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Louis d'Eymar de Jabrun sj
déporté à Buchenwald

A l'occasion
de la Dédicace de l'autel de Notre-Dame des Anges à Bordeaux, paroisse animée par les jésuites de Bordeaux, le 13 mars 2011,
une lettre autographe
du Père Louis de Jabrun,
mort en martyr au camp de Buchenwald
le jour de Noël 1943
a été déposée dans la pierre d'autel

(Photos de la célébration ci-dessous >>)

Repères biographiques (Louis d'Eimar de Jabrun)

Né le 1er janvier 1883 à Marvejols en Lozère.
Père officier ce qui l'amène à vivre son enfance successivement à Tours, puis à Nantes mais la mort de son père le ramène en Lozère.

 

1892 études au Petit séminaire de Marvejols.
1896 entre au collège des jésuites à Sarlat.
A Marvejols comme a Sarlat il est noté : « intelligent, pieux, turbulent ayant beaucoup d'influence ». Excellent tennisman et bon cavalier.
Quand il passe son bac en 1901, il refuse d'enlever de sa boutonnière l'insigne de la ligue du Sacré Cœur, bien qu'on lui ait fait observer que cela risquait d'indisposer certains examinateurs sectaires.
Il obtient néanmoins son bac.

<< Le collège de Sarlat (aujourdhui diocésain) :

A la sortie du collège, tout le destinait à St Cyr, il rentre au noviciat des jésuites à Rodez mais les lois anti-congrégations obligent immédiatement les jésuites à envoyer leurs novices à l'étranger. Il poursuit donc son noviciat en Belgique, ce qui lui fera comprendre de l'intérieur la situation d'exilé.

1904, il rentre en France pour son service militaire puis repart en Belgique pour poursuivre ses études.

En 1912 il revient - en civil car la présence des jésuites ne peut y être que clandestine - à Sarlat pour y faire son stage de « régence ».

En 1913 il est envoyé faire ses études à Falkenbourg en en Allemagne.

1914 il est affecté, comme simple soldat au 147me régiment d'infanterie de Mende d'où il rejoint le front de Lorraine le 25 août 1914

En octobre 1914 il est sur l'Yser, donc de retour en Belgique, comme Soldat, cette fois.

Mars 1915 il passe de l'Yser en Champagne. Il se montre courageux, et même parfois téméraire selon les témoignages de camarades.

Blessé au combat il rejoint Bordeaux pour s'y faire soigner à Santé Navale, il reçoit médaille militaire et Croix de Guerre. Après 3 mois de convalescence il rejoint son unité. Le 22 août 1915 il est nommé sous-lieutenant et il est renvoyé au front, comme deux autres de ses frères. Résistance courageuse qui lui vaut la légion d'honneur le 19 mai 1918.

Le 24 juillet il est à nouveau blessé. On lui soigne ses blessures à l'arrière et il repart sur le front en mai 1918. Il termine la guerre de 14-18 sur le front du Rhin.

1920 il est ordonné prêtre à Mende puis,
en 1922, rejoint Sarlat comme surveillant des grands et professeur.
Il est connu par ses élèves comme ayant trois passions :
La rigueur des mathématiques
La rectitude morale
La bicyclette

1929 il est envoyé en résidence à Bordeaux 9 rue Poquelin Molière.
Sollicité pour des ministères de prédications il se sent complètement inapte à ce ministère et demande à son supérieur Provincial d'en être dispensé. Commence alors un ministère totalement consacré aux populations pauvres de la ville : Il s'occupe de l'œuvre des clochards, est apôtre des Marins et Docker, des Forains, Sauveteur des « Filles perdues », Tuteur de l'enfance abandonnée ou délinquante.

Il succède dans ces activité au P. Favre qui avait, avant lui, créé diverses aumôneries populaires regroupées sous la dénomination du « Manteau d'Elie »à partir de la chapelle de l'Isle Leferme. Il vient aussi au secours des prêtres espagnols réfugiés à Bordeaux au moment de la guerre civile en Espagne.

Sa charité rayonne dans Bordeaux et même en banlieue.
Cf. le témoignage du curé de Mérignac : « C'était pour moi une stupéfaction de voir qu'habitant Bordeaux, il était pourtant au courant des misères cachées de la banlieue, une édification aussi de voir avec quel soin minutieux, quelle prudence, il procédait.»

En septembre 40 il est mobilisé comme capitaine d'Etat Major à Limoges.
Exaspéré de l'inaction ce temps de « drôle de Guerre », il va visiter les camps dans lesquels le gouvernement français avait rassemblé : militants communistes, syndicalistes, réfugiés étrangers et prisonniers autrichiens et allemands. Il dénonce les conditions qui sont faites à ces détenus.

En mai 1940 il est à Angoulême. Après la défaite, il rejoint en juillet 1940 la résidence des jésuites de Bordeaux.
Il s'occupe alors des innombrables refugiés qui peuplent la ville.Il travaille en lien avec le 2 ème bureau de Toulouse, avec l'Armée Secrète, le service de contre espionnage. Ainsi, en 1941, il détient une somme de 20 000 francs destinée à faciliter les évasions

Avec son ami Descudet, il organise au 28 rue Mably, un centre d'assistance aux algériens, où des dames confectionnent jusqu'à 17 000 colis mensuels pour les 22 000 Nord-africains. Les fonds sont fournis par les amitiés africaines de Paris, par des bienfaiteurs parmi lesquels il faut signaler Mgr Feltin.

