Devant
l'empereur de Chine
« Les Jésuites apportent
avec eux en Chine, dans les dernières décennies de l'époque Ming,
la science européenne. Lorsque les Ming sont renversés en 1644 et
que la guerre civile entraîne l'intervention des Mandchous, qui
refuseront de partir et s'installeront au pouvoir pour trois siècles,
les Jésuites seront relativement préservés des bouleversements du
temps...
Les premiers efforts des Jésuites
se portent sur le calendrier, chasse gardée des astronomes de l'empereur.
Car, si les Chinois, comme tant d'autres, pensent que le ciel influe
sur la conduite des hommes, le pôle Nord céleste, pivot du ciel,
symbolise l'empereur et, seul, le Fils du ciel a le contrôle du
temps : la publication d'un nouveau calendrier marque l'avènement
d'une nouvelle dynastie. Ayant séduit l'empereur grâce à leur "
horloge qui sonne toute seule ", Ricci et ses compagnons affrontent
les astronomes impériaux en juin 1629 : ils osent prédire l'heure
exacte d'une éclipse solaire... une heure après celle annoncée par
les astronomes impériaux. Les faits leur donnent raison et, chose
inouïe, l'empereur leur confie alors la révision du calendrier.
Mais, grande nouveauté, les Jésuites construisent un instrument
d'observation du ciel, le télescope, qui leur vaut le respect a
l'entour. Comme le souligne Daniel Boorstin dans son livre sur Les
Découvreurs " Dans le même temps où, à Rome, Galilée était traîné
en justice par le pape pour hérésie, les Jésuites, à l'autre bout
de la planète, prêchaient les théories mêmes de l'hérétique. " Ils
ne les prêchent pas mais les appliquent, et le télescope passe peu
après au Japon avec des livres en chinois publiés par les Jésuites
et propageant les idées de Copernic et de Galilée.»

Extrait du livre, "Les Jésuites
ou la gloire de Dieu", paru aux éditions Antébi,
1990. |