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histoire > François de Gastines au Cameroun et au Tchad
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Le Père François de Gastines

Un aumônier
formateur des jeunes au Cameroun
et au Tchad

Un pionnier
des langues africaines

     Arrivé à Douala au moment de l'indépendance, le Père François de Gastines a immédiatement compris l'enjeu qu'il y avait à encourager les élèves de Libermann dont il était chargé à mieux connaître leurs coutumes et leurs langues. Projetés vers un Cameroun moderne, ces Jeunes risquaient de se couper de leurs racines déjà mises à mal par les autorités de tutelle. En accord avec l'équipe des Pères de Libermann, aussi bien camerounais que français, il porta son effort dans deux directions: réhabiliter aux yeux des élèves les langues locales et faire imprimer les principales expressions orales de la sagesse coutumière.

  L'enseignement des langues  

Il faut savoir que le Cameroun comptait 180 langues, au moment où le Père arrivait au Cameroun. Aujourd'hui, grâce à de nouvelles recherches dans le Nord du pays, il s'agit de 210 langues. Seulement une dizaine sont parlées par plus de 100.000 habitants. Sous la conduite du Père, le collège choisit quatre de ces langues: le douala, le bassa, le bafang et l'ewondo. Tout élève devait apprendre une langue différente de la sienne. Des notes sur son travail étaient données au même titre que pour les maths ou l'anglais, ce qui motivait un peu plus leur effort. Cette méthode sera améliorée et modifiée au cours des ans, mais aujourd'hui les élèves de sixième et de cinquième ont toujours des cours de langue. L'initiative a été saluée par les Ministres de l'Enseignement qui se sont succédés depuis l'indépendance, même si l'exemple n'a pas été suivi dans les écoles publiques. L'héritier principal du Père dans ce domaine est M. Augustin Tadadjeu, chargé du département des langues au Ministère et grand promoteur des langues africaines.

  Les récits traditionnels  

Grâce au frère de A.Tadadjeu, M.Tafeugueu, excellent secrétaire, le Père entreprit de traduire les contes, les proverbes, les grands récits civilisateurs du Cameroun, autant qu'il lui était possible, toujours avec la même intention: d'encourager la jeunesse à honorer sa coutume. Il a permis, en particulier, de garder pour la postérité le grand récit appelé : Jeki la Djambe, qui est reconnu comme l'une des plus importantes épopées de l'Afrique. Un ancien élève du Père, Auguste Mbonde, en a fait en 2005 l'objet de sa thèse que j'ai eu l'honneur de présider à la Sorbonne. Les conteurs capables de présenter cette épopée au public ont disparu. Le Père a réussi à recueillir le texte auprès de l'un des derniers conteur, Titi a Koulé, et à en éditer, avec les moyens du bord, le récit en langue douala et en français.

                                                                             Eric de Rosny sj

 

 

 

 

 

François de Gastines au Collège Libermann de Douala au Cameroun

   

François
lorsqu'il était
un jeune jésuite
Jeunes
du Tchad

Célébration au Tchad

LE P. François De GASTINES S'EN EST ALLÉ !

Usé et affaibli par la maladie jusqu'au dernier souffle, celui qui a encadré de milliers de jeunes au cœur de l'Afrique, et qui a dit aux jécistes du Tchad « le paradis se construit dès aujourd'hui » s'est éteint. Loin du Tchad, loin de la famille JEC, le dépositaire de la mémoire et de la philosophie du particularisme de la JEC du Tchad parti en France pour se soigner ne reviendra plus jamais vers les « siens ».

LE P. François S'EST CONSACRÉ A NOUS.

C'est en 1988 qu'il prend en main la redynamisation de la JEC du Tchad chancelante depuis sa reprise en 1984. Venu du Cameroun (Douala) où il avait passé de longues années de mission, le père avait une connaissance suffisante de la réalité africaine et de la dynamique associative qui, très vite mobilisera collégiens, lycéens, et étudiants au sein de ce qu'il a appelé famille JEC. De 4 équipes de base en 1988, la JEC a gagné toutes les paroisses, plusieurs établissements scolaires de la capitale et s'est relancé dans certains diocèses du Tchad

Travailleur rompu, le père suivait et accompagnait individuellement beaucoup de jeunes, soit directement, ou soit lors des retraites et recollections, participait à plusieurs réunions par semaine, lisait et rédigeait beaucoup de notes et fiches techniques sur la JEC. Avaliseur de la plupart de nos grandes orientations, le père est notre principale référence. Sollicité partout, allant des équipes de base à la haute structure de coordination de la JEC , nous nous rendons compte à présent de son étonnante marque de disponibilité.

