Extrait de Faudrait aller plus loin par Juliette Gréco
L’abondante, et magistrale, discographie de Juliette Gréco, interprète aux choix assurés, comporte pour les années 68-69 une chanson d’un certain Didier Rimaud, Faudrait aller plus loin. François Rauber, ancien accompagnateur de Brel, orchestrateur, et qui avait signé avec Gréco un bail artistique, fructueux, devait trouver les couleurs musicales à cette ballade bien dans la tradition française. « Qui ne sait que l’amour est difficile ? Il appelle chacun au-delà de lui-même, toujours plus loin »,
précise le commentaire de la chanson.
Rauber et Didier Rimaud (1922-2003) étaient devenus amis.
Le jésuite Rimaud est connu pour ses compositions à usage liturgique.
Dans la « La Croix » du 7 août 2008 , dans la rubrique "Un été en chansons" (23/24), Robert Migliorini a décrypté ce texte de chanson populaire, une oeuvre du jésuite Didier Rimaud.
Faudrait aller plus loin
Paroles et musique : Didier Rimaud. Copyright Éditions musicales Studio SM. 2005.
Si nous allions au bois,
Les lauriers sont coupés
La belle que voilà
Irait les ramasser !
Faudrait aller
Bien loin après la plaine.
Faudrait aller
Plus loin que nos sabots :
Nous tresserions alors
Trois brins de marjolaine
Avec les boutons d’or
Qui n’ont plus besoin d’eau.
Faudrait aller
Où ne vont nos sabots !
Dans le petit matin,
Si nous cherchions des fleurs
Un bouquet sur sa main
Éveillerait son coeur !
Faudrait aller
Plus haut que les collines.
Faudrait aller
Plus loin que nous chantons :
Nous cueillerions alors
le rire et l’aubépine
Au flanc du seul décor
Qui ne craint les tisons.
Faudrait aller
Où ne vont nos chansons !
À la claire fontaine.
Allons pour nous baigner
Sur la branche d’un chêne
Un oiseau s’est posé !
Faudrait aller
Plus bas que les rivières.
Faudrait aller
Plus loin que le courant :
Nous trouverions alors
De merveilleuses pierres
Au fond des seuls trésors
Que ne ronge le temps.
Faudrait aller
Où ne vont les courants !
Si nous marchions par trois,
Comme joli tambour
C’est la fille du roi
Qui parlerait d’amour !
Faudrait aller
Plus loin que les «je t’aime»
Faudrait aller
Où il n’ait plus d’amant :
Nous tisserions alors
De prodigieux poèmes
Avec les seuls accords
Que n’emporte le vent.
Faudrait aller
Où ne vont les amants.
Si nous étions assis
Aux marches du palais
Aux quatre coins du lit
Pervenches fleuriraient !
Faudrait aller
Au creux de chaque peine
Faudrait aller
Plus loin que nous pleurons :
Nous goûterions alors
Plus que la soie, la laine
Et plus que notre corps
Qui retourne au limon.
Faudrait aller
Où les larmes s’en vont.
Didier Rimaud
Peu de gens ont eu l’occasion de le connaître comme auteur compositeur de chansons. Plusieurs textes ont été mis en musique dont "Quand nous décamperons" (par Rauber). Jo Akepsimas, dans le livret accompagnant la réédition de douze d’entre elles (disponible chez SM), en 2005, rappelle l’importance pour l’auteur de cantiques de ces chansons. « Nourri du répertoire des scouts de France, des chansons populaires, des négros spirituals, Rimaud a inventé un univers poétique original dans lequel il brode librement de merveilleuses variations mystiques autour de l’Évangile », souligne le compositeur qui a également collaboré avec celui qui avait participé à la traduction du Psautier. [...]