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Claude
Pairault
1923-2002
Rencontre
d'un jésuite anthopologue avec l'Afrique
SAVANT,
HUMANISTE,
APÔTRE
Claude Pairault est né à
Saint-Symphorien, en Touraine, en 1923,
l'aîné de sept enfants. Son père était industriel. Après ses études primaires
à Saint Symphorien, il reçoit sa formation secondaire au Collège
Saint-Grégoire de Tours.
Trop précoce, il arrive au premier bac à l'âge
de 14 ans, n'obtient pas de dispense, et doit redoubler sa première.
C'est à Angers qu'il inaugure ses études
universitaires, en passant les certificats de
latin et de maths générales (ce dernier par égard pour son père,
qui le trouve trop jeune pour entrer dans la vie religieuse).
Il a 17 ans. Nous
sommes en 1940, l'année où se déclenche
vraiment pour la France la seconde guerre mondiale.
Claude est en Espagne avec sa famille. Première grande option de sa vie
: partir à Londres pour rejoindre la France libre
du Général de Gaulle ou retourner en France, et entrer au noviciat de
la Compagnie de Jésus ? Son conseiller spirituel tardant à
lui répondre, Claude décide de devenir jésuite.
Entré dans la Compagnie le 6 novembre 1940, il va suivre,
malgré la guerre, une formation jésuite classique. Mais en 1945,
à la fin de sa 1ère année de philosophie, il interrompt ses études et,
devançant l'appel, s'engage dans la 2ème Division
Blindée du Général Leclerc - sans pouvoir aller avec Leclerc
jusqu'à l'assaut final de Berchtesgaden. Démobilisé en 1946, il reprend
le cours régulier de la formation, jusqu'à l'ordination
presbytérale le 30 juillet 1955.
Et sa vocation d'ethnologue
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Lui-même, à dire vrai,
ne parlerait pas de vocation.
Son autobiographie dialoguée décrit les étapes de cette orientation.
Il est choisi par ses supérieurs pour prendre en charge
le traité philosophique de cosmologie.
Jugeant utile de s'ouvrir à la connaissance
des différentes conceptions du monde,
qui varient selon les cultures et les sociétés,
il décide de s'initier à l'ethnologie.
Il commence en France (notamment
avec Leroy-Gourhan)
et poursuit aux Etats-Unis où
il s'initie à la linguistique.
Il prononce ses derniers vœux à la fin de son Troisième An.
Le cours de cosmologie auquel il était destiné cesse d'exister,
lorsque est fermée la maison d'études
dans laquelle il devait enseigner.
Reste alors ce qui est devenu de plus en
plus son centre d'intérêt : l'ethnologie.
Elle suppose une recherche sur le terrain.
Or Claude avait vécu avec un certain nombre de compagnons qui, destinés
à la mission du Tchad, y avaient passé un temps de stage apostolique,
et avaient commencé d'amasser des matériaux et d'apprendre
des langues tchadiennes.
C'est donc tout naturellement que son choix
se portera sur le Tchad et, au Tchad, sur une population
suffisamment isolée pour servir de point de référence, ultérieurement,
à l'étude des mutations et de l'évolution
des sociétés africaines. |
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Et
c'est l'arrivée à Boum Kabir, près du Lac Iro,
dans un village de moins de 1000 personnes, de ce prêtre pas
comme les autres, qui dit sa messe chaque jour mais n'est pas
un "missionnaire" et n'entend pas l'être.
Son séjour s'y étire sur six années, de 1959 à 1964 :
une première année complète, puis, comme il disait, des séjours de saison
sèche. Simultanément, il poursuit des études d'ethnologie.
Ce travail aboutira à la rédaction
de deux thèses de doctorat d'État :
Boum-le-Grand, Village
d'Iro (Paris, Institut d'Ethnologie, Musée de l'Homme,
1966, 470 p. + carte), un chef-d'œuvre qualifié par l'un de ses collègues
anthropologues camerounais, Séverin-Cécile Abega, de
" leçon d'ethnographie irremplaçable " ;
et Documents du parler
d'Iro, étude du dialecte kulaal
avec une anthologie de textes.
