques n’est pas que traduction,
il a été aussi création. Didier
a contribué à la rédaction d’au moins une prière
eucharistique pour la réconciliation, et aux prières eucharistiques
pour les assemblées avec enfant, ainsi qu’à des oraisons
nouvelles dans le Missel.
La traduction de la Bible pour la liturgie
a été un très gros chantier. Didier
a fait partie du groupe qui a mis au point la traduction liturgique
du psautier qui se trouve depuis 1977 dans tous les lectionnaires et livres
liturgiques catholiques de langue française. Il a été
aussi le principal rédacteur des oraisons psalmiques qui suivent
chaque psaume de ce psautier.
Le premier chantier de traduction liturgique de la Bible après
le Concile Vatican Il s’était limité aux textes bibliques
sélectionnés par la liturgie. Une grande partie de l’Ancien
Testament n’avait donc pas été traduite pour l’usage
liturgique. Un grand chantier s’est attaqué à ce travail
dans les années 90, qui est maintenant quasiment terminé.
Didier y a collaboré à la traduction de plusieurs livres
de l’Ancien Testament comme "littéraire" auprès
des exégètes pour aider à trouver la juste formule
en français, fidèle à l’original, et compréhensible
à l’oreille pour les fidèles en célébration
qui n’ont pas le texte en mains.
L’auteur de textes de chants liturgiques
C’est encore à Marseille où il travaille
au collège comme étudiant jésuite que Didier écrit
texte et musique de son premier chant pour
la liturgie :
Seigneur, venez, la terre est
prête pour vous accueillir.
Seigneur, venez, sur nos sillons
le grain peut mûrir.
Car toute chair attend le Verbe
de Dieu.
Qu’à notre désir
enfin se rouvrent les cieux.
Mon Dieu, que votre règne
arrive ! (E 20)
Il sera publié en 1952 dans le n° 2 des recueils Gloire
au Seigneur, collection de nouveaux cantiques pour la liturgie lancée
et dirigée par le Père Geoffroy et publiée aux éditions
du Seuil. Et le plus récent recueil de chants pour la liturgie
proposé par les évêques de France (Chants notés
de l’assemblée, Bayard, 2001) a de nouveau sélectionné
ce chant.
Dans les années 60, à la
suite de la réforme liturgique du Concile Vatican II,
tout un répertoire de chants liturgiques en français doit
se mettre en place, et la demande de nouvelles compositions est grande
et pressante. Didier écrira donc beaucoup, aussi bien pour les
assemblées paroissiales que pour les communautés religieuses
ou monastiques. Dans le livre de la Liturgie
des Heures (l’ancien « bréviaire »),
sur 267 hymnes proposées, 45 sont de Didier, réparties
dans tous les temps et fêtes liturgiques. Certains textes sont tellement
appréciés qu’ils sont mis en musique par plusieurs
compositeurs. Ainsi pour chanter l’hymne « Voici la nuit »
(P 156) on peut choisir entre huit musiques différentes. Didier
étant de plus en plus connu et ses textes appréciés,
des commandes viendront chant pour un synode diocésain, pour un
rassemblement national d’un mouvement, pour une fête, un anniversaire
de congrégation, etc.
Progressivement Didier travaillera de très près avec les
musiciens qui composent sur ses textes, pour trouver avec eux les
meilleures solutions pour la mise en place du lien texte / musique
: Joseph Gelineau, Jo Akepsimas, Jacques Berthier, Michel Wackenheim,
Marcel Godard, Henri Dumas, Etienne Daniel, Philippe Robert, Christian
Ville-neuve, Jean-Michel Dieuaide. Pour des pièces plus originales,
cantates, vigiles, vêpres, il travaillera aussi avec Jean-Pierre
Legay, Français Vercken, Rager Calmel, Joseph Reveyron, Patrick
Lamon, etc., et en Italie avec Paolo Rimoldi et Giovanni-Maria Rossi.
Pourquoi écrire ?
« Quelque chose m’est
arrivé, qui m’a surpris. Qui m’a invité
au détour comme un buisson qui brûlerait sans faire de cendres.
Par là, Dieu m’est advenu.
Ou bien par là, je suis allé vers lui. J’ai
crié, de douleur ou de joie, de honte ou de bonheur. Un cri d’abord
sans voix. Peut-être un rugissement. Ensuite, il me faudra écrire
le cri. Et pourquoi l’écrire ? D’abord pour rien, pour
personne, pour moi. Pour garder en molle souvenir de ce qui me faisait
crier. J’écris pour chercher le sens de ce qui m’est
arrivé [...] A la fois pouvoir nommer cela, le saisir en lui donnant
une forme, et puis m’en dessaisir en le projetant hors de moi, hors
de ma portée, hors de mes prises que
je puisse donner ce qui m’a été donné. »
(« L’art de l’hymne », revue Gatéchèse,
n0 167, 2/2002, p. 91-92)
Pierre Faure
(1)Sauf autre indication, toutes les citations de Didier Rimaud ci-dessous
sont extraites de l’interview qu’il a donnée à
la revue du CNPL Célébrer, n0 270, mai 1997, éditions
du Cerf.
Bibliographie
Les arbres dans la mer, Desclée, 1975.
Des grillons et des anges, Desclée, 1979.
A force de colombe, Cerf, 1994.
La prairie de Genèse et autres contes, Editions Saint-Augustin,
1999.
Les Psaumes, « poèmes de Dieu, prières des hommes »,
Suppl. à Vie Chrétienne, n° 431.
Jour après jour, Psaumes au rythme des ExercIces spirituels, Suppl.
à Vie Chrétienne, n° 454.
Grâce à Dieu, Editions Saint-Augustin, 2002.
[Le catalogue du SECLI compte 204 textes de chants liturgiques
écrits par D. Rirnaud.]
Partitions
L’enfant-musique, conte pour choeur d’enfants,
récitant et petit ensemble instrumental.
Texte Didier Rimaud, Musique Rager Calmel. Editions A Coeur Joie, 1984.
Le berger de lumières, conte musical pour choeur d’enfants,
récitant et ensemble instrumental. Texte Didier Rimaud, Musique
Rager Calmel. Editions A Coeur Joie, 1986.
Quelques disques
Avec Jo Akepsimas:
• Pour quelle fête - SM 30 484 B
• Pour éclairer tes pas - SM 30 777
• Lueurs de Pâques - SM 30 627
Avec Jacques Berthier:
• Que tes oeuvres sont belles - SM 30 13.05
• Au coeur de ce monde - SM 30 14.93
• Vienne la paix - SM 30 15.23
• Comme une aurore - SM 30 14.35
• Pour la gloire de Dieu - SM 12 17.40
Avec J. Berthier, J.-L. Cand, J. Gelineau,
C. Villeneuve:
• Baptisés dans te Christ - SM 12 22.89
Avec Marcel Godard:
• Les Vêpres de l’immaculée - SM
• Les combats de Dieu
• Cantate « La Vierge à l’enfant »
- SM
Avec François Vercken: -
• Les combats de Dieu - DPV CD 9467
• Lucernaire, Office du corps et du sang du Christ - Pavane Record,
ADW 7331
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