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Que notre bonheur soit le plaisir de Dieu

Extraits d'un entretien accordé en juin 2002
au journal la Croix

Quelles conséquences a eu la redécouverte des psaumes ?
Dans les psaumes, Dieu se lève pour prendre la défense des petits et des pauvres. Les orientations de la Compagnie de Jésus, formulées par le P. Arrupe invitant à ne pas séparer l'annonce de la foi de la promotion de la justice, ont germé sur un terrain fécondé par les psaumes. C'est une option dont je me sens très partie prenante, même si je ne travaille pas moi-même dans les camps de réfugiés de Thaïlande ou du Rwanda. Elle m'occupe le coeur, elle m'obsède et c'est pour moi une grande joie d'entendre une communauté adopter des chants tels que " Peuple d'un Dieu qui est justice, en prenant soin des plus petits, ta seule gloire est le service, l'amour de ceux que l'on oublie... "

Vous semblez chanter plus volontiers la croix que la résurrection ?
Je suis continuellement interrogé par la passion du Christ dans l'humanité en souffrance, en gestation. Contempler les traces de résurrection, les espérances dans la misère, c'est plus difficile... Or la liturgie justement invite à célébrer la totalité du mystère du Christ, sa dimension cosmique. On parle beaucoup du Jésus de l'Evangile, mais le Christ vers lequel on va ? Ce Christ qui ne cesse de venir ? Nous ne sommes qu'au début de la redécouverte de ce mystère du Christ... Il manque encore souvent l'intelligence profonde de ce que l'Eglise propose : célébrer l'oeuvre de salut de Dieu passant par une oeuvre humaine. Pourquoi rend-on grâce à Dieu lors d'un mariage mais aussi de funérailles ? C'est chaque fois le mystère du Christ mort et ressuscité que l'on rappelle. Il s'agit de dire en même temps " la gloire de Dieu et le salut du monde ". Le " et " est important : la liturgie n'est pas seulement pour la gloire de Dieu : la gloire de Dieu c'est le salut du monde. Ce qui est pour l'homme est pour Dieu.

Mais vous écrivez aussi des oeuvres profanes... Quel rôle peut jouer la poésie dans l'annonce de la foi ?
L'annonce de la foi n'est pas réservée au public des sacristies ! D'ailleurs même quand on écrit pour la liturgie, on ne touche pas que des pratiquants : les chants de mariage, de funérailles doivent être missionnaires... Aussi, je préfère ne pas employer les mots de la sacristie qui risquent d'occulter le mystère plutôt que de l'éclairer. Lorsque j'écris des chansons, des contes, des opéras qui ne sont pas d'abord destinés à des croyants, j'aime partir de réalités de l'Evangile et de la foi, pour créer des liens entre ces univers, jeter des ponts. Car j'écris toujours ce qui se raconte en moi. Je pense au conte L'Enfant musique qui a été chanté dans une salle de cité universitaire où les enfants ne vont pas au catéchisme : il reprend la métaphore du Christ : " Si vous ne devenez pas comme des enfants, jamais vous n'entrerez dans le royaume... de la musique ! ". Mais je ne m'autorise une annonce explicite que là où la demande est formulée.

Finalement est-ce le poète qui a été séduit par saint Ignace ou la Compagnie de Jésus qui a su révéler le poète ?
Très tôt je m'étais intéressé à la poésie, à la musique. Enfant, j'écrivais des poèmes, j'ai beaucoup chanté avec les scouts et pratiqué le violon. Je m'étais interrogé un temps sur la vocation de bénédictin ou de trappiste, mais c'est assez naturellement que je me suis orienté vers la Compagnie de Jésus où étaient déjà deux de mes oncles. De toutes façons je crois qu'en tout jésuite sommeille un moine. Certes, en entrant au noviciat à 19 ans, j'ai d'abord dû renoncer à la musique car les jésuites sont le premier ordre religieux à n'avoir pas d'office choral ! Mais cela ne signifie pas qu'ils ne s'y intéressent pas : un certain nombre de jésuites furent des liturgistes comme Jungmann, Gelineau avec qui j'ai beaucoup travaillé ou encore José Feder. Très vite, la musique m'a rattrappé. Le P. Bernard Geoffroy qui percevait comme indigents les textes de cantiques de l'époque - même si ce répertoire a soutenu la foi des chrétiens jusque dans les camps de concentration -, avait pris l'initiative d'un vaste chantier, la création d'un nouveau répertoire de chants liturgiques. Il m'a alors sollicité ainsi que Luc Estang, Patrice de la Tour du Pin, Jean-Claude Renard : autant de catholiques ouverts à la poésie. Tous nous ressentions alors une sorte d'urgence et avons travaillé au renouvellement du répertoire français dans les années 1950. Nous nous sommes donc réjouis de voir le Concile Vatican II commencer par la réforme de la liturgie. Mais il me semble que la réforme liturgique est encore loin d'avoir été reçue...

Propos recueillis par Laurence MONROE

 

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