A partir de son premier séjour à Boum se crée un
lien profond entre les villageois et Claude :
il restera toujours en lien avec eux, tout en travaillant aux différents
endroits où il sera envoyé, avant de revenir à Boum 30 ans plus tard.

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Dès 1964 Claude est
envoyé par ses supérieurs
à Abidjan, pour fonder avec
quelques compagnons jésuites l'INADES
(Institut Africain pour le Développement Économique et Social)
dont il est le premier
directeur,
avant de s'orienter vers l'enseignement
de l'anthropologie à l'Université d'Abidjan,
tout en étant intégré à 'Université française
Là, il dirige pendant une dizaine d'années
l'Institut d'ethno-sociologie,
récemment créé.
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Puis il va à Ouagadougou
(Burkina Faso, alors Haute-Volta) pour participer, de 1974
à 1978, en tant que sociologue,
à un important programme assumé par l'OMS
de lutte contre l'onchocercose.
De là il passe à l'Université de Ouagadougou
nouvellement créée pour y lancer, à la demande du recteur voltaïque,
un département de sciences sociales.
Deux ans après, il est nommé à l'Université
François-Rabelais de Tours, à la tête du département de
sociologie. Il y demeure six ans,
tout en accomplissant des missions dans divers pays, notamment au
Brésil. |
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En 1987, en compagnie
du professeur Joseph Brunet-Jailly
il part au Mali fonder
une section de "Sciences sociales de la santé"
à l'Institut National de recherche en Santé Publique de Bamako.
Retraité de l'enseignement supérieur
en 1990, Claude Pairault demande alors à ses supérieurs de
lui accorder une année sabbatique
: il voulait retourner voir ce qu'était
devenu Boum Kabir trente ans après
son premier contact avec le village.
Claude
était bien conscient que ses
hôtes, en l'accueillant dans leur société, en la lui " expliquant ", lui
avaient permis de réaliser sa recherche scientifique et
de gravir les échelons d'une carrière universitaire. Aussi se savait-il
redevable à leur égard. Il dut constater, non sans peine, comment cette
société villageoise se révélait mal préparée à affronter le choc de la
modernité, comment les villageois se laissaient facilement exploiter en
devenant les manœuvres de pêcheurs venus d'ailleurs, plus entreprenants
et mieux organisés qu'eux…
Ce second livre,
en continuité avec le premier, témoigne de sa fidélité aux habitants de
Boum.
Il ne l'a pas rédigé sans difficultés : peut-être ressentait-il profondément
en lui le choc que les villageois avaient mal vécu. A noter une évolution
significative par rapport au premier ouvrage :
les intéressés y prennent beaucoup plus la parole,
comme si l'auteur préférait s'effacer devant les villageois, dont beaucoup
étaient devenus capables de s'exprimer en français grâce aux progrès de
la scolarisation, pour les laisser dire eux-mêmes les changements vécus
par eux ou par leurs parents.
Après la parution de son Retour
au pays d'Iro (Karthala, 1994, 293 p.), Claude est envoyé à
l'Université catholique de Yaoundé,
créée en 1991 à la demande des évêques de la sous-région d'Afrique centrale.
Claude y lance le département de philosophie,
devenu par la suite Faculté ;
il sera le premier directeur du Conseil scientifique, et lance également
un service de publication, les Presses de l'UCAC.
C'est après qu'il eut "passé la main" à ses successeurs dans ses différentes
tâches que la mort le rencontra sur une route de France : il allait voir
un ami de longue date, son ancien élève en philosophie au collège Franklin
à Paris, pas moins de 54 ans auparavant ! Exemple typique de la fidélité
de Claude dans ses amitiés.
| Voilà retracées
les grandes lignes de ce qu'a fait Claude Pairault ;
l'essentiel n'est pourtant pas là,
mais bien dans ce qu'il a été,
dans la manière dont il a vécu. |
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| D'un collègue de travail à Yaoundé
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Claude Pairault était un homme très accueillant
et qui savait extraordinairement mettre à l'aise tous ceux
qui l'approchaient. Mes rencontres d'accompagnement spirituel avec
lui étaient pour moi des moments propices de ressourcement
; même quand j'arrivais chez lui dans un état de profonde désolation,
il réussissait toujours, par sa gaieté et son humour, à me remettre
debout. (Gilles Noudjag).
