Dans l'attente
de la résurrection
par Thierry Meynard, S.J
(avec l'autorisation du 'Institute of Jesuit Sources')
Matteo Ricci s'était longuement demandé comment assurer la survie des missions chrétiennes en Chine. Il en vint à la réalisation que sa propre mort pourrait servir indirectement à la reconnaissance publique de la chrétienté. Sa profonde connaissance de la culture et de la mentalité chinoise lui avait fait comprendre que la mémoire des intellectuels et des gens de la noblesse était assurée quand ils étaient honorés après leur mort par une lettre-témoignage de l'empereur. Puisque Ricci n'avait pas d'enfants pour s'occuper de ses funérailles, il espérait que l'empereur y pourvoirait. Ricci croyait que si cet honneur lui était accordé après sa mort l'église y gagnerait la sécurité et la protection.
Ricci mourut le 11 mai 1610. Après des funérailles d'une durée de quatre jours (15-18 mai), le jésuite espagnol Diego de Pantoja soumit à l'empereur Wanli une demande corrigée par le chinois converti Li Zhizao. Le 18 juin, trente-huit jours après la mort de Ricci, l'empereur ordonna que soit accordé un terrain où l'officier Ricci pourrait être enterré. Sur ce, de Pantoja et ses amis choisirent un lieu appelé Teng Gong tout juste en bordure de la partie ouest de la ville. Après des préparations d'une année, des funérailles solennelles eurent lieu le 22 avril 1611 sous la conduite des jésuites. Les membres de la communauté chrétienne et plusieurs officiels et intellectuels se joignirent à la procession qui suivit le chemin à partir de la résidence jésuite vers l'église du Sud, allant vers l'ouest à travers la ville jusqu'au site du tombeau. Ricci fut le premier de centaines de missionnaires et de chinois catholiques à être enterrés à Zhalan.
En 1654, Adam Schall demanda à l'empereur Shunzhi une extension du terrain vers l'ouest du cimetière. Schall lui-même fut enterré là. Quelques siècles plus tard le cimetière fut détruit deux fois, la première en 1900 durant la rébellion des Boxeurs. A la restauration du cimetière, six des pierres tombales, de Matteo Ricci, Adam Schall, Ferdinand Verbiest, Niccolò Longobardo, Tomé Pereira et Policarpo de Sousa, furent remises en place sur deux lignes. Un cadre en brique fut érigé pour que les pierres apparaissent plus hautes. Aussi, une nouvelle église, dite de Tous les Saints, fut construite au sud du cimetière. Soixante-dix-sept pierres tombales qui avaient été abattues par les Boxeurs et éparpillées dans le cimetière furent insérées dans le mur extérieur de l'église.

La deuxième dévastation eut lieu en 1954 quand Zhalan devint une école du parti communiste. Huit cent trentesept pierres furent portées à une autre place en banlieue de Peï-ping à une place appelée Xibeiwang. Cependant, on permit aux six pierres mentionnées plus haut, celles de Ricci, Schall, et les autres, de rester sur place comme aussi les quatre-vingt-sept insérées dans les murs extérieurs de l'église. En 1966, durant la révolution culturelle, les Gardes Rouges vinrent à l'école pour détruire les restes de culture étrangère qui pourraient s'y trouver. Un fonctionnaire de l'école les convainquit d'enterrer les six pierres plutôt que de les détruire. Ainsi elles 'disparaîtraient pour toujours'! Dans leur naïveté, les Gardes acceptèrent cette suggestion, évitant ainsi qu'elles soient détruites. Peu de temps après, l'école elle-même fut transformée en un lieu de séjour du gouvernement. En 1973, dans le but d'ajouter une salle à dîner, l'église abandonnée de Tous les Saints fut abattue et les pierres insérées dans les murs extérieurs furent jetées sur le terrain.
Après qu'un ministre du gouvernement italien s'eut enquis de la tombe de Ricci, le comité central du parti communiste ordonna en 1979 qu'elle soit remise en état. Cette résolution fut signée par Deng Xiaoping, qui était destiné à prendre le contrôle du parti et de l'état, et par quelques autres chefs de premier rang. Les fonctionnaires de la ville de Peï-ping firent réparer les pierres de Ricci, Schall et Verbiest et établirent un petit cimetière (avec des tombes vides) dans un enclave muré sur le présupposé site original de la tombe de Ricci. En 1984, sur un terrain attenant à l'enclave, un cimetière plus grand de soixante et une pierres fut ajouté. Au total, ces deux terrains contiennent les pierres tombales de 64 missionnaires de diverses nationalités. Elles témoignent fièrement d'une rencontre culturelle unique entre la Chine et l'Occident, basée sur un respect mutuel.
Plus d'un siècle après la mort de Ricci, des jésuites français envoyés par le roi de France établirent leur église propre, dite du Nord, en distinction de l'église du Sud qui dépendait de jésuites travaillant sous la juridiction du Portugal (le padroado ). Les jésuites français voulurent établir leur propre cimetière distinct de celui de Zhalan. En 1732, ils achetèrent un terrain en banlieue de Xizhimen appelé Zhengfosi (Temple du vrai Boudhha), auquel ils donnèrent le nom de Zhengfosi (Temple du vrai bonheur). Les restes de JeanFrançois Gerbillon, inhumé à Zhalan en 1707, furent transférés à Zhengfusi en 1732. Les jésuites français aimaient s'arrêter au cimetière Zhengfusi à partir de l'église du Nord vers la palais d'été, où ils étaient souvent convoqués par l'empereur. Ils y construirent une villa et une chapelle.
Après que le Pape eut supprimé les jésuites en 1773, un groupe de prêtres et de frères français de la Mission, communément appelés de saint Vincent ou Lazaristes, arrivèrent de Peï-ping en 1785 pour prendre charge de la mission. En 1797, le premier Lazariste, un irlandais, fut inhumé au cimetière Zhengfusi. En 1835, l'évêque Mouly, un lazariste, y compta quarante-quatre tombes dont vingt-deux étaient jésuites. C'est à ce moment que le cimetière fut abandonné à cause de la persécution des catholiques, mais en 1860, suite à l'expédition militaire francoanglaise, le cimetière fut officiellement rendu à l'Église. En 1900, Zhengfusi fut détruit par les Boxeurs comme aussi celui de Zhalan. Zhengfusi fut restauré en 1907, mais cessa d'être un lieu d'inhumation.

En 1976, la chapelle fut détruite. Sur le terrain furent construites des maisons en brique pour lesquelles on utilisa d'anciennes pierres tombales. Heureusement, quarante pierres des missionnaires jésuites et lazaristes furent préservées. En 1990, ces pierres qui se trouvaient jadis sur l'ancien site d'un temple boudhiste furent transférées par une coïncidence étrange sur le site d'un autre temple boudhiste, le temple des Cinq Tours. Aujourd'hui la restauration de Zhengfusi est assez bien avancée. Une cour a été remise à l'Église. L'ancienne résidence des jésuites, qui servit pour un temps de bureau pour une compagnie fabriquant de la machinerie textile, est devenue une chapelle. Elle a été consacrée en juin 2003. On peut voir encore des parties assez étendues du mur de l'ancien cimetière.
Thierry Meynard, S.J
(avec l'autorisation du 'Institute of Jesuit Sources'
Traduction de Jérôme Gagnier, S.)
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