LES ENSEIGNEMENTS DU P.F De GASTINES.

Il est indéniable qu'a sa venue du Cameroun, le P. De Gastines a trouvé au Tchad une jeunesse désemparée, assez traumatisée si non par la guerre civile (1979-1980), par des clivages interconfessionnels, interrégionaux…Ce contexte fort difficile ne l'a pas empêché de synchroniser son enseignement autour de l'espérance. Il ne nous a pas apporté l'espérance ; mais il nous a appris à la bâtir.

Pour le père, la JEC est avant tout une famille ; celle des frères et des sœurs dans l'amour de Dieu le Père. Une famille au sein de laquelle chacun doit avoir sa place. Dès lors les termes comme le partage, la solidarité, la fraternité,… ont trouvé de la consistance et un contenu réel. Sur l'engagement responsable dans la JEC, il nous a dit «   le jéciste est en mission dans le vaste champ de Dieu qu'il est appelé à fructifier et à transformer. C'est ainsi qu'il pourra bâtir le paradis partout où il est, et le royaume dés aujourd'hui. Ce n'est plus le responsable qui agit, mais Dieu à travers lui. Il rayonne, et devient source d'espérance pour les autres. »

Ces enseignements ont donné une nouvelle dimension à l'évangélisation de la jeunesse qui doit se saisir de sa réalité et agir sur son environnement. Le père nous a invité à être les modèles du Christ par sa théorie sur la spiritualité JEC : Voir, Entendre et Agir comme le Christ.

 

Sur le développement, il nous a dit : « développer c'est être avec » . Lui-même donnant l'exemple aura été avec nous jusqu'à la fin de son pèlerinage sur terre. Il a été avec nous à N'Djaména, Koundoul, Siaba (Coq Ville), RAF, Mailao, Guelengdeng, Moulkou, Bongor, Kelo…Tantôt au volant ou à la cabine de la 504 Pick-up avec 25 à 35 jeunes derrière sur des routes très peu ou pas du tout macadamisées ; tantôt partageant nos dures conditions de séjours aux camps où on dort au sol dur et prend nos douches dans le fleuve Chari. Il a partagé notre africanité dans toutes ses dimensions, il a été avec nous !

MOURIR LE 31 DECEMBRE

Au dernier jour de l'année 2005, à quelques heures de la nouvelle année, notre aumônier s'est éteint. Personne de nous ses enfants n'aura recueilli ses dernières consignes. Qui dispose du plan d'accès à la terre promise du moment où lui notre « Moïse » nous a abandonné au cours du chemin? Sa tombe est loin de nous, et c'est en pensée que nous porterons son deuil. Après 17 ans de bonne compagnie, notre aumônier nous quitte pour rejoindre ses enfants jécistes Allassoum, Adoum N'garindo, Membay Djomian, Ferdinand, Mekila Geneviève, Angoltouna Emmanuel, Simon, Deytaïm Gloria, Mbailédé Didas…qui l'ont précédé dans le « Village des bien heureux ». De là-bas, ils intercèdent pour nous auprès de Dieu le Père. Gardons-nous de perdre la trajectoire sur laquelle notre aumônier nous a mis.

La disparition du père est une grande épreuve pour nous. C'est le moment de nous rappeler cet illustre maxime qui dit « ne pleure pas parce quelque est terminée, mais souris parce qu'elle a eu lieu ». Travaillons à le rendre plus que jamais vivant ! C'est aussi le moment pour nous de lui dire merci pour tout ce qu'il a été pour nous.

Adieu mon père !

Dans la nuit de ce monde, tu as été pour nous la lumière qui éclaire nos sentiers. Du haut des cieux, souviens-toi toujours de tes enfants les jécistes du Tchad.

Arthur HOUSSADI LIMATNA

Quelques témoignages
lors de la CELEBRATION DES OBSEQUES du Père François de GASTINES.
(
mercredi 4 janvier 2006)

Témoignages : Famille Heldman à Berlin

Cher Oncle Francois,

Quand vous êtes venu nous voir 2 années consécutives à Bruxelles, le temps d´un week-end, je ne sais quelle devait être votre impression en nous abordant...

Il vous a fallu monter au grenier et participer activement à la course de moto dans le désert à laquelle nous étions affairés (un pur hasard vraiment !) pour établir le premier contact.

