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L'empereur Kangxi et les jésuites
au temps de Louis XIV

Les mathématiciens jésuites
envoyés en Chine par Louis XIV

 

Après trois années de pérégrinations, un groupe de cinq jésuites français qu'à la suite de Chateaubriand on a pris l'habitude de désigner sous l'appellation de "Mathématiciens du Roi" arriva à Pékin le 6 février 1688.

Les cinq jésuites partis en Chine

Jean de Fontaney
(1643-1710)
Joachim Bouvet
(1656-1730)
Jean-François Gerbillon
(1654-1707)
Louis Le Comte
(1655-1728)
Claude de Visdelou
(1656-1737)

Jean-François Gerbillon fera huit voyages en Tartarie; entamera des négociations avec les Russes lors du traité de Nertchinsk; aura sa part dans l'octroi de l'édit de tolérance de 1692, légalisant l'oeuvre missionnaire; occupera à Pékin les fonctions de professeur de mathématiques, de géographie et de philosophie de l'empereur. (pour en savoir plus...)

Tous, à l'exception du Père Le Comte, avaient été nommés membres correspondants de l'Académie des Sciences le 20 décembre 1684, quelques jours seulement avant leur départ de Paris.

La tâche assignée aux Mathématiciens du roi s'inscrit dans le cadre du programme de mesures géodésiques commencé pour rectifier les cartes de France. Mais certainement que dans ce cadre s'inscrivait une autre mission, bien synthétisée par cette formule que le Père jésuite Verbiest avait utilisé dans l'une de ses lettres pour motiver l'envoi de jésuites en Chine : "Sous le manteau étoilé de l'astronomie, notre sainte religion s'introduit facilement".

Les Mathématiciens s'embarquèrent avec des instruments scientifiques qui représentaient la vitrine des meilleures connaissances techniques du temps et les cadeaux personnels que Louis XIV souhaitait envoyer à l'empereur de Chine.

Objets emportés : verres pour lunettes d'approche allant jusqu'à deux mètres quarante de long, trois grandes pendules à secondes, un cadran équinoxial, des instruments pour déterminer le vide, une mappemonde de cuivre doré, une machine à éclipse...

Le groupe partira de Brest le 3 mars 1685 à bord d'un bateau appelé l'Oiseau. Ils feront route avec une ambassade du Roi à destination du Siam. Grâce au journal tenu par le Père jésuite Guy Tachard, membre de cette expédition pour le Siam, nous avons de nombreux détails sur le voyage.

"Le roi ayant déclaré sur cela ses intentions à monsieur le marquis de Louvois et au révérend père de la Chaise , ils demandèrent d'abord à nos supérieurs au moins quatre pères qui fussent capables de travailler de concert avec messieurs de l'Académie Royale à la perfection des sciences et des arts, et qui s'emploieraient en même temps avec les missionnaires de la Chine à l'avancement de la religion chrétienne. Ils ajoutèrent qu'il fallait qu'ils fussent près à partir dans six semaines, sur le vaisseau qui devait porter l'ambassadeur de France à Siam..." Lire la suite >> "Dès que nous fûmes arrivés dans cette baie (le Cap de Bonne-Espérance) , nous trouvâmes ce lieu si propre pour faire des observations, que nous résolûmes sur-le-champ de chercher les moyens de les faire. Il fallait pour cela prendre une maison commode, y faire transporter nos instruments, et y pouvoir travailler jour et nuit, pendant le peu de temps que nous avions à y demeurer. Il y avait de la difficulté : des jésuites mathématiciens et divers instruments portés à terre pouvaient bien blesser la délicatesse d'un gouverneur hollandais dans une colonie assez nouvelle, et lui faire soupçonner quelque autre chose que ce que nous prétendions. On nous conseilla même de nous déguiser et de ne pas paraître jésuites : mais nous ne le jugeâmes pas à propos, et nous reconnûmes dans la suite que notre habit ne nous avait point fait de tort..." Lire la suite >>

Les jésuites français arrivent à Pékin juste après la mort du Père Verbiest, jésuite flamand qui présidait le Bureau Impérial d'Astronomie. Ils seront reçu par l'empereur le 21 mars 1688. Ils mettront ensuite à profit leurs déplacements pour effectuer les observations nécessaires à l'établissement des coordonnées géographiques de leurs lieux de passage. Douze villes seront ainsi répertoriées.

Du 13 juin au 18 octobre 1689, le Père Gerbillon partira en qualité d'interprète de l'ambassade du prince mandchou Suo Etu rencontrer les plénipotentiaires du tsar Pierre-le-Grand pour négocié la Traité de Nerchink qui fixera les limites des empires chinois et russe jusqu'en 1860.

Le Père Gerbillon donnera des leçons de mathématiques à l'empereur en mandchou. D'autres jésuites lui enseigneront ensuite les mathématiques en chinois.

En 1693, le Père de Fontaney guérit l'empereur d'un crise de paludisme grâce au quinquina. C'est pour le remercier que Kangxi fit don aux Français du terrain de Beitang sur lequel ils feront édifier une église de 1699 à 1703.

 


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le livre du Père Le Comte

Plusieurs ouvrages ont rendu célèbre l'activité des jésuites français en Chine. Tout d'abord le livre publié par le Père Le Comte en 1696 : "Nouveaux Mémoires sur l'estat de la Chine". Ce titre a été rendu sulfureux par une condamnation, le 18 octobre 1700, de la Faculté de Théologie dépendant de la Sorbonne.

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la version pdf de l'édition d'origine des "Lettres édifiantes et curieuses"

Ensuite, les informations sur la Chine publiées dans la célèbre collection des "Lettres édifiantes et curieuses", dont le premier recueil date de 1702, nourriront un intérêt continu pour ce pays. Le Père jésuite Du Halde intégrera bon nombre des récits et observations des Mathématiciens du Roi dans sa "Description de l'Empire de la Chine et de la Tartarie chinoise" (publié en 1735).

Source : Isabelle Landry-Deron, "Les Mathématiciens envoyés en Chine par Louis XIV en 1685", Arch. Hist. Exact. Sci. 55 (2001) 423-463.

 

 

 

 

 

 

Voir aussi :
>
les jésuites, la lune et l'empereur
>
les tombes des jésuites en Chine
>
le grand dictionnaire Ricci
>
Le premier horloger suisse en Chine !