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Baltasar Gracián Le héros de la ruse Devenir jésuite, voilà un bon plan. En tout cas pour un jeune homme sans fortune, natif de l'Aragon, au début du XVIIe siècle. Avec assez d'habileté, il confesserait bientôt les princes. Il dirigerait peut-être, en sous-main, le cours de l'histoire, si le destin aidait ses desseins. Baltasar Gracián (1601-1658) a sans doute fait ce genre de rêves. Mais il n'a pas pu les concrétiser. Sa carrière politico-ecclésiale fut médiocre, sans commune mesure avec les ambitions qu'on lui devine.
Il passa finalement l'essentiel de son temps à écrire, dans le palais fastueux de son protecteur, Vincencio Juan de Lastanosa. Tant mieux ! Car l'oeuvre est unique ensemble volumineux, déconcertant et superbe, une sorte de diamant échevelé, si l'on ose dire, où coexistent au point de se confondre cynisme noir et jeux de mots, tactique et dévotion, vie du style et style de vie. Voilà pourquoi, depuis presque quatre siècles, cette oeuvre n'a cessé de fasciner. Du vivant de Gracián, ses ouvrages sont plusieurs fois réimprimés en Espagne, traduits en latin, en italien, en français. Ceux qui le lisent, au fil des générations, se nomment Molière, La Rochefoucauld, Schopenhauer (qui le traduit en allemand en 1861), Nietzsche, ou encore Jankélévitch, ou Lacan, ou Debord. Entre autres. Un nouveau destin l'attend sans doute, avec cette première édition française, en un seul volume, de toute l'oeuvre non romanesque (1) de Gracián par Benito Pelegrin, qui depuis plus de trente ans a consacré un travail considérable à cet auteur et à son époque. On trouve ici tous les traités du maître de la ruse, à commencer par son coup de tonnerre initial, El Heroe (Le Héros), publié en 1647.
Le texte s'adresse à un lecteur jeune, ardent, mais inexpérimenté. On le suppose intelligent et déterminé. "Que je te désire singulier !", lui dit Gracián pour l'accueillir. Ce double virtuel désire la gloire, la réussite, le pouvoir, un destin d'exception. Ce qui lui fait défaut ? Une méthode. Eh bien, la voici ! "Tu trouveras ici non un traité de politique ni d'économie, mais une raison d'Etat de toi-même, une boussole pour naviguer vers l'excellence, un art d'être éminent avec à peine quelques règles de sagesse." En moins de cinquante de pages, tout est dit. Le trait frappe juste, les formules jouent la concision. "Ce qui s'énonce bien s'énonce brièvement", dira plus tard le styliste... >> Lire la suite sur le site du Monde Roger-Pol Droit (1) TRAITÉS POLITIQUES, ESTHÉTIQUES, ÉTHIQUES de Baltasar Gracián. Traduits de l'espagnol, introduits et annotés par Benito Pelegrin. Seuil, 940 p., 33 €.
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Pour en savoir plus : > Dans l'encyclopédie Universalis > Sacré jésuite par Philippe Sollers Quelques livres : > Le Criticon de Baltasar Gracian > Le héros de Baltasar Gracian > La civilté ou l'art de vivre en société > Les origines antiques d'un "art de la prudence" > Article du journal "le Monde" > Revue de presse sur ses Traités politiques, esthétiques, ethiques > Consulter les maximes de Gracian sur le site de la Bibliothèque Nationale de France > Balthasar Gracian, fauteur de troubles et croix de ses supérieurs |
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