
Paul DENN
(1847 - 1900)
Paul était un enfant du Nord, né à Wazemmes, devenu
aujourd'hui un faubourg de Lille. Son père, qui était percepteur,
mourut du choléra et sa mère dut élever seule ses cinq enfants.
De tempérament impétueux, exubérant, il pensa très jeune aux missions
: "Quand je serai grand, j'irai en Chine et je baptiserai les petits
Chinois." En attendant, pour gagner sa vie, il est employé de banque,
tout en étant très engagé dans des Oeuvres de jeunesse, patronage
ou association pieuse ; il en fonda même une, à vingt ans, avec
quelques amis, pour les jeunes ouvriers et employés de Lille.
Mais il pensait au sacerdoce. Comme il n'avait
pas fait d'études, il entra à la toute jeune Ecole apostolique d'Amiens
et, à vingt-deux ans, il se mit au latin : c'était le temps de la
Guerre de 70 et de la Commune. Ayant justement reçu, un jour, des
reliques des cinq jésuites victimes de la Commune, il les envoie
à sa mère avec cette réflexion : "Voici cinq belles roses toute
rouges de sang versé pour Jésus-Christ. Il y a un sixième médaillon
qui est vide. Pourquoi ne serait-il pas pour moi ?"
Il entre enfin au noviciat de Saint-Acheul en juillet
1872, et quelques semaines plus tard, il s'embarque pour la Chine.
C'est à nouveau des études, de chinois et de théologie, et en 1880
il et ordonné prêtre, à pied oeuvre pour une vie de missionnaire
exactement taillée pour lui : prêcher, catéchiser, recueillir des
enfants abandonnés, visiter ses paroisses : de quoi remplir sa vie
pendant 20 ans.
Au moment du soulèvement des Boxers, il était curé
de Kou-tcheng où, malgré le danger, il voulut rester bravement et
fidèlement au poste. Ce n'est que sur les ordres du P. Mangin, son
supérieur, qu'il partit se réfugier avec lui dans "la forteresse
de Tchou-kia-ho". C'était bien là en effet qu'il avait rendez-vous
…
Dernière lettre du Père
Paul DENN, à son neveu, M. Paul DUVOCELLE (le 20 juin 1900)
Koutcheng, 20 juin 1900
Paul et Marie
P.C. (= Pax Christi = la paix du Christ)
Non, tant
s'en faut, tout danger n'est pas encore passé. Au contraire
la fureur des I Ho Kiuan ne fait que grandir tous les jours.
Leurs succès que n'entravent nullement les Impériaux, par
ordre secret impassibles spectateurs des pillages, incendies
et massacres, augmentent leur audace. Ce que l'on prévoyait
l'année dernière est arrivé : les bandes dispersées se sont
groupées, et leur nombre défie désormais toute résistance.
A Pékin
même, ils ont détruit déjà 4 temples protestants, et une belle
Eglise catholique. Tout ce qui est Européen, même les marchandises,
est détruit : c'est un mot d'ordre.
Les
premières victimes seront évidemment les missionnaires dispersés
chacun dans son district. Mais les pauvres talus en terre
de la Résidence centrale où se trouvent nos oeuvres, (collège,
Ecole de Vierges, Séminaire), seront un bien faible rempart
contre l'irruption de ce fleuve Jaune. Aussi la vie de Monseigneur
Bulté, des Supérieurs et autres Pères ou Frères de la Compagnie
courent un sérieux danger.
On dit que
les puissances Européennes vont faire la guerre à la Chine.
Donc toutes les troupes impériales qui simulaient encore nous
protéger, vont être rappelées. En dehors du théâtre de la
guerre les bandits I Ho Kiuan auront beau jeu.
Adieu, priez
et faites prier pour que le bon Dieu nous accorde la grâce
du martyre.
Tout à vous en J.M.J.
(= en Jésus Marie Joseph)
Paul Denn SJ
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