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" Chez cet homme, a écrit René Kochmann,
l'ethnologie n'était que la forme scientifique
de son amour du prochain. J'ai envie d'ajouter: et de son
amour du lointain, qu'il avait l'art, plein
de tact, de rendre proche ". |

Rencontre vécue dans une attention vivante
aux personnes, courtoise, bienveillante
et souriante d'humour,
respectueuse des plus petits.
" Que faire de mon corps et de mon sang pour qu'ils contribuent
à nourrir l'existence des autres autour de moi ? ", se demandait-il
un jour
devant des étudiants de l'Université catholique.
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Oui, cet enseignant a bien perçu le
cœur de la vie de Claude, la source de son unité : un désir de rencontrer
l'autre, dans sa différence, son mystère.
Cet autre pouvant être aussi bien les villageois de Boum que ses collègues
chercheurs ou universitaires, car Claude a rencontré les uns comme
les autres.
Au cœur de ces rencontres,
c'est la quête de Dieu qui l'animait, Celui
que les hommes cherchent à tâtons, dans une religion traditionnelle
africaine comme dans "l'adoration ténébreuse du doute" de beaucoup
de nos contemporains…
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En apprenant la mort de son fils, sa mère, aujourd'hui
âgée de 103 ans, a résumé le sens de sa vie par ses simples mots : "
Claude avait donné sa vie à Jésus, c'est bien qu'il l'ait reprise. "
Jacques FEDRY sj et Eric de ROSNY sj
D'un compagnon jésuite, recteur
de l'université catholique de Beyrouth
Claude Pairault était un ami de vieille date. Nous nous
sommes connus à l'époque où nous préparions nos thèses de doctorat. Nous
avions le même patron, André Leroi-Gourhan,
que nous allions visiter à Arcy-sur-Cure durant l'été, pour lui faire
part de nos problèmes et bénéficier de ses conseils.
C'est Claude qui m'a trouvé, pour la mettre en exergue
à la première page de mon livre
sur le bilinguisme au Liban, cette belle phrase de Montaigne:
"Un parler ouvert ouvre un autre parler et le
tire hors comme fait le vin et l'amour".
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Tout
Claude est dans cette phrase.
L'homme de science était aussi et surtout
un homme de dialogue, attentif aux autres,
de quelque ethnie ou culture qu'ils fussent, amical, chaleureux
en même temps que discret.
Je l'ai vu préoccupé, anxieux de résoudre
le cas d'étudiants et d'étudiantes africains
désireux de poursuivre leurs études supérieures à l'étranger
et ne disposant pas de fonds
pour le faire.
D'accord avec lui, mon Université a adopté l'une de ces doctorantes.
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Claude a été invité maintes fois par l'Université
Saint-Joseph. Il a participé avec joie aux festivités du 125°
anniversaire de ladite université; il a participé à divers colloques
tenus à Beyrouth et a assuré des cours à la Faculté des lettres et des
sciences humaines. Son décès a été un choc pour tous ceux qui l'ont connu
ici. Il avait réussi à établir, avec ses collègues et avec le personnel
de la Faculté, des relations cordiales, en suscitant leur admiration et
leur affection.
"Le Père Pairault est un grand seigneur",
me disait un jour un de ses collègues libanais
Pour moi, Claude Pairault demeure le modèle de
"l'homme complet" ;
un grand humaniste, ouvert à tous les problèmes de l'heure;
un grand religieux, habité par l'idéal du don de soi inconditionnel
et du détachement ; un grand
ami fidèle et loyal.
Selim
Abou sj
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Quelques liens pour approfondir :
> Portrait
d'un jésuite en anthropologue. Entretiens. Pairault, Claude & Benoist,
Jean. Paris, Karthala-Yaoundé, Presses de l'UCAC, 2001, 209 p. (« Chrétiens
en liberté)
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> In
Memoriam Claude PAIRAULT (4 mars 1923 - 11 août 2002)
Bibliographie de Claude Pairault relative au Tchad (rassemblée par H.
Tourneux)
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