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Hommage
au P. Pierre GANNE

1904-1979

(1) Eléments biographiques

Dernières sessions à St Hugues
de Biviers

2 >>

Nous reprenons les éléments d'une exposition conçue par P. et E. Bellion-Jourdan
et réalisée par Bernard Bellion-Jourdan en novembre 2004
(les panneaux de cette sont disponibles)

1904-1979 : Quelques repères

Pierre Ganne est né à Clermont-Ferrand le 31 mai 1904. Il est le dernier de 3 garçons. Son père travaille chez Michelin. Il va d'abord à l'école laïque. Son père meurt en 1913, il a 9 ans. Il entre alors à la Maîtrise de la cathédrale et au petit séminaire. Puis, c'est le grand séminaire pour cinq ans (philo et théologie). En 1925 il est envoyé en Syrie pour son service militaire. Il y découvre les jésuites et au retour, il entre à la Compagnie de Jésus, à Saint-Egrève, près de Grenoble. Etudes ensuite à Yzeure et Jersey.

 

Un manuscrit du Père Ganne

Collège Notre Dame d'Alger

En 1932-34, il est professeur de philosophie à Alger au collège Notre-Dame d'Afrique. Il revient ensuite à Lyon, au scolasticat des jésuites à Fourvière, pour deux années d'études théologiques. Il est ordonné prêtre en 1935. Retour ensuite à Alger pour deux années scolaires comme professeur de philosophie.

 

Mobilisé durant l'hivers 1939-1940

En 1939-40, il est mobilisé. A l'automne 40, il rejoint Henri de Lubac comme enseignant aux Facultés catholiques de Lyon, tout en assurant parfois des cours à Fourvière. Mais il s'engage aussi dans la Résistance spirituelle et organisée. Il s'oppose début 1941, dans la revue Esprit, à Jacques Chevalier, secrétaire général de l'Instruction publique à Vichy ; il participe activement, avec le Père Chaillet et d'autres, au lancement, à la rédaction et à la diffusion des Cahiers du Témoignage chrétien clandestins ; il est engagé dans deux réseaux, l'un à Lyon pour cacher des enfants juifs (Amitié chrétienne), l'autre à Paris, pour faire du renseignement. Par deux fois il échappe à l'arrestation par la Gestapo. Il doit fuir en novembre 1943, rejoindre Alger par l'Espagne, et remettre à de Gaulle des micro-films. Après plusieurs mois de péripéties, il arrive à Alger. Il a plusieurs entretiens importants avec de Gaulle.

Il revient à Lyon au printemps 1945 et reprend son poste aux Facultés catholiques, résidant à Fourvière. Mais à côté, comme déjà à Alger, il donne de nombreuses conférences ou sessions à des groupes qui le demandent : groupes de prêtres et de laïcs, groupes de militants ouvriers, souvent marxistes,...

En 1949 commence une série de dénonciations anonymes, qui se répèteront jusqu'en 1962, auprès des évêques de la région : celui de Gap, puis ceux de Grenoble, Lyon, Besançon et même Alger. La hiérarchie suit les délateurs et ne donnera jamais la parole à l'accusé pour se défendre.

En mai-juin 1950, survient la fameuse purge des théologiens jésuites de Fourvière. Sous la pression du Vatican, le Général de la Compagnie interdit d'enseignement, à Fourvière comme aux Facultés catholiques, les Pères Emile Delaye, Henri de Lubac, Henri Bouillard, Alexandre Durand, ainsi que Pierre Ganne. Il s'incline quant au sort qu'on lui fait, mais refuse avec «horreur», écrit-il, au nom de la foi, «l'obéissance aveugle» qui lui est demandée. Et il décide de travailler encore plus fermement pour le renouveau de la foi.

1950 LE TOURNANT DE FOURVIERE
vu PAR HENRI DE LUBAC
(Mémoires sur l'occasion de mes écrits. 1983)

C'est en juin 1950 que la foudre tomba sur Fourvière. Je ne fais pas ici la chronique des événements. Elle serait fertile en incidents dramatiques et mélodramatiques. Je ne tente pas non plus d'explications causales. Comme dans ce qui précède, j'évoque ici seulement quelques-uns des détails qui me concernent, pour aider à comprendre l'occasion et la nature de mes divers écrits. Qu'on veuille donc bien excuser le caractère toujours résolument égocentrique de ces pages. Le fait est que je me suis trouvé au centre du cyclone, ou de l'anticyclone, comme on voudra'.

