Joseph
Gelineau
1920-2008
Pionnier du chant liturgique français
Exemple d'un psaume enregistré en 1954 : Allez vers le Seigneur
Le Père Joseph
Gelineau s.j. a consacré sa vie au chant
liturgique, notamment en composant de nombreux cantiques. Ses psaumes
chantés en français ont participé dans l'aire francophone
à la réception de la réforme liturgique du Concile
Vatican II. Il a étudié la théologie au grand séminaire
de Lyon Fourvière, puis l'écriture musicale et l'orgue à
l'École César-Franck de Paris. Il fut conseiller liturgique
lors du concile Vatican II.
Diplômé en théologie au travers de son Traité
de Psalmodie de l'Église syrienne des IVe et Ve siècles,
il était, en outre, fortement inspiré par la tradition des
chants grégoriens.
Homélie pour la
messe
en mémoire de Joseph Gelineau
Eglise Saint-Ignace, Paris, 14 octobre 2008
Le psaume 22, un des premiers mis en musique
par Joseph. Le psaume le plus aimé de l’Eglise, qui
est aussi le plus utilisé par la liturgie catholique. Avec
en filigrane l’eau du baptême, la table et la coupe
de l’eucharistie. Le psaume du contentement, de la confiance
la plus simple qui soit : « Tu es avec moi ».
Aussi je peux traverser sans crainte les ravins de la mort. Joseph
disait parfois avec le psalmiste : « pour moi,
je suis content de Dieu (Ps 103) ».
Alors Vive Dieu ! Il a mis
en notre bouche un chant nouveau, le chant du Fils ressuscité,
notre berger, qui accueille Joseph près de lui pour demeurer
sans fin dans son amour.
Pour toute une génération, le nom du jésuite Gelineau est associé à la découverte des psaumes.
La parution, en 1953, de son premier microsillon consacré à des psaumes et des cantiques marqua en effet un tournant dans le chant liturgique francophone.
Pour la première fois, on découvrait des textes jusque-là entendus exclusivement en latin. Pour cet enregistrement, le jeune jésuite avait travaillé à partir du psautier de la Bible de Jérusalem, traduit notamment par Raymond Schwab.
Sur le plan musical, fortement inspiré par la tradition du grégorien, il avait cherché, disait-il, à « faire sortir la dimension invisible du texte », pour « faire dire aux mots ce qu'ils ne disent pas », et permettre que « l'assemblée chante », et finalement opté pour le mode en si, méditatif. Le disque, qui reçut le prix de l'Académie Charles-Cros, fut emporté sur les cinq continents par les missionnaires...
Il est aussi le compositeur de plusieurs chants de Taizé, dont le célèbre "Ubi Caritas".
« En 1948, alors que nos premiers frères n'étaient que six, Frère Roger lui demandait déjà la composition d'un premier chant », rappelle Frère Alois, l'actuel prieur de Taizé.« Ces quinze dernières années, Joseph Gelineau a encore écrit pour nous quelques-uns des plus beaux Chants de Taizé et un remarquable ensemble des chants de l'eucharistie (cf. ci-dessous). Avec une extrême sensibilité, il a toujours compris ce qui convenait à la prière de notre communauté. »
« J'avais été envoyé à Paris par mon supérieur provincial pour étudier la composition musicale quand je suis monté, la première fois, au huitième étage de Latour-Maubourg voir ce qui se passait au Centre de pastorale liturgique, chez les dominicains. Le Centre avait été créé à leur initiative par les Pères Pie Duployé, A.M. Roguet et A.-G. Martimort. Là on m'a dit : Vous tombez bien, nous cherchons quelqu'un pour s'occuper de la musique. » Le jeune jésuite, Joseph Gelineau, vouera sa vie au chant sacré, jusqu'en 2001 où il livre la somme de son expérience en publiant Les chants de la messe dans leur environnement rituel (Le Cerf). Son premier article sur la musique liturgique en France avait paru en 1947 dans La Maison-Dieu, toujours publiée au Cerf et dont la collection est un véritable trésor où se retrouvent tous les éléments d'une histoire contemporaine de la liturgie.
Avec ses Psaumes chantés en français, qui se sont répandus comme une traînée de poudre, le P. Gelineau a remporté le prix de l'Académie Charles Cros 1953. « On les chantait, rappelle-t-il, avant et après les messes basses (lues), car on ne pouvait pas chanter en français aux messes chantées où seul le latin était autorisé. Il y avait un énorme besoin de participation ; les maîtres mots de l'époque étaient : comprendre et participer. »
Documentaire "Portrait de Joseph Gelineau : Joie et lumière"
Joseph
Gelineau est « l'homme des psaumes ».
Dans les années
50, il les fit découvrir en français aux chrétiens qui ne les chantaient qu'en latin. Sa passion pour
la musique liturgique dure depuis l'enfance
(voir Archives du Jour du Seigneur) Le documentaire peut être commandé à la Procure
Préface du livre de Philippe Robert qui rend hommage au Père Gelineau
Pour toute une génération, le nom du P. Gelineau est associé à la découverte des psaumes. Un jour, le vicaire de ma paroisse fit entendre aux servants de messe un disque « trente-trois tours » qui nous enchanta. Et quelle ne fut pas notre surprise quand il nous apprit qu'il s'agissait des psaumes, ces textes jusque-là hermétiques puisque nous les entendions en latin lorsque parfois la paroisse célébrait les Vêpres ! Mon attachement aux psaumes remonte à cette expérience.
Mais le P. Gelineau n'est pas seulement « l'homme des psaumes ». Philippe Robert, en musicologue et liturge averti, montre son rôle important, et souvent capital, avant et après le Concile Vatican II, dans la redécouverte - qui, en français, est souvent une création - de beaucoup d'autres formes du chant liturgique : l'hymne, le tropaire, les chants de la messe, le récitatif, etc.
Le P. Gelineau est un bon connaisseur de la tradition liturgique, occidentale et orientale : sa thèse de doctorat en théologie en fait foi ; il a pratiqué dès sa jeunesse le chant grégorien qui n'a cessé de l'inspirer ; il a reçu une solide formation musicale à la Schola Cantorum. Mais il est aussi un pasteur soucieux de rendre possible aux chrétiens - dont la plupart ignorent le latin - une participation active et fructueuse à la liturgie par cet élément fondamental de la célébration qu'est le chant. Jésuite, il se préoccupe de transmettre la foi à ses contemporains ; liturgiste, il sait qu'un des lieux privilégies de cette transmission est la célébration des mystères de la foi. Trop souvent, son oeuvre a été méprisée par ceux qui se croyaient les seuls détenteurs de la musique sacrée. Mais évitant la polémique, le P. Gelineau poursuit depuis soixante ans son travail de pionnier au service du chant liturgique, dans un « enchantement » suscité par une capacité d'émerveillement que les années n'ont pas entamée.