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Arthur Baur
missionnaire en Chine au XXème siècle

Arthur était né à Durlinsdorf en Alsace, d’une famille paysanne de 3 enfants, tous déportés en Allemagne avec leur village en 1914. Orphelin de père, il entre à l’école missionnaire de Florennes en Belgique. Il pensait à la mission d’Afrique avec les Spiritains, nombreux en Alsace, mais il choisit la Compagnie et entre sur place au noviciat à 17 ans. Le juvénat (formation littéraiore) terminé, il est nommé régent (surveillant), toujours à Florennes. C’est là qu’on lui propose la mission de Chine : avec l’accord de sa mère, il accepte. Et en septembre 1934, avec vingt autres missionnaires de plusieurs congrégations, il embarque à Marseille : il a 21 ans.

14 ans en Chine


L'ancienne bibliothèque jésuite de Zikawei qui vient de réouvrir

Après 35 jours de voyage, Arthur arrive à Shanghai à la mission de Zikawei, où il retrouve des jésuites parisiens et chinois. « J’avais une bonne mémoire... », racontait-il : deux ans plus tard, il peut suivre les cours de philo en chinois comme en latin. En 1939 il enseigne un an au collège de Sienshien. A Zikawei où il sera ordonné en juin 1944, ils étaient, sur 4 années, 120 étudiants jésuites de 16 nationalités. L’Eglise de Chine comptait alors 120 diocèses et préfectures apostoliques, avec deux millions de fidèles.

Il  est préfet des études et professeur au collège de Sienshien en septembre 46, mais dès l’été suivant le grand domaine de Sienshien (évêché, scolasticat, collège, séminaire) est occupé par les troupes maoïstes. Les pères sont rançonnés, les élèves « rééduqués », certains acceptant de participer à des jugements populaires et d’accuser leurs professeurs. Un mois durant, des parodies de procès se déroulent en plein air. Cinq pères dont Arthur Baur sont présentés à la foule, puis enfermés en cellule pendant un an ; ils doivent écrire leur confession forcée. Pour finir, on les expulse, le 31 juillet 1948 : rude épreuve pour la Saint Ignace !

Par Hong-Kong et Marseille, Arthur retrouve le pays natal. A Durlinsdorf, avant sa messe, la foule l’acclame. Après deux mois de visites et de repos, il termine sa formation (son 3ème An) à Ineuil (Cher). Et reçoit sa nouvelle mission, les Chinois qui viennent d’arriver aux Philippines : ils sont 300 000 dont un bon nombre de chrétiens.

52 ans avec les Chinois des Philippines
Il arrive donc à Manille en juillet 49 pour accueillir, avec d’autres pères expulsés de Chine, les jeunes jésuites réfugiés : une trentaine de novices et de juvénistes chinois et européens. Ils aménagent une ancienne ferme, alternant prière, étude, et travaux de jardinage et d’élevage pour leur nourriture et un peu de vente. Un jésuite chinois se souvient de cette vie rude, sous la tôle ondulée : « Nous vivions la pauvreté des réfugiés chinois. »

A l’automne 1955, connaissant son désir pastoral, les supérieurs envoient le P. Baur à Taïwan, pour suivre l’école de langue de Hsinchu, fondée par les pères chassés de Chine. Arthur connaissait le chinois mandarin de Pékin, il apprend le amoy parlé par la majorité des exilés.

Dès l’année suivante il est nommé dans l’île de Cebu, au centre de l’archipel philippin, en charge de la paroisse du Sacré-Cœur. Des 20 000 chinois de Cebu, la moitié sont chrétiens. Un collège est fondé, qui comptera 1500 élèves en 1960. Il racontait : « Je ne pensais pas bâtir la plus belle église de la ville, fierté de la chrétienté chinoise... Un Chinois m’a remercié d’avoir fait prier ensemble Chinois et Philippins ». Mais en 1976, à la suite de discussions dans l’équipe pastorale, le père offre sa démission ; et il est nommé aussitôt dans l’île de Panay, au Nord de Cebu, à Ste-Marie d’Iloilo.

Après 36 ans de Philippines, le P. Baur aura l’occasion de passer 15 jours en Chine, mais les contacts avec les chrétiens et les jésuites resteront extrêmement réservés et prudents. En 1988, une lourde chute dans l’escalier de son presbytère va gravement l’atteindre. Après un congé de trois mois en France, temps d’adieux à l’Alsace, à ses parents et amis, il réalise, occasion pour lui d’un sérieux détachement, qu’il ne sera plus responsable de sa paroisse mais auxiliaire.

En 97 Arthur obtient de rejoindre Cebu, pour y achever sa vie missionnaire, près de sa belle église du Sacré-Cœur. C’est la veille de son soixantième anniversaire de sacerdoce, qu’une crise cardiaque va l’emporter. Dans sa chaleureuse homélie, le cardinal Vidal a célébré « la longue vie du Père Arthur, celle d’un prêtre incroyablement disponible, touché par le doigt de Dieu ».

Jacques GABIN

 

 

Pour en savoir plus :

> Un très beau site sur le Père Baur

> Un article du journal l'Alsace sur le Père Baur

> La bibliothèque des jésuites à Zikawei

> La grande épopée des Jésuites en Chine

> Roland Doriol, un jésuite à Cebu