Ca aura été une partie effrenée qui aura permis de réviser les préjugés qu´on avait de vous.

A nous 5, âgés de 16 à 9 ans, on nous avait annoncé un vieil oncle, le frère de Bon Papa et en plus un jésuite... ce qui nous laissait deviner quelqu'un de pieux et rigoureux..

Bien grand mal nous en prit de penser de la sorte..

Oncle Francois, ce n´est pas votre visage qui est resté en notre mémoire, mais plutôt votre voix posée et chaleureuse, votre attitude d'écoute pour chacun de nous que ce soit à l'ordinateur ou dans notre chambre, s'intéressant à nos activités et aux disciplines scolaires..

Du Cameroun ou du Tchad vous en parliez à l'occasion de la partie de foot organisée dans le jardin, vous en souvenez-vous ? C'était votre terrain.  Vous déployiez alors tous vos atouts d´animateur nous livrant en même temps vos expériences et vos secrets de là-bas... tout en marquant les buts.

Puis on passait à la partie de badminton ..tout aussi engagée... et au visionnement de la cassette qui ne manquait jamais dans vos bagages africains..

Nous, les Ados n'oublierons pas les moments passés avec vous –courts mais intensifs- Oncle Francois, toujours de la partie !!! : vous étiez le parfait exemple d'un Pêcheur d'Ados et d'un Rassembleur d'idées... sans discriminer.

Votre chemise africaine était votre apparat. Il ne manquait plus que les tam-tams .

Mais vous les avez là-haut, puisque c'est comme ca que vous vous représentez le paradis...

Nous ne vous oublierons pas et vous êtes bien présent aujourd´hui et à jamais dans nos coeurs.

De Berlin,
Les Heldman , en communion avec vous ...

Hugues-Marie et Raphaël :

Nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer Oncle François ces
derniers mois et il nous a partagé les "pierres d'angle" de sa
mission.
Les mots qu'il nous a transmis sont ceux de l'espérance.
De l'espérance en une jeunesse responsable et passionnée, qui s'engage et donne du sens à son engagement.
Oncle François, pour ce que nous l'avons connu, nous a marqué par son
éternelle jeunesse d'esprit. Il aimait tellement la vie!
Que sa prière nous aide à devenir, comme il nous l'expliquait, cette
graine qui se laisse mourrir en terre pour qu'en elle germe et
fleurisse une plante belle et pleine de vie.

Une jeune femme Tchadienne a témoigné combien François était proche des jeunes…elle disait qu'elle était un « pur produit du Père de G. !!! » voulant dire par là combien sa façon d'entraîner les jeunes à se retrouver, à échanger, à approfondir sa foi…venait de lui. Elle et son mari se connaissaient depuis leur adolescence, et il les avait fait cheminer jusqu'à leur mariage, et elle en était encore fort touchée.

Un camerounais a lu la lettre d'un de ses amis, ancien du collège Libermann (Cameroun) disant comment il avait été un professeur, encourageant, stimulant, exhortant les jeunes à étudier, à agir… pour eux-mêmes mais aussi pour leur peuple, en s'intéressant à leur propre culture et à sa transmission. Ce jeune était actuellement professeur au collège Liberman, et remerciait F. de G. de tout ce qu'il avait reçu de lui.

Un camerounais voulait témoigner d'une autre facette de la personnalité « missionnaire » de F. de G. celle du linguiste, qui a énormément travaillé pour faire connaître aux Camerounais leur patrimoine culturel, en créant des manuels inexistants jusqu'à ce jour, concernant leur langue BASA., permettant ainsi à beaucoup de découvrir des œuvres traditionnelles de leur culture.

Merci au Studio Présence de N'Djamena
qui avait fait une vidéo du François de Gastines pour leurs photos

 

 

Pour en savoir plus :

> Un superbe site de la famille et des amis de Père de Gastines
(deux videos en ligne)

> Pour soutenir l'OMCFAA
l'Oeuvre des Missions catholiques françaises d'Asie et d'Afrique

> La lettre du
SJI Service Jésuite International

> Dakar : l'Institut français d'Afrique noire, 1955.
Lemb, Pierre and François de Gastines : Dictionnaire Basaa-Français.

> Les langues nationales facteurs de développement

> Brève présentation du collège Libermann

> Qu'est-ce que le Basaa ?

> Exemples de la langue Basaa

> L'épopée de Djeki

> Pouvoirs et conflits dans la Djeki la Ndjambé