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"En
un temps malade de vitesse, la peinture d'André BOULER ne laissera
pas de surprendre. Elle est en effet, le fruit nécessaire et volontaire
tout à la fois, d'une lente maturation qui se fait au long de nombreuses
années et qui ne saurait s'accomplir autrement. Couvrant patiemment,
amoureusement une couche de matière picturale par une autre, André
BOULER n'est satisfait de son ouvrage que lorsqu'il lui a conféré
une pâte cohérente, serrée, au grain rigoureux, et que l'aspect
extérieur sen présente comme la croûte savoureuse d'un pain d'autrefois.
A poursuivre cette fin, le peintre courait
un risque: celui de fatiguer son oeuvre, de l'abîmer même par un
travail excessif. Ce péril, il l'a conjuré. La preuve en est ses
gouaches qui paraissent faites à la diable, et qui sont, elles aussi,
le résultat d'une élaboration patiente, que leur apparence ne révèle
pas. Oeuvrer sans hâte, à loisir, et ne pas le montrer : telle est,
me semble-t-il, la formule d'André BOULER et le secret de sa réussite.
Épris
de matière, il l'est aussi de la couleur, et singulièrement des
harmonies froides. Le bleu est son ton d'élection, un bleu profond
et transparent, nocturne, velouté. Il l'associe volontiers aux verts,
à moins que, recherchant les relations plus subtiles des binaires,
il ne lui plaise d'accorder à ses verts des violets, légers et lumineux,
et qui témoignent de son exceptionnelle finesse d'oeil. Ce n'est
pas qu'il dédaigne les rouges : maintes toiles de ses pinceaux attestent
qu'il n'en méconnaît pas les ressources, mais, comme souvent, à
son insu ou malgré lui, ses rouges virent au pourpre, même dans
ses toiles à dominantes chaudes s'affirme son penchant pour les
froids.
La raison m'en parait claire. Ce
peintre, abstrait, et qui a le courage de le demeurer aujourd'hui,
est l'homme de la forêt et de la mer. Il a beau avoir roulé sa bosse
des Etats-Unis et du Mexique à l'Italie, il n'en est pas moins demeuré
l'enfant breton émerveillé par l'arbre et par l'océan, dans lesquels
il trouvait la présence de Celui à qui il a consacré sa vie.
Mais juste récompense: peut-être est-ce
cette présence qui donne à ses toiles leurs dimensions véritables
et qui les charge d'un message inouï."
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