En juin 1943 il est d'ailleurs nommé par Mgr Feltin comme « aumônier auprès des ouvriers catholiques travaillant sur la côte pour l'organisation Todt ». (Cf. copie de la lettre de mission).

Fort du Hâ à Bordeaux
Le 25 juin il est arrêté. On l'incarcère au Fort du Hâ où il passera 3 mois soumis à toutes sorte d'interrogatoires et mauvais traitements puis il est transféré à Fresnes.

Mémorial du camp de Buchenwald

Le 10 octobre 1943 il quitte Fresnes pour Sarrebruck puis Buchenwald.

Il confiera à ses amis détenus l'abbé Stenger : « J'ai demandé à Dieu d'être martyr pour ma foi »

Innombrables sévices et humiliations. Plusieurs témoignages de codétenus nous ont livré les conduites de charité héroïques du Père de Jabrun pendant ces semaines.

Soucieux de ne jamais rien partager qu'à l'avantage des autres, le Père de Jabrun se dépouille des vêtements indispensables pour affronter l'hiver dans la froidure du camp.

Il meurt le jour de Noël 1943.

Source : A. Bessières   Un martyr de la charité Le Père de Jabrun 1883-1943
Ed. du Témoignage chrétien 1945, préfacée par Mgr Feltin, archevêque de Bordeaux

Notes prises par P. Salembier sj


TÉMOIGNAGE du colonel
Jean GEISTODT-KEINER

tiré de http://eimar.free.fr/Gazettes/GAZ_008.htm

Les derniers moments du père
Louis d'Eimar de Jabrun

J'ai rencontré pour la première fois le Père de Jabrun au fort Jutta à Bordeaux, à la fin du mois de juillet 1943. Ces rencontres avaient lieu au cours des promenades quotidiennes (1/4 d'heure maximum). Nous tournions en rond dans une des cours de la prison, avec interdiction de toute communication. Le Père de Jabrun était facilement reconnaissable par sa soutane et la légion d'honneur qui ornait une de ses boutonnières (la rosette autant que je m'en souvienne). Sa silhouette élégante, les traits énergiques de son visage et la résolution que l'on lisait dans son regard dégageaient une impression de grande force morale, et sa seule présence apportait au jeune déporté que j'étais un réel réconfort. De bouche à oreille, nous avons appris qu'il était aumônier des gitans de la région bordelaise, et avait été incarcéré pour le soutien qu'il leur apportait, qu'il avait fait la guerre de 14 dans les chars en qualité d'officier. Les gardiens lui manifestaient un respect certain.

Après mon transfert de Bordeaux à Compiègne, j'ai perdu la trace du Père de Jabrun. Je l'ai retrouvé à Sarrebrück, où j'étais en transit après mon évasion du train allant de Compiègne à Büchenwald, et ma capture dans la région de Thionville. J'ai entendu dire que le Père de Jabrun s'y trouvait dans un Kommando de représailles et était particulièrement mal traité du fait de son état religieux. On l'y faisait courir nu dans une pièce d'eau glaciale.

Il a dû rejoindre Buchenwald dans le courant du mois d'octobre, dans un état de délabrement physique avancé.. J'ai eu l'occasion d'aller le saluer à ce moment. Il était atteint d'une grave affection pulmonaire. Mais son moral et son énergie restaient intacts.

Faute de soins, son mal empirait de jour en jour, jusqu'à qu'il ne puisse plus marcher.

Enfin, alors qu'il était agonisant, ses camarades de bloc le montèrent à la place d'appel, couché et attaché sur un banc.

Son bloc était voisin du mien et de loin nous avons assisté à la scène :

Le SS qui faisait l'appel s'est approché de lui et montrant la cheminée du four crématoire, lui dit :
« Tu vas passer bientôt par là, demande donc à ton Dieu de t'en sortir ! » D'après les proches témoins, le Père de Jabrun dans un sursaut d'énergie lui a répondu :
« Je sais bien que je vais mourir, mais cela m'est égal, car je sais où je vais. Toi aussi tu passeras par là et je serais à ta place, je serais inquiet ».
Le SS penaud s'écarte de lui et poursuit son appel. Le père de Jabrun s'éteignit cette même nuit.

Ceci se passait il y a cinquante trois ans, et malgré le temps qui s'écoule, le souvenir de ce Père Jésuite exemplaire ne m'a jamais quitté.

Le colonel Jean GEISTODT-KEINER,
auteur de ce témoignage, a été,
23 ans après ces faits,
le premier instructeur d'équitation militaire
de l'ainé des petits neveux du Père Louis.

Celui-ci n'a connu que plus tard ces rencontres avec son grand oncle et lui a alors demandé d'écrire ce document en souvenir de lui.

Source : http://eimar.free.fr/Gazettes/GAZ_008.htm

Quelques photos de la Bénédiction du baptistère
et de la Dédicace de l'autel de Notre-Dame des Anges à Bordeaux

Voir toutes les photos mises en ligne par le diocèse de Bordeaux >>

 

 

Pour en savoir plus :

> Le site du Mémorial de Buchenwald

> Victor Dillard, sj électricien
avec les ouvriers,
mort à Dachau

> Historique du Collège Saint Joseph de Sarlat, ancien collège jésuite

> Liste de déportés du 18 octobre 1943

> Présentation 1 de Louis d'EIMAR de JABRUN par sa famille

> Présentation 2 de Louis d'EIMAR de JABRUN par sa famille