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Les Missions du Paraguay

L'histoire des missions du Paraguay, qui s'étendaient sur un vaste territoire partagé aujourd'hui entre le Paraguay, le Brésil, l'Argentine et la Bolivie, est à replacer dans le contexte des problèmes posés par la découverte de l'Amérique latine.

Le traité de Tordesillas signé en 1494 sous l'égide du pape Alexandre VI, institue une ligne de partage des terres découvertes entre l'Espagne et le Portugal. La couronne d'Espagne organise un régime qui soumet les Indiens considérés comme des êtres inférieurs au tribut et au travail obligatoire. Les colons peuvent utiliser à leur profit ce système, l'encomienda, qui leur permet de disposer d'une main-d'oeuvre pour exploiter leur domaine.

Devant les abus commis, l'Église va réagir vigoureusement. Deux Dominicains, Francisco de Vitoria, un professeur de droit de Salamanque et Bartolomeo de Las Casas, un ancien encomendero converti, affirment que les Indiens ont des droits civils et politiques qui doivent être respectés ; qu'ils ont une culture et des dons ; qu'ils sont susceptibles de progrès grâce à l'instruction. Il faut les traiter comme des égaux et faciliter leur évolution. L'accès au christianisme est une étape importante de celle-ci, mais elle doit être franchie au terme d'un apprentissage pacifique. Ces thèses développées lors des conférences de Valladolid (septembre 1550/mai 1551 ) vont imprégner les instructions royales faites aux Vices-Rois. Celles-ci insistent sur le respect des droits des Indiens et le rôle émancipateur de la christianisation. Elles vont permettre aux ordres religieux de développer leur action qui va de pair avec la mise en place de l'administration royale.

Arrivés au Paraguay en 1542, les Franciscains commencent par étudier la langue guarani qu'ils transcrivent en caractères latins, publiant dictionnaires et grammaires. Elle devient un instrument essentