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Les Russes au Potager
Le Centre Saint-Georges de Meudon de 1946 à 2002

Quand l'internat jésuite SAINT-GEORGES vint s'établir à Meudon en 1946, il avait déjà derrière lui un quart de siècle d'une existence passablement mouvementée...

Né à Istanbul en 1921 sur l'initiative d'un père jésuite, au temps où la guerre civile faisait rage en Russie, l'Internat SAINT-GEORGES avait accueilli une trentaine de garçons de l'émigration russe. Dès 1923, le gouvernement de Mustapha KEMAL déclarait indésirables sur le territoire turc ces rescapés de la révolution bolchevique. Namur, jusqu'en 1940, puis Paris jusqu'en 1946, telles furent les étapes qui précédèrent l'installation de l'internat à Meudon, au Potager du Dauphin.

Par sa structure et par sa visée, l'Internat SAINT-GEORGES avait un caractère très original. Les élèves étaient au début tous russes, au moins par l'un de leurs parents; dans leur grande majorité, ils étaient orthodoxes. L'encadrement était fait en majorité de non Russes et en majorité de catholiques. La direction de l'internat était entre les mains des pères Jésuites. C'était l'un des paradoxes. Les parents étaient heureux de confier leurs enfants à des hommes dont la réputation d'éducateurs était bien assise, même en Russie, où un collège de Jésuites avait fleuri à Saint-Pétersbourg de 1800 à 1816. Mais ils craignaient que ces religieux, dépeints comme les serviteurs inconditionnels du Vatican, n'entraînent leur progéniture dans le "schisme" catholique.

Ils se convainquirent assez vite que leurs craintes n'étaient pas fondées. Dans toute l'histoire de SAINT-GEORGES, le nombre de passages au catholicisme fut insignifiant. Le but que poursuivaient les Pères était de garder pour la Russie de demain une relève imprégnée de ses propres traditions et qui, une fois passée la tourmente révolutionnaire, rentrerait au pays et serait à pied d'oeuvre pour relever les ruines. Tradition culturelle, fondée sur le maintien de la langue russe comme langue quotidienne de l'Internat ; tradition religieuse par la pratique du rite slave en usage dans l'orthodoxie.

Les Pères qui dirigeaient l'internat avaient été ordonnés prêtres selon ce rite et célébraient la liturgie comme les orthodoxes des paroisses de Paris, à ceci près qu'ils nommaient le Pape de Rome au lieu du patriarche de Moscou. Pour que ceux qui le désiraient puissent pratiquer pleinement leur religion sans compromission, un prêtre orthodoxe venait régulièrement confesser, célébrer la liturgie et donner la communion à ses ouailles.

Ces limites bien établies, la vie quotidienne de l'internat se déroulait dans l'harmonie et une bonne entente. Les élèves russes partageaient évidemment avec tous les garçons de leur âge le goût de la liberté, de la fantaisie et excellaient à jouer des tours à leurs maîtres, sur lesquels ils avaient la supériorité de posséder la langue. L'enseignement était pris en charge par l'Internat lui-même dans les petites classes ; les plus âgés fréquentaient des établissements de Meudon, plus tard de Sèvres et de Versailles. Il s'agissait en effet, non seulement de conserver chez les élèves la culture russe, mais de les aider à s'intégrer dans la vie de la nation française dont on comprenait de plus en plus nettement avec le temps qu'elle serait pour la plupart le cadre de toute leur vie.

Le chant et la musique instrumentale étaient cultivés dans la ligne russe ancestrale. L'orchestre de balalaïkas que les Meudonnais viennent écouter et regarder une fois par an à la Fête d'été remonte à ces années-là. L'originalité et la qualité du choeur et de l'orchestre permettaient d'organiser quelques spectacles dont la recette venait utilement renflouer les caisses de l'internat.

Au groupe des élèves d'origine russe vint se joindre progressivement un contingent de jeunes voisins, de petits meudonnais, que leurs familles étaient bien aises de confier à une école toute proche. Ce fut l'occasion pour beaucoup d'entrer en relation quotidienne avec le monde russe, pour certains d'aborder l'apprentissage de la langue et pour leurs familles de s'ouvrir à tout un univers étrange et fascinant, devenu proche par les avatars de l'histoire.

C'est dans ce contexte que naquit l'Association PLAMIA à l'heure où l'Eglise catholique, inspirée par le concile de Vatican II, renouvelait son regard sur le monde chrétien extérieur à sa propre tradition. Ce fut pour beaucoup de familles l'occasion de voyages, de rencontres, d'échanges, d'études. Le bulletin de l'association initiait ses lecteurs au monde russe et soviétique dans leurs aspects les plus divers: les courants de pensée et les conduites officielles et souterraines; la vie quotidienne et les recherches littéraires et artistiques; la sévérité de la répression et l'héroïsme de la résistance politique et spirituelle. Mais PLAMIA c'était aussi tout un groupe amical, plein d'initiative, maître d'oeuvre de la Fête d'été, multipliant très largement ce que l'équipe des pères, au fur et à mesure qu'elle prenait de l'âge, ne parvenait plus à faire par ses propres moyens.

La population scolaire purement française atteignait à Saint-Georges des proportions peu à peu majoritaires. Il devint alors évident que le service de suppléance qu'avait rendu l'internat se justifiait moins, dans la mesure où les Russes se fondaient dans la société française, même s'ils gardaient leur identité propre. L'Internat prit l'appellation de Centre d'Etudes Russes. Il y avait déjà longtemps qu'à côté de sa fonction d'établissement scolaire pour l'émigration russe, SAINT-GEORGES était un lieu d'apprentissage ou de perfectionnement de la langue et de la culture russes pour des étrangers. Les Séminaires organisés pendant l'été à Meudon dès 1949 pour des étudiants et des enseignants en russe, ainsi que pour d'autres publics, militaires, diplomates, journalistes firent place à un enseignement suivi pour des étudiants venus de France mais surtout de l'étranger. Deux semestres universitaires regroupaient entre 15 et 25 étudiants en immersion russe complète.

Au début des années 1990, après le putsch manqué contre Gorbatchev, la Russie s'ouvrit à ceux qui voulaient connaître langue et culture russes. Les cours collectifs cessèrent donc en 1992. Une congrégation religieuse installa son noviciat dans la grande maison. L'activité du Centre Saint Georges se recentra sous la forme de publications (Simvol et Plamia), de cours d'iconographie, d'accueil de ressortissants russes et de contacts suivis avec des amis orthodoxes de l'ancienne U.R.S.S.

Depuis la fin du régime communiste, la Compagnie de Jésus a obtenu sa reconnaissance comme congrégation religieuse en Russie. Actuellement, des jésuites originaires de diverses parties du monde y travaillent, notamment dans le domaine intellectuel. Le contexte dans lequel le Centre Saint Georges avait été fondé s'est ainsi profondément modifié les moyens fonciers et immobiliers se sont progressivement révélés disproportionnés par rapport aux activités qui continuaient sur place.

La décision de quitter la propriété fut prise en juin 2001.

(D'après un texte de René Marichal sj)

Pour en savoir plus, n'hésitez pas à vous procurer le livre :

Saint-Georges, un collège jésuite pour les Russes. De Constantinople à Meudon, 1921-1992 (Éd. Bibliothèque slave de Paris, 15, rue Porto-Riche, 92190 Meudon).

 

 

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