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histoire > Un scientifique méconnu : P. Roger Joseph Boškovic
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Un scientifique
méconnu
P. Roger Joseph
Boškovic 
1711-1787

Il y a trois cents ans naissait à Dubrovnik, en Croatie, un grand scientifique le père Boškovic. Entré dans la Compagnie de Jésus, il entreprend des recherches dans de nombreux domaines. Sa personnalité sera appréciée et estimée dans le monde entier... Il est l'auteur d'une théorie dynamique de la matière fondée sur l'hypothèse atomique...

Portrait du père Boškovic Work of R. Edge Pine, London, 1760

Benoît XVI rend hommage au P. Boškovic lors
de son voyage à Zagreb en Croatie (4 juin 2011 )

Le Père Ruder Josip Boškovic personnifie très bien l'heureuse union entre la foi et la science, qui se stimulent mutuellement pour une recherche à la fois ouverte, diversifiée et capable de synthèse. Son śuvre majeure, la Theoria philosophiae naturalis, publiée à Vienne et ensuite à Venise au milieu du dix-huitième siècle, porte un sous-titre très significatif : redacta ad unicam legem virium in natura existentium, c'est-à-dire « selon l'unique loi des forces qui existent dans la nature ». Chez Boškovic il y a l'analyse, il y a l'étude des multiples branches du savoir, mais il y a aussi la passion pour l'unité. Et cela est typique de la culture catholique...

Les experts disent que sa théorie de la « continuité », valable aussi bien dans les sciences naturelles que dans la géométrie, s'accorde excellemment avec certaines des grandes découvertes de la physique contemporaine. Que dire ? Rendons hommage à l'illustre Croate, mais aussi à l'authentique Jésuite ; rendons hommage au passionné de la vérité qui sait bien combien elle le dépasse, mais qui sait aussi, à la lumière de la vérité, engager à fond les ressources de la raison que Dieu lui-même lui a données.

Intégralité du discours >>

Tout le monde sait désormais que saint Ignace de Loyola accordait, entre autres choses, une grande importance au travail scientifique des membres de la Compagnie. Si bien que nous trouvons parmi ses disciples beaucoup de personnes à avoir choisi cette voie et à s'y être tenus. L'un d'eux, et nous estimons qu'il mérite d'être connu, est un père croate du XVIIème siècle, le P. Roger Joseph Boškovic dont nous commémorons cette année la naissance, il y a 300 ans.

Pour beaucoup, Boškovic est un personnage plutôt inconnu. Peu savent qu'il est une des grandes personnalités intellectuelles du XVIIIème siècle, que ses succès dans le domaine des sciences - mathématique, physique, astronomie, hydrographie, architecture et philosophie - ont fait le tour du monde. Ayant traversé pratiquement toute l'Europe, celui-ci a effectivement laissé des traces dans beaucoup de pays, honoré pour ses compétences scientifiques lors de ses fonctions comme correspondant associé ou membre de diverses Académies de Sciences de Paris, Bologne, Londres, voire même de Saint Petersbourg.


L'église Saint Ignace à Dubrovnik,
en Croatie, sa ville natale

Giuseppe Ruggero Boškovic est né à Raguse, aujourd'hui Dubrovnik (Croatie) le 18 mai 1711, septième d'une famille de neuf enfants. Ses parents, Paula Bettera et Nicola Boškovic, sont des commerçants originaires du nord de l'Herzégovine. Une famille urbaine appréciée et pieuse. Quatre de leurs enfants ont choisi la vocation religieuse : Marie, qui entre chez les dominicaines, Ignacien chez les dominicains, Bartolo (Baro) et Roger Joseph chez les jésuites. Mais d'autres auront eux aussi à jouer un rôle important dans l'histoire de la culture croate. Pierre par exemple deviendra un homme de lettres et un traducteur renommé, et Anica fera partie du premier grand cercle littéraire de femmes en Croatie.


L'escalier conduisant au «Collège Ragusain», ouvert par les jésuites en 1684 et où le P. Boškovic fit ses études

Ses premières années, Roger les vit dans sa ville natale où il commence par fréquenter le «Collegio Ragusino» (ouvert par les jésuites en 1684 et que ces derniers dirigeront jusqu'à la suppression de l'Ordre en 1773). Puis il décide d'intégrer la Compagnie de Jésus. Conscients de ses grandes capacités intellectuelles et morales, les jésuites de Raguse voient en lui «un jeune homme plein de promesses» et l'envoient faire son noviciat à Rome.

Après son noviciat, Roger poursuit ses études au «Collège Romain». Au début, il se consacre à la philosophie qui embrassait, à l'époque, la mathématique, la physique et l'astronomie. Montrant, durant ses études, un vif intérêt pour la science grecque. Il étudie à fond les théories d'Euclide, puis celles de Galilée, Descartes, Newton et Leibniz. En 1733, Boškovic enseigne la grammaire et, en 1740, devient «professeur public de mathématique» dans l'étude de la philosophie, au «Collège Romain». Il est ordonné prêtre en 1740 et le 5 novembre de la même année célèbre sa première messe à l'autel de Saint Louis, en l'église Saint Ignace, à Rome.