Le Père Général m'ayant écrit, dans l'une de ses lettres de cette époque, qu'il avait dû m'enlever à l'enseignement de Fourvière, je dus lui répondre (il me fallut chercher des formules pour que le simple exposé des faits ne parût pas une insolence) qu'il était obéi d'avance depuis longtemps, attendu que depuis le printemps de 1940 je n'avais plus donné une seule heure de cours à Fourvière et que je ne faisais en rien partie du corps professoral de la maison. En effet, tout au long de ma vie, mon enseignement à Fourvière s'est borné à un cours spécial d'histoire des religions entre 1935 et 1940 (8 leçons par an, et dont on était facilement dispensé), simple « titulus coloratus» pour justifier ma présence dans la maison; une année cependant, je donnai quelques heures de cours sur la Tradition , pour alléger la tâche du Père Fontoynont, dont les forces commençaient à décliner. Lorsque, en septembre 1951, Fourvière dut faire au Pape une double adresse d'adhésion signée par tous les professeurs, mon cas fut embarrassant: non seulement je résidais à Paris depuis un an déjà; mais depuis plus de dix ans je n'avais rien enseigné au scolasticat; mais on me disait que si le Pape ne voyait pas mon nom sur l'adresse, il me tiendrait pour insoumis (à Rome, on m'avait fait passer pour « le chef de l'Ecole de Fourvière », et tout un mythe s'était créé la-dessus), et la fermeture pouvait s'ensuivre. De fait, la menace était sérieuse, la situation tragique, d'autant plus que que l'intimation venue de « Rome » ne parvint à Lyon (était-ce manoeuvre calculée?) que dans les derniers jours avant la rentrée scolaire". Convoqué à Lyon par le nouveau Provincial, qui était le Père Andre Ravier, je pris part, dans son bureau, à la réunion du corps professoral; on finit par adopter la solution que je proposai - chacun indiqua sur la feuille le titre et les années de son enseignement, et je signai: « Histoire des religions, 1935-1940 »

Les décisions romaines de juin 1950 émanaient officiellement du seul Général de la Compagnie.
Celui-ci les motivait cependant par le fait d' «erreurs pernicieuses sur des points essentiels du dogme» soutenues par les cinq professeurs en cause qui étaient relevés de leur charge et changés de résidence: les Père Emile Delaye, Henri Bouillard, Alexandre Durand, Pierre Ganne et moi.

En 1951, le Père Ganne est envoyé à Saint-Egrève, à la maison de retraites spirituelles. Au cours des années suivantes, il ne cède pas non plus et soutient les chrétiens progressistes, les prêtres ouvriers, la revue La Quinzaine ,...

Dans son bureau à St Hugues de Biviers

A la Villa Saint Hugues à Saint-Egrève, puis à Biviers, près de Grenoble, à partir de 1962, il trouve une autre issue à sa vocation. Il met sa prodigieuse culture, son expérience de foi et son travail théologique novateur à la disposition de tous ceux qui le lui demandent : prêtres, religieux, laïcs, où qu'ils soient. Il se déplace beaucoup, dans la région et ailleurs en France, ainsi qu'en Suisse, en Belgique,... et jusqu'au Brésil.

 


Avec André Thisse, auteur de Rimbaud devant Dieu

Creusant toujours la lecture de la Bible - des prophètes en particulier - et les mystères de la foi chrétienne, dans l'espoir que ses auditeurs accèdent à la vigueur et à la critique d'une foi vraiment libératrice, il aborde toutes les questions dont il sent qu'elles font ou feront difficulté: la foi comme liberté, le travail, le marxisme, l'exigence de laïcité, les libérations humaines, l'athéisme, les rapports entre foi et politique, entre foi et histoire, entre foi et sciences, le structuralisme, la crise de l'Eglise, l'espérance, la foi comme sortie du sacré, etc, et encore et toujours la liberté dans le don de l'Esprit Saint.

Un manuscrit du Père Ganne


A mille lieues de tout moralisme, il déblaye le terrain des fausses questions ou des pièges pour le jugement et laisse ensuite chacun prendre ses responsabilités en adulte. A chacun de se déterminer, dans la liberté de la relation de foi au Christ, à la Parole libératrice de Dieu.

Il meurt à Biviers, discrètement dans sa chambre, le 15 août 1979, fête de l'Assomption, à l'âge de 75 ans.

Dernières sessions à Biviers en 1979

 

(Voir la Suite) Dernières sessions à St Hugues de Biviers >> 2

 

 

> Pierre Ganne, la liberté d'un prophète

> Un coffret de
6 CD La session : Vivre le don de l'Esprit saint