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Pierre
Chaillet " Vous avez été notre
18 juin spirituel ! "
Théologien, professeur, agent de renseignements, chef de la Résistance, figure de proue de l'aide aux juifs, président du Comité des oeuvres sociales de la Résistance, sous-ministre, patron de presse, juste parmi les nations, puis, la cinquantaine venue, rentré dans l'obscurité, le jésuite Pierre Chaillet (1900-1972) a été tout cela à la fois. Michel Debré dira dans ses mémoires que " l'histoire de France mérite de garder le nom, tant il a compté dans la résistance spirituelle au poison nazi. " Né le 13 mai 1900 dans un petit village du Doubs, il connaît une enfance paysanne à la dure. Elève au petit séminaire de Maîche où naîtra sa vocation religieuse, il entre dans la Compagnie de Jésus à 22 ans.
Dès l'avant-guerre, la grande Histoire s'est imposée à lui à l'occasion de plusieurs voyages en Allemagne et en Europe centrale. Ce qu'il découvre l'amène à écrire et publier en 1939 un petit ouvrage intitulé L'Autriche souffrante, ce qui le signale aussitôt à l'attention des services du Reich. C'est donc un religieux averti et déjà en alerte qui aborde la guerre, lorsque celle-ci éclate. Le grand tournant date de 1941. Non que dès 1940 il n'eût choisi son camp, celui de la dissidence, mais la décision cette année-là de lancer dans la rébellion et l'illégalité une publication chrétienne clandestine destinée à lutter, au nom des valeurs de l'Evangile, contre l'esprit de démission et contre le danger de perversion des âmes, voilà ce qui va déterminer la suite de son existence. Par les Cahiers du témoignage chrétien - 14 opuscules, qui se succèdent de novembre 1941 à août 1944 -, le Père Chaillet a insufflé à la Résistance une dimension spirituelle telle qu'elle a fait dire un jour à Maurice Schuman à la BBC : " Vous avez été notre 18 juin spirituel ! " En 1943, le Père Chaillet décide d'ajouter aux Cahiers une feuille plus courte et plus accessible, le Courrier français du témoignage chrétien (12 numéros du printemps 1943 à la Libération) et qui est à l'origine de l'hebdomadaire actuel. Témoignage chrétien se démarque des autres journaux de la Résistance par la place considérable et constante donnée à la dénonciation de l'antisémitisme national-socialiste, à la fois comme idéologie anti-chrétienne et anti-humaine et comme instrument d'extermination de tout un peuple. Le Père Chaillet s'est également préoccupé de la situation lamentable des étrangers, pour la plupart juifs, enfermés dans les camps d'internement de zone sud. Il est le responsable principal d'une organisation interconfessionnelle d'assistance, l'Amitié chrétienne, qui fournit en nombre croissant hébergements, secours en argent, faux papiers, tickets d'alimentation. Pour lui, l'appel à la charité est inséparable de l'appel de la vérité. Hanté par l'injustice et le malheur frappant les persécutés, il mobilise toutes les bonnes volontés catholiques, protestantes, juives… C'est en août 1942 que se situe à Lyon l'épisode célèbre des enfants juifs victimes de la rafle ordonnée par Vichy et sauvés de la mort par l'action du Père Chaillet et de ses acolytes. Ce défi ouvert au gouvernement provoque les foudres des autorités et l'envoi du jésuite rebelle en résidence surveillé. Il parvient à échapper à la Gestapo, et reste jusqu'au bout insaisissable. A la Libération, Pierre Chaillet est nommé adjoint au ministre de la santé. Mais peu à peu on l'oublie. Même s'il ne reviendra jamais à la théologie, sa figure reste celle d'un héros des armes de l'esprit. Résumé de l'article de François Bédarida, publié dans la Croix du 24 mai 2000. |
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