En 1736, il a déjà publié son premier livre De maculis solaribus. Et en 50 ans d'activités scientifiques en aura écrit plus de 70, couvrant divers domaines : mathématique, astronomie, physique, géodésie, météorologie, architecture, archéologie, littérature, philosophie, voire diplomatie. Mais c'est dans la mathématique théorique et la géométrie surtout qu'il excellera, révélant des talents exceptionnels, comme le montre son oeuvre en trois volumes Elementa universae matheseos (1752-1754).

Dans cette oeuvre, écrite pour les étudiants, il présente la théorie des points d'intersection et la transformation des lieux géométriques. Cette connaissance de la mathématique (géométrie), Boškovic la met en pratique surtout lorsqu'il s'agit d'apporter des solutions techniques. Avec son expertise des fissures présentes sur la coupole de la Basilique Saint-Pierre à Rome, en 1742, ses recherches entrent dans une nouvelle ère, affrontant la question de la bonne stabilité des édifices. Le scientifique a d'ailleurs cherché des solutions pour tant d'autres bâtiments comme celui de la Bibliothèque de Césarée à Vienne, de l'église Sainte Geneviève à Paris, etc.

Entre 1752-1781, Boškovic réalise tant d'expertises de fleuves, marais, aqueducs et fontaines. La première, il la fait à la demande du pape Benoît XIV, au début de l'année 1752, sur la partie navigable du Tibre.

Mais la plus célèbre reste néanmoins sa proposition de creuser un canal pour empêcher aux eaux de l'Arno d'inonder la zone de Lucques, en Toscane. Des expertises auxquelles s'ajoutent celles de cinq autres ports italiens (Fiumicino, Terracina, Magna Vacca, Rimini et Savone) qu'il gère de manière tout aussi efficace.

En 1764 Boškovic devient professeur de mathématique à l'Université de Pavie. Sur le document d'invitation ont lit que Boškovic «est doté d'un intellect perspicace, d'une merveilleuse capacité de raisonnement et de compréhension, d'une explication sagace».

Vers la moitié du mois de mai 1760 Boškovic se rend en Angleterre où, sur proposition des astronomes anglais Bredly et Maskelyne, il est élu membre de la Royal Society.

Puis il est invité à Milan, où le gouverneur autrichien de la ville, le comte Firmian, a institué une chaire d'optique et d'astronomie.

Les dessins de Boškovic servent à la construction de l'observatoire de Brera où lui-même réalisera un gros travail théorique, mais surtout pratique, dans le domaine de l'astronomie.

Dans le secteur de l'optique, il travaillait aussi à Paris où il était connu pour sa grande capacité à fabriquer des appareils optiques, astronomiques et de géodésie (horloge à pendule, jumelles, etc...). qui lui ont d'ailleurs valu la citoyenneté française. A Paris, il a fait connaissance et collaboré avec tant d'astronomes et mathématiciens qu'ils avaient beaucoup d'estime pour lui, en particulier Lavande, La Contamine, Messier, Clairaut.

Le frontispice d'un de ses nombreux traités

Le Philosophiae naturalis redacta ad unicam legem virium in naturae existentium, (édités deux fois : à Vienne en 1758 et Venise en 1763), est certainement la plus connue et la plus dense de toutes les oeuvres de Boškovic. Il y présente, de manière tout à fait originale, son système de philosophie naturelle, parlant avant tout de la théorie des forces (theoria virium), qui explique la structure de la matière et les phénomènes naturels connus jusqu'à présent.

Partant de l'analogie et de la simplicité de la nature, dont il a fait le point de départ de sa philosophie de la nature, il montre que la loi de la continuité (lex continuitatis) vaut autant dans la nature qu'en géométrie (dans la nature rien ne va de l'avant par soubresauts !) et il forme sa propre courbe continue des forces (vires) appelée donc aussi courbe boscovichienne qui décrit l'action de la gravitation de Newton, dans les très grandes distances, explique les termes de la cohésion et de la fermentation dans les petites distances et, enfin, l'action des forces de répulsion dans les distances encore plus petites.

Boškovic en conclut que la matière est composée de points indivisibles qui ne peuvent être élargis et qui profitent de forces séparées entre elles par une certaine distance. La physique contemporaine, avec ses propres révélations sur le microcosme et l'ultra microcosme, confirme et montre que Boškovic, avec sa théorie philosophique de la nature, était très en avance pour l'époque et sur la voie qui va de la synthèse dynamique de l'univers de Newton jusqu'à la théorie de la relativité d'Einstein, et jusqu'à l'expérimentation aussi de la synthèse du microcosme avec la théorie du champs physique unique.

Un des nombreux monuments élevées en l'honneur de Boškovic

S'écartant de la théorie traditionnelle matérialiste et corpusculaire, Boškovic donne une explication dynamique et atomiste de la nature, favorise le développement de la physique dont beaucoup prouveront l'exactitude. La découverte du quark esclavage en1963 confirme l'hypothèse de Boškovic d'un nombre plus élevé de champs répulsifs et de particules de différentes structures (on les appelle aujourd'hui quark ou antiquaire, nucléons noyaux atomiques, molécules ...).

Boškovic est le premier qui, dans sa théorie, est arrivé à des conclusions encore aujourd'hui valables (du moins en ce qui concerne la qualité).

En voici trois exemples.

Premier: les sphères (forces) qui tiennent «le monde uni» et que nous appelons aujourd'hui forces nucléaires ou atomiques, sont les liens qui définissent les cellules fondamentales de toutes les manières de matière solide, compacte et liquide. Ces sphères dans les plus grandes distances s'attirent et se repoussent mutuellement, déterminant les positions méat (stables) des microparticules, soit des atomes dans les molécules, les corps, les liquides, etc..

deuxième exemple: l'ordre géométrique (structure), qui est important, dans les cellules primordiales, et pas seulement des espèces (par exemple, graphites, diamant et autres charbons qui ont un aspect, une couleur, une tenue, différentie)... car les atomes en soi se diversifient dans l'ordre).

Troisième exemple: en sondant le microcosme, la compréhension humaine se perd et peut devenir contreproductive. Le progrès s'obtient parfois avec la perte de l'évidence.

La philosophie de la nature de Boškovic en est un exemple; en effet, dans sa théorie des points, les points mathématiques sont décrits comme incommensurablement petits. Bien que ces derniers aient la masse et succombent à l'inertie et à la gravitation.

Comme à l'époque de saint Ignace, qui avait bien vu que l'on doit étudier si l'on veut faire de l'apostolat, Boškovic, à l'époque des Lumières, marquée par la glorification de l'intellect et de la science, perçoit que c'est justement en cela qu'il faut présenter Dieu sur les ailes de la science.

Boškovic était un grand scientifique et un fidèle fervent, qui a grandi dans la tradition de la spiritualité ignacienne, montrant ce lien qui unit la science et la foi. Voici ce qu'il écrit sur ce lien dans son livre Philosophiae naturalis redacta ad unicam legem virium in naturae existentium : «Il reste encore à souligner qu'aucune personne saine d'esprit ne peut mettre en doute que Celui qui, dans la création de la nature montre tant de clairvoyance et pour nous tant de bienfaisance, déjà en nous choisissant et en se préoccupant de nos besoins et intérêts, ait voulu se manifester dans la Révélation, pour que nous puissions mieux le connaître, l'honorer et aimer. Et tout cela parce que notre esprit est si limité qu'il lui est difficile de percevoir seul quelque chose. Arrivés à ce point, il nous sera facile de saisir, au milieu de toutes les absurdes et fausses interprétations des révélations, quelle est la vraie. Toutefois, celle-ci dépasse le cadre de la philosophie naturelle, que j'ai interprétée dans cette oeuvre et dont j'ai recueilli ces très grands fruits»» (n. 558).

Boškovic, le grand mathématicien, physicien, astronome, hydrographe, géodésie, opticien et philosophe - un olistorico sui generis - est mort le 13 février 1787 à Milan et il a été enterré modestement dans une église milanaise. Un cratère sur la lune porte son nom, de même que «l'Institut pour les recherches dans le domaine de la physique atomique», à Zagreb.

Ivan Koprek, S.J.
Traduction de Isabelle Couturier

PRÉCURSEUR DE L'ATOMISME.
Physicien, astronome, mathématicien, architecte, philosophe et diplomate, Rudjer Boškovic (1711-1787), savant jésuite natif de Dubrovnik, inventa la lunette achromatique et fut le précurseur de l'atomisme moderne, notamment par sa théorie des puncta , particules matérielles élémentaires régies par des champs de forces alternativement attractifs et répulsifs. Celui auquel Nietzsche a cru bon de rendre justice en le postant avec Copernic parmi les " victorieux adversaires de l'apparence " et à propos de qui Heisenberg, le père de la bombe, affirma que " sa théorie énonce des hypothèses qui ont trouvé leur confirmation au cours des cinquante dernières années ", fut également directeur de l'Optique royale de la Marine sous Louis XV, consolida la coupole de la basilique St-Pierre de Rome et la flèche centrale du Duomo de Milan. Il contribua également à la découverte d'Uranus. Découvreur de plusieurs formules de trigonométrie sphérique, il est aussi l'auteur d'une définition originale quoique particulièrement concise de la droite et du plan euclidiens : "cercle, respectivement sphère, dont le centre se situe à l'infini".

A Paris, à deux pas de l'Académie des Sciences, dont il fut membre, une plaque rappelle le séjour parisien de ce savant, croate d'origine et français d'adoption, qui a également laissé son nom à un cratère de la Lune.

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

> Discours du Pape Benoît XVI lors de son voyage en Croatie début juin 2011
> Commémoration en France du P. Roger Joseph Boškovic

> L'institut de recherche scientifique Rugjer Boskovic à Zagreb

> Les éclipses Poème latin en 6 chants par Ruder Josip Boskovic

> Sur Wikipedia

> La méthodologie de Boskovic