| extrait
d'un texte du grand théologien jésuite allemand
écrit en 1982 |
"Coeur" désigne le centre
le plus intime, où toute multiplicité est encore une.
Aussi, en disant "Coeur de Jésus", nous évoquons ce que le
Christ a de plus intime; nous signifions que ce centre est
rempli du mystère de Dieu ; nous
disons que, dans ce Coeur - en opposition tragique,
effrayante et béatifiante avec toutes nos expériences de vide,
de néant et de mort -, règne l'amour
infini par lequel Dieu lui-même se donne. Quand
nous disons "Coeur de Jésus", c'est cela que nous croyons
et confessons de toutes les forces de notre propre coeur.
Nous
le confessons dans la détresse qui fond sur nous;
c'est alors surtout que nous avons toutes les raisons de porter
notre regard sur celui dont le cur a été transpercé.
Certes, pour de nombreux chrétiens, "Cur de Jésus" peut
apparaître comme un simple doublet verbal de "Jésus-Christ"
(cela peut être valable pour eux). Pourtant, celui qui, dans
l'aventure de son expérience religieuse, a eu l'occasion d'expérimenter
davantage l'inouïe hauteur, profondeur,
longueur et largeur de la réalité du salut, celui-là
ne peut cesser de se redire quel est le centre ultime et la
vérité dernière de cette prodigieuse multiplicité de vie et
de mort, de perte et de salut, de rires et de pleurs, de lumière
et de ténèbres. Alors, il dit "Cur de Jésus", alors
il se tourne vers ce Cur transpercé et aimant, qui nous
aime dans nos ténèbres sans issues, ce Cur qui est le
cur même de Dieu et nous livre, sans l'épuiser, le mystère
primordial de Dieu. (...)
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Dieu, mystère
éternel, immensité sans nom, bienheureux abîme qui remplis
tout et n'es enclos par rien, tu as prononcé ta Parole
éternelle dans ta création et dans notre existence afin
que ton mystère éternel nous devienne l'indicible proximité
salvatrice et le centre même du monde.
Nous contemplons
cette Parole que tu as proférée, nous regardons celui
qui est le cur du monde, nous jetons les yeux
sur le Cur de ton Fils, transpercé par nous.
Tout
ce qu'il y a d'incompréhensible en nous et dans notre
existence trouve un abri dans ce Cur ;
toute notre angoisse existentielle est assumée par lui,
toute élévation et toute sainteté font retour à lui
comme à leur source. En lui tout trouve sa véritable
essence et se reconnaît comme amour. Tout s'unifie dans
le mystère qui est l'amour bienheureux. |
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La
dévotion au Cur de Jésus ne peut vraiment pas s'enseigner
du dehors. Chacun doit, en faisant confiance à
l'Eglise et à son Esprit, tenter d'approcher son mystère ;
aux heures claires ou sombres de la vie, il doit une bonne
fois essayer de faire cette prière : Cur
de Jésus, ayez pitié de moi.
Une telle prière, peut-être
faut-il tâcher de la répéter à la manière de la "prière de
Jésus" du pèlerin russe, ou peut-être encore l'employer sur
le modèle d'un mantra de la méditation orientale. Par-dessus
tout cependant, on doit faire vitalement l'expérience suivante
ce qu'il y a de plus invraisemblable, de plus impossible et,
du coup, de plus évident, c'est que Dieu,
l'incompréhensible, nous aime vraiment et que cet amour est
devenu irrévocable dans le Cur de Jésus là
d'abord, mais là aussi - nous osons l'espérer - pour tous.
Karl RAHNER,
s.j.
Le culte du Cur de Jésus aujourd'hui
Traduit en français dans " Vie consacrée"
Septembre 1986.
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