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Extraits : L'exercice auquel je vais me livrer devant vous est sans doute une gageure. S'aventurer dans la pensée certalienne est une expérience difficile en soi, du fait de la complexité de son écriture et du foisonnement de celle-ci. Mais la difficulté se redouble lorsque l'on veut prendre en compte les multiples interprétations auxquelles les ouvrages de Michel de Certeau ont donné lieu en français et en anglais et dont le nombre va croissant. Il n'est pas dans mon intention d'entrer dans la complexité de ces lectures. Je voudrais même prendre mes distances par rapport à trois d'entre elles. Il importe, en effet, de dépasser tout autant l'enthousiasme éblouissant des nostalgiques des années nomades, que la critique rapide de ceux qui jugent "le chemin de Michel de Certeau trop personnel et ses indications trop laconiques, ou trop encore enfermées dans un langage révolu". Mais, il faut aussi résister à ceux qui ne veulent retenir de l'héritage certalien que son "projet éclaté d'analyse de la modernité". M'étant ainsi situé, je voudrais préciser mon propos. Mon désir est de vous présenter la manière dont Michel de Certeau a "approché" la mystique ignatienne au long de sa vie. Mon souci est d'être simple et je sais que, ce faisant, j'encours le risque d'être caricatural. En effet, pour traiter mon sujet, je ne peux pas ne pas prendre en compte la totalité de l'oeuvre certalienne qui, comme vous le savez, se présente comme un tissage sans cesse repris. La manière dont Michel de Certeau a procédé fait qu'il est difficile d'établir des césures dans ce qu'il a produit. Aussi ai-je choisi de ne tirer que trois grands fils de l'écheveau qui se trouve devant nous. Nous les appellerons un art de lire, un art de dire et un art de vivre et c'est en vous les présentant que je me risquerai à vous dire ce que j'ai compris des pratiques ignatiennes de celui dont il m'a été donné d'être l'étudiant... Michel de Certeau a trop fréquenté les écrits d'Ignace et de ses héritiers jusqu'à Surin inclus, pour savoir l'immense "disproportion" qui existe entre l'homme et Dieu . Il explique longuement cette situation en évoquant le "pâtir" des mystiques, mais il sait aussi que le désir de Dieu retournera cette "disproportion"en une "proportion" plus essentielle encore. Ce sont ces présupposés qui guident l'interrogation de Michel de Certeau sur les procédures de sa recherche: "Un manquant fait écrire." Ceci est à entendre, mais il faut aussi aller jusqu'où M. de Certeau veut nous conduire, c'est-à-dire jusque là où voir est dévorant... "Comment vous expliquer ? dit le moine Syméon à son visiteur... Comment décrire le but exorbitant de la marche millénaire, plusieurs fois millénaire, des voyageurs qui se sont mis en route pour voir Dieu ? Je suis vieux et je ne sais toujours pas." * Faire de l'histoire et de la théologie avec Michel de Certeau c'est le faire jusqu'en cette "Extase blanche", en cet ultime hors lieu de son itinérance... cet "heureux naufrage". Alors puissions-nous découvrir le bien-fondé de ce que nous lisons dans le livre du pèlerin chérubinique : "Est mystique celui ou celle qui ne peut s'arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n'est pas ça, qu'on ne peut résider ici ni se contenter de cela. Le désir crée un excès. Il excède, passe et perd les lieux, il fait aller plus loin, ailleurs. Il n'habite nulle part, il est habité."
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Pour en savoir plus : >Bibliographie du jésuite Michel de CERTEAU >L'étranger ou l'union dans la différence > "Le passant considérable", article de la revue Choisir en format pdf Trois ouvrages parus en 2002 : > François Dosse, Michel de Certeau. Le marcheur blessé, La Découverte, 650 pp. > Michel de CERTEAU : Les chemins d'histoire avec Christian DELACROIX, François DOSSE, patrick GARCIA, Michel TREBITSCH , Complexe, 240 pp. > Revue EspaceTemps, Michel de Certeau. Histoire/Psychanalyse n° 80-81 (BP 149, 75562 Paris Cedex 12), 186 pp., 22€. |
Jésuites : serviteurs
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