![]() |
![]() |
||
|
|
Portrait du père Boškovic Work of R. Edge Pine, London, 1760
Tout le monde sait désormais que saint Ignace de Loyola accordait, entre autres choses, une grande importance au travail scientifique des membres de la Compagnie. Si bien que nous trouvons parmi ses disciples beaucoup de personnes à avoir choisi cette voie et à s'y être tenus. L'un d'eux, et nous estimons qu'il mérite d'être connu, est un père croate du XVIIème siècle, le P. Roger Joseph Boškovic dont nous commémorons cette année la naissance, il y a 300 ans. Pour beaucoup, Boškovic est un personnage plutôt inconnu. Peu savent qu'il est une des grandes personnalités intellectuelles du XVIIIème siècle, que ses succès dans le domaine des sciences - mathématique, physique, astronomie, hydrographie, architecture et philosophie - ont fait le tour du monde. Ayant traversé pratiquement toute l'Europe, celui-ci a effectivement laissé des traces dans beaucoup de pays, honoré pour ses compétences scientifiques lors de ses fonctions comme correspondant associé ou membre de diverses Académies de Sciences de Paris, Bologne, Londres, voire même de Saint Petersbourg.
Giuseppe Ruggero Boškovic est né à Raguse, aujourd'hui Dubrovnik (Croatie) le 18 mai 1711, septième d'une famille de neuf enfants. Ses parents, Paula Bettera et Nicola Boškovic, sont des commerçants originaires du nord de l'Herzégovine. Une famille urbaine appréciée et pieuse. Quatre de leurs enfants ont choisi la vocation religieuse : Marie, qui entre chez les dominicaines, Ignacien chez les dominicains, Bartolo (Baro) et Roger Joseph chez les jésuites. Mais d'autres auront eux aussi à jouer un rôle important dans l'histoire de la culture croate. Pierre par exemple deviendra un homme de lettres et un traducteur renommé, et Anica fera partie du premier grand cercle littéraire de femmes en Croatie.
Ses premières années, Roger les vit dans sa ville natale où il commence par fréquenter le «Collegio Ragusino» (ouvert par les jésuites en 1684 et que ces derniers dirigeront jusqu'à la suppression de l'Ordre en 1773). Puis il décide d'intégrer la Compagnie de Jésus. Conscients de ses grandes capacités intellectuelles et morales, les jésuites de Raguse voient en lui «un jeune homme plein de promesses» et l'envoient faire son noviciat à Rome. Après son noviciat, Roger poursuit ses études au «Collège Romain». Au début, il se consacre à la philosophie qui embrassait, à l'époque, la mathématique, la physique et l'astronomie. Montrant, durant ses études, un vif intérêt pour la science grecque. Il étudie à fond les théories d'Euclide, puis celles de Galilée, Descartes, Newton et Leibniz. En 1733, Boškovic enseigne la grammaire et, en 1740, devient «professeur public de mathématique» dans l'étude de la philosophie, au «Collège Romain». Il est ordonné prêtre en 1740 et le 5 novembre de la même année célèbre sa première messe à l'autel de Saint Louis, en l'église Saint Ignace, à Rome.
Dans cette oeuvre, écrite pour les étudiants, il présente la théorie des points d'intersection et la transformation des lieux géométriques. Cette connaissance de la mathématique (géométrie), Boškovic la met en pratique surtout lorsqu'il s'agit d'apporter des solutions techniques. Avec son expertise des fissures présentes sur la coupole de la Basilique Saint-Pierre à Rome, en 1742, ses recherches entrent dans une nouvelle ère, affrontant la question de la bonne stabilité des édifices. Le scientifique a d'ailleurs cherché des solutions pour tant d'autres bâtiments comme celui de la Bibliothèque de Césarée à Vienne, de l'église Sainte Geneviève à Paris, etc. Entre 1752-1781, Boškovic réalise tant d'expertises de fleuves, marais, aqueducs et fontaines. La première, il la fait à la demande du pape Benoît XIV, au début de l'année 1752, sur la partie navigable du Tibre. Mais la plus célèbre reste néanmoins sa proposition de creuser un canal pour empêcher aux eaux de l'Arno d'inonder la zone de Lucques, en Toscane. Des expertises auxquelles s'ajoutent celles de cinq autres ports italiens (Fiumicino, Terracina, Magna Vacca, Rimini et Savone) qu'il gère de manière tout aussi efficace. En 1764 Boškovic devient professeur de mathématique à l'Université de Pavie. Sur le document d'invitation ont lit que Boškovic «est doté d'un intellect perspicace, d'une merveilleuse capacité de raisonnement et de compréhension, d'une explication sagace». Vers la moitié du mois de mai 1760 Boškovic se rend en Angleterre où, sur proposition des astronomes anglais Bredly et Maskelyne, il est élu membre de la Royal Society. Puis il est invité à Milan, où le gouverneur autrichien de la ville, le comte Firmian, a institué une chaire d'optique et d'astronomie. Les dessins de Boškovic servent à la construction de l'observatoire de Brera où lui-même réalisera un gros travail théorique, mais surtout pratique, dans le domaine de l'astronomie.
Dans le secteur de l'optique, il travaillait aussi à Paris où il était connu pour sa grande capacité à fabriquer des appareils optiques, astronomiques et de géodésie (horloge à pendule, jumelles, etc...). qui lui ont d'ailleurs valu la citoyenneté française. A Paris, il a fait connaissance et collaboré avec tant d'astronomes et mathématiciens qu'ils avaient beaucoup d'estime pour lui, en particulier Lavande, La Contamine, Messier, Clairaut. Le frontispice d'un de ses nombreux traités
Partant de l'analogie et de la simplicité de la nature, dont il a fait le point de départ de sa philosophie de la nature, il montre que la loi de la continuité (lex continuitatis) vaut autant dans la nature qu'en géométrie (dans la nature rien ne va de l'avant par soubresauts !) et il forme sa propre courbe continue des forces (vires) appelée donc aussi courbe boscovichienne qui décrit l'action de la gravitation de Newton, dans les très grandes distances, explique les termes de la cohésion et de la fermentation dans les petites distances et, enfin, l'action des forces de répulsion dans les distances encore plus petites. Boškovic en conclut que la matière est composée de points indivisibles qui ne peuvent être élargis et qui profitent de forces séparées entre elles par une certaine distance. La physique contemporaine, avec ses propres révélations sur le microcosme et l'ultra microcosme, confirme et montre que Boškovic, avec sa théorie philosophique de la nature, était très en avance pour l'époque et sur la voie qui va de la synthèse dynamique de l'univers de Newton jusqu'à la théorie de la relativité d'Einstein, et jusqu'à l'expérimentation aussi de la synthèse du microcosme avec la théorie du champs physique unique. Un des nombreux monuments élevées en l'honneur de Boškovic
Boškovic est le premier qui, dans sa théorie, est arrivé à des conclusions encore aujourd'hui valables (du moins en ce qui concerne la qualité). En voici trois exemples. Premier: les sphères (forces) qui tiennent «le monde uni» et que nous appelons aujourd'hui forces nucléaires ou atomiques, sont les liens qui définissent les cellules fondamentales de toutes les manières de matière solide, compacte et liquide. Ces sphères dans les plus grandes distances s'attirent et se repoussent mutuellement, déterminant les positions méat (stables) des microparticules, soit des atomes dans les molécules, les corps, les liquides, etc.. deuxième exemple: l'ordre géométrique (structure), qui est important, dans les cellules primordiales, et pas seulement des espèces (par exemple, graphites, diamant et autres charbons qui ont un aspect, une couleur, une tenue, différentie)... car les atomes en soi se diversifient dans l'ordre). Troisième exemple: en sondant le microcosme, la compréhension humaine se perd et peut devenir contreproductive. Le progrès s'obtient parfois avec la perte de l'évidence. La philosophie de la nature de Boškovic en est un exemple; en effet, dans sa théorie des points, les points mathématiques sont décrits comme incommensurablement petits. Bien que ces derniers aient la masse et succombent à l'inertie et à la gravitation. Comme à l'époque de saint Ignace, qui avait bien vu que l'on doit étudier si l'on veut faire de l'apostolat, Boškovic, à l'époque des Lumières, marquée par la glorification de l'intellect et de la science, perçoit que c'est justement en cela qu'il faut présenter Dieu sur les ailes de la science. Boškovic était un grand scientifique et un fidèle fervent, qui a grandi dans la tradition de la spiritualité ignacienne, montrant ce lien qui unit la science et la foi. Voici ce qu'il écrit sur ce lien dans son livre Philosophiae naturalis redacta ad unicam legem virium in naturae existentium : «Il reste encore à souligner qu'aucune personne saine d'esprit ne peut mettre en doute que Celui qui, dans la création de la nature montre tant de clairvoyance et pour nous tant de bienfaisance, déjà en nous choisissant et en se préoccupant de nos besoins et intérêts, ait voulu se manifester dans la Révélation, pour que nous puissions mieux le connaître, l'honorer et aimer. Et tout cela parce que notre esprit est si limité qu'il lui est difficile de percevoir seul quelque chose. Arrivés à ce point, il nous sera facile de saisir, au milieu de toutes les absurdes et fausses interprétations des révélations, quelle est la vraie. Toutefois, celle-ci dépasse le cadre de la philosophie naturelle, que j'ai interprétée dans cette oeuvre et dont j'ai recueilli ces très grands fruits»» (n. 558). Boškovic, le grand mathématicien, physicien, astronome, hydrographe, géodésie, opticien et philosophe - un olistorico sui generis - est mort le 13 février 1787 à Milan et il a été enterré modestement dans une église milanaise. Un cratère sur la lune porte son nom, de même que «l'Institut pour les recherches dans le domaine de la physique atomique», à Zagreb. Ivan Koprek, S.J.
|
Pour en savoir plus : > Discours du Pape Benoît XVI lors de son voyage en Croatie début juin 2011 > L'institut de recherche scientifique Rugjer Boskovic à Zagreb > Les éclipses Poème latin en 6 chants par Ruder Josip Boskovic |
Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |