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La
présence auprès des pauvres
Le souci de saint Ignace pour les pauvres est vivant chez les jésuites du XVIIe siècle. Dans les collèges (qui sont d'ailleurs gratuits), des pères sont destinés à ce ministère de la Charité. Ceux qui participent aux missions de l'intérieur sont en contact avec les pauvres. Mais les jésuites créent aussi des "congrégations" dont les membres vont agir efficacement : par exemple, à CAEN, la congrégation des "Messieurs" constitue une caisse pour "prêter sans intérêt, non pas de l'argent, mais des outils et de la matière première ( bois, cuir, etc...), et même des chevaux pour le transport, à des pauvres artisans..." Ils font apprendre des métiers, et fournissent du travail... Les Malades Visiter les malades dans les hôpitaux ce n'est pas seulement parler avec eux, mais aussi "faire les lits, balayer les salles, vider et laver (les bassins), faire la toilette... , servir à manger et à boire ." Les Pestiférés De 1615 à 1645, pour l'ensemble de la Compagnie, plus de 700 Jésuites ont "contracté au service des malades, spécialement des pestiférés, le mal qui les a eux-mêmes emportés." Les Prisonniers "Dans tous les collèges, des pères étaient spécialement désignés pour la visite assidue des prisonniers..." Les Galériens A MARSEILLE, vers 1640, le Père Louis BROUZET est affecté "ad triremes" ( = aux Galériens ). Au siècle précédent (1568), toujours à MARSEILLE, le Père POSSEVIN avait fait libérer 160 galériens "retenus injustement au delà du terme de leur peine." Les Bagnards Déjà au XVI° siècle, le Père NUNEZ BARETO visite, à CEUTA et à TETOUAN (MAROC), les captifs chrétiens dans les bagnes et s'occupe de leur rachat. - Puis au XVII° siècle, les jésuites exercent le même ministère, à CONSTANTINOPLE (vers 1630), et en CRIMEE (fin du siècle). "Ordre sacerdotal engagé dans l'annonce de la Parole et dans l'éducation à la Foi et à l'existence chrétienne, la Compagnie de Jésus veut remplir sa mission en rejoignant l'homme concret avec ses meurtrissures et ses souffrances. A la prédication et au service sacramentel la "Formula Instituti" ajoutait, parmi les moyens apostoliques, le service de la charité. Ignace et ses compagnons n'avaient-ils pas tenu, dès le début, à servir les malades et les prisonniers, à visiter les hôpitaux et les prisons ?" (S.DECLOUX "La voie Ignatienne"). "Cet apostolat aux abords des grandes villes, auprès des déracinés et des marginaux, semble avoir été une des grandes activités des jésuites du XVIIe siècle. Ainsi les vit-on à NAPLES, l'une des plus grandes agglomérations de l'époque avec ses 250 000 habitants, s'occuper des plus misérables et aussi des délinquants et des prostituées. François de GERONIMO (1642 - 1716) s'illustra grandement dans cette oeuvre et fut dès sa mort l'objet d'un culte qui dépassa vite l'ITALIE." (Dossier " Notre Histoire " : Les Jésuites-L.CHATELIN). Rappelons qu'au PUY, François REGIS, fut appelé "le Père des Pauvres". Les esclaves Ce sont les pauvres des plus pauvres. Les jésuites et la traite des Noirs : Des jésuites sont en AFRIQUE d'où ils voient partir les victimes des razzias ; d'autres sont en AMERIQUE où ils les voient débarquer. Des théologiens s'élèvent contre ce commerce odieux, par exemple le père MOLINA en 1592, puis le Père REBELLO en 1608, et, plus tard, le Père Thomas SANCHEZ. "Pour moi, le plus vraisemblable de beaucoup, c'est que le trafic d'esclaves, achetés des infidèles et transportés ailleurs, est injuste et inique, et que tous ceux qui l'exercent pèchent mortellement et sont dans l'état de damnation éternelle, à moins que l'un ou l'autre n'ait l'excuse de l'ignorance invincible, que je n'oserais du reste accorder à aucun d'entre eux... En conséquence, le roi de PORTUGAL et ses ministres, ainsi que les évêques et les confesseurs des marchands d'esclaves, sont tenus d'examiner ces gens et d'aviser à une répression efficace de leurs injustices. La raison de cette conclusion, c'est que, d'après les faits connus, il y a présomption légitime que les nègres enlevés par la traite sont tous ou presque tous réduits injustement en esclavage." Mais la traite continue... En COLOMBIE, la ville de CARTHAGENE est le grand entrepôt des esclaves africains en AMERIQUE. En 1607, le Père SANDOVAL, du collège de CARTHAGENE se consacre entièrement aux esclaves. En 1628, Pierre CLAVER se fait "l'esclave des esclaves". Il avait été conforté dans sa vocation par un autre saint : le Frère coadjuteur jésuite Alphonse RODRIGUEZ qu'il avait connu à MAJORQUE. Pierre CLAVER raconte ici une de ces journées :
"Annoncer l'évangile aux pauvres, guérir les coeurs blessés ; annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres. Hier, 30 mai 1627, jour de la Sainte Trinité, débarquèrent d'un énorme navire un très grand nombre de Noirs enlevés des bords de l'AFRIQUE. Nous sommes accourus portant dans deux corbeilles des oranges, des citrons, des gâteaux et je ne sais quoi d'autre encore. Nous sommes entrés dans leurs cases. Nous avions l'impression de pénétrer dans une nouvelle Guinée ! Il nous fallut faire notre chemin à travers les groupes pour arriver jusqu'aux malades. Le nombre de ceux-ci était considérable ; ils étaient étendus sur un sol humide et boueux, bien qu'on eût pensé, pour limiter l'humidité, à dresser un remblai en y mêlant des morceaux de tuiles et de briques ; tel était le lit sur lequel ils gisaient, lit d'autant plus incommode qu'ils étaient nus sans la protection d'aucun vêtement. Aussi, après avoir enlevé notre manteau, avons-nous pris tout ce qu'il fallait pour assembler des planches ; nous en avons recouvert un endroit où nous avons ensuite transporté les malades en passant à travers la foule. Puis nous les avons répartis en deux groupes : mon compagnon s'occupa de l'un d'eux avec l'aide d'un interprète, et moi - même du second. Il y avait là deux Noirs, plus morts que vivants et déjà froids, dont il était difficile de trouver le pouls. Nous avons mis des braises sur des tuiles et avons placé celles-ci au centre, près des moribonds ; puis nous avons jeté sur ce feu des parfums contenus dans deux bourses que nous avons entièrement vidées. Après quoi, avec nos manteaux (ils n'avaient en effet rien de ce genre et c'est en vain que nous en avions demandé à leurs maîtres), nous leur avons donné la possibilité de se réchauffer : ils parurent, grâce à cela, retrouver chaleur et respiration ; il fallait voir avec quelle joie dans leurs yeux ils nous regardaient ! C'est ainsi que nous nous sommes adressés à eux, non par des paroles, mais avec nos mains et notre aide."
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |