| Marchant
dans le jardin, debout sous la nuée,
Travaillant gravement, le poète est désir ;
Parmi les ossements des mots exténués,
Il a faim de dresser ceux qui pourront servir
A nommer justement le torrent de son âme,
Qui monte jusqu'à Dieu en jubilante flamme.
Quand
la neige azurée reflète le soleil,
Quand les yeux de l'enfant, éclatants, s'émerveillent,
Quand rayonne l'étoile au sein du firmament,
Quand l'abeille étincelle et rit parmi les herbes,
La Parole jaillie nourrit suavement
Le silence creusé aux musiques du Verbe.
Comme
lève la pâte au ferment de l'amour,
Comme germe en secret la vague en son écume
Et pétille à tâtons le feu que l'on allume,
L'éclosion désirée patiente au fil des jours
:
Il pousse des ramures où nichent les oiseaux,
Il libère la source où frémit le roseau.
Dessinant
lentement l'univers fraternel
Où le Dieu crucifié déroute le méchant,
Sa plume est un archet aux parfums éternels
Qui grave l'absolu sur les ailes d'un chant.
Cathédrale
de mots ouverte à la prière,
Douce, l'hymne s'élève en encens délicieux
;
Pur et joyeux écho du grand festin des Cieux,
Ses clartés prophétiques offrent une autre Lumière
:
Marcher enfin dans les prairies de la genèse,
Où la brise assoiffante irrigue toute glaise ;
Danser avec son Compagnon, jouer sans fin ;
Louer, debout sous la nuée, dans le jardin. |