![]() |
![]() |
||
|
|
Le missionnaire à cheval A l'occasion d'un congrès sur le thème "Hommes de frontière pour la réconciliation", organisé à Rome du 11 au 14 septembre 1991, dans le cadre d'initiatives commémorant le 5ème centenaire de la naissance de Saint Ignace de Loyola et le 450eme anniversaire de la fondation de la Compagnie de Jésus, le cardinal Carlo Maria Martini S.J. avait dit:
Dans la longue liste de jésuites attirés par cette frontière, quelle soit géographique, culturelle ou spirituelle, figure indubitablement le père Eusebio Francesco Chini, connu pour son caractère extraordinairement versatile: écrivain, historien, ethnologue, explorateur, géographe, cartographe, sociologue, agriculteur, éleveur, bâtisseur d'église et de maisons, fondateur de missions et de villages, mais surtout, « serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, choisi parmi d'autres pour annoncer l'évangile de Dieu » (Epitre aux Romains 1,1). Eusebio Chini est né à Segno (Trente) en Val di Non, le 10 août 1645, de Francesco Chini et Margherita Lucchi. Baptisé le jour même en l'église paroissiale de Torra. Historiens et biographes se sont demandés si son nom Chini était un nom italien ou allemand. Certains le déformaient en Kühn; d'autres en Kin; d'autres encore en Chino ou Quino. Eusebio lui-même, quand il écrivait en espagnol, utilisait la forme dure de Kino pour éviter qu'on le déforme ou qu'il ne soit mal interprété, car China en espagnol signifie «chinois», un terme alors péjoratif. Cela dit, la forme « Chini » est celle que l'on trouve dans tous les registres civils et dans l'acte de privilège accordé à un des Chini par Charles V. Eusebio a fait ses premières classes à Segno, sous la tuteur privé. Puis il est entré au collège des Jésuite à Trente où il a été initié au monde des lettres et des sciences, avant d'entreprendre des études supérieures à l'Université de Hall, près d'Innsbruck (Autriche) où il se révélera particulièrement porté pour les sciences naturelles et la mathématique.
Atteint d'une grave maladie pendant ses études - due à l'infection d'une mauvaise plaie - Eusebio invoque l'intercession de saint François Xavier, et lui promet d'entrer chez les jésuites et de devenir missionnaire en cas de guérison, d'ajouter le prénom Francesco au sien, en signe de gratitude. Le 20 novembre 1665, Eusebio, qui a vingt ans, fait son entrée à la Compagnie de Jésus de Landsberg en Allemagne, franchissant toutes les étapes de la longue formation jésuite. Après avoir étudié la logique, la philosophie et la théologie dans les célèbres universités d'Ingolstadt, Fribourg et Munich, sans pour autant négliger les sciences mathématiques, y compris l'astronomie, la géographie et la cartographie, le 12 juin 1677, il est ordonné prêtre à Eichstätt, en Bavière. En mars 1678, le père Chini est destiné aux Missions des Indes Occidentales, et précisément à celles de la Nouvelle Espagne (Mexique), malgré son fort désir d'être envoyé en Chine comme il l'écrira plus tard dans son journal Favori Celestiali : « J'ai toujours cultivé un attachement spécial pour cette Grande Chine à convertir, et sur conseils de mes supérieurs je m'appliquais à étudier les sciences mathématiques, très prisées dans ce pays. Dès le début j'ai demandé d'aller aux missions de la Grande Chine ». Le 12 juin 1678, en compagnie de dix-huit autres missionnaires jésuites, il quitte le port de Gênes pour Cadix, en Espagne, port d'embarquement de la flotte royale pour le Mexique. Mais divers contretemps l'obligent à une halte de trois ans environ à Séville, et il ne débarquera au Mexique que le 3 mai 1681. Après une première expérience d'évangélisation (1683-1685), et quelque vicissitude en Basse Californie, le père Chini est envoyé au Nord du Mexique, autrement dit à la Haute Pimeria - une région comprise entre la partie nord occidentale de l'Etat de Sonora (Mexique) et la partie sud occidentale de l'Etat de l'Arizona (Etats-Unis) - où il s'établit le 13 mars 1687. La Haute Pimeria était considérée comme «la pointe extrême de l'avant-poste nord du christianisme» où la population, de trente mille habitants environ, était connue pour sa grande variété de natures et coutumes. Un des oeuvres murales du musée de Segno indiquant la zone géographique où notre missionnaire était actif. Ces oeuvres sont une réalisation de Nereo de la Pena, originaire de Caborca (Mexique).
Pendant près de vingt-quatre ans, la Haute Pimeria sera le champ d'apostolat du père Chini. Il y fonde vingt-sept stations missionnaires, contribue à la mise en marche de dixneuf fermes florissantes et effectue cinquante expéditions-explorations, parcourant à cheval, à dos d'âne ou à pieds, près de 30.000 kilomètres en 24 ans, ouvrant ainsi tant de sentiers dans la région et effectuant - il est le tout premier à le faire - de minutieux relevés scientifiques sur cette région, qui lui permettront de réaliser 32 précieuses cartes géographiques - certaines plus étendues, d'autres à peine esquissées - faisant l'admiration des géographes européens. Ces cartes seront mises au service des natifs, des missionnaires, des colons et des gouvernants espagnols.
Le père Chini est un homme plein de talents, un explorateur et un cartographe, un défenseur et un promoteur des droits de l'homme auprès des indigènes, mais surtout il est un apôtre, un témoin et un serviteur de la mission du Christ, espérance du monde. Pèlerin apostolique pour le désert inconnu de la Haute Pimeria, il fait de son parcours quotidien un chant de foi en Dieu, n'hésitant pas à s'abandonner filialement à son étreinte aimante et providentielle; homme d'espérance, il témoigne à tous l'excédent des promesses de Dieu, le Fidèle et le Vrai; guidé par son amour de Dieu et du prochain, il s'est fait «faible avec les faibles, pour gagner les faibles, tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns» (cf. 1Cor 9,22).
« On peut dire sans aucune exagération - atteste à ce propos le père jésuite Juan Antonio Balthasar, 40 ans après sa mort - que le père Chini a fait, à lui tout seul, pendant ses 24 années de permanence en Pimeria, plus que tous les autres missionnaires mis ensemble durant les 40 années qui ont suivi sa mort, ces derniers ne parvenant à soigner qu'un tiers des villages, des régions et tribus que le zèle apostolique d'Eusebio avait attirés, soignés et mis dans la disposition de se plier au doux joug de l'Evangile [...]. Père Chini a été et sera toujours un exemple pour les ouvriers de cette vigne du Seigneur, et un modèle que tous doivent se proposer d'imiter: il a ouvert la porte, aplani le chemin et marché devant lui comme un guide, ce guide que doivent suivre ceux qui aspirent à promouvoir la gloire de Dieu et la conversion de tant d'âmes ». La mort le fauche à Magdalena dans la région de Sonora, le 15 mars 1711, à l'âge de 65 ans. Il meurt comme il a vécu, extrêmement humble et pauvre. Sur son lit de mort : deux peaux de veau en guise de matelas, deux couvertures de grosse laine pour couvrir son corps, et son inséparable selle en guise d'oreiller. « Magdalena, rebaptisée Magdalena de Kino - affirme Mgr. Carlos Quintero Arce, archevêque émérite d'Hermosillo - conserve aujourd'hui sa vénérable dépouille, sur laquelle le peuple de Sonora veille jalousement comme sur un trésor. Mais à Magdalena on respire aussi son esprit, son élan d'évangélisateur et cet enseignement de missionnaire qui a su imprégner le cour des natifs de cette vraie puissance libératrice que sont les valeurs de la foi chrétienne ». A Magdalena naît le culte du père Chini parmi les fidèles de Sonora, Arizona, Sinaloa, Chihuahua et Basse Californie. Un culte qui transforme, depuis trois-cents ans, la dévotion du père Chini pour saint François Xavier en hommage des natifs au «père pionnier de la Haute Pimeria».
Le 14 février 1965, une statue du Père Chini, comme représentant, autrement dit Père fondateur, de l'Etat de l'Arizona, est placée à l'intérieur du Famedio National parmi les «Grands d'Amérique». Le 25 mai 1971, dans la cathédrale d'Hermosillo, l'archevêque Mgr Navarrete ouvre le processus diocésain informatif pour sa cause de béatification et canonisation. Le 7 février 1998, le Saint-Siège émet un nulla osta pour l'ouverture de la cause de béatification du Serviteur de Dieu, le père Eusebio Francesco Chini. Enfin, au printemps 2002, s'achève à Hermosillo l'enquête diocésaine supplétive visant à rechercher dans les archives tout document relatif à la personne et à l'activité du missionnaire et à rassembler d'autres textes pouvant étayer sa réputation de sainteté.
« Les jésuites impriment en haut le nom de Chini - a écrit l'historien Herbert E. Bolton - dans la longue liste des apôtres de l'évangélisation américaine. Les cowboys du SudOuest sont stupéfaits et presque sceptiques devant ses aptitudes, bien vérifiées, de cavalier. Les géographes répandent sa réputation d'explorateur et de cartographe. L'Italie le salue comme un noble même s'il en est presque un fils oublié. L'Allemagne est fière d'avoir été l'inimitable précepteur du jésuite. L'Espagne le désigne comme un des constructeurs les plus extraordinaires de son empire colonial. Le Mexique salue sa mémoire comme grand pionnier de sa vaste et historique Côte Ouest. La Californie le vante comme l'inspirateur du père jésuite Salvatierra, son premier grand colonisateur. L'Arizona l'honore comme son prodigieux et exemplaire pionnier ».
Domenico Calarco, S.J.
|
Pour en savoir plus : > La mission du P. Chini aujourd'hui > Mission Churches of the Sonoran Desert à Magadalena de Kino (Nombreuses images mais en anglais) > Article en anglais sur wikipedia > La cause de la béatification du père Eusebio Francesco Chini (1645-1711), officiellement engagée > La figure marquante de Saint François-Xavier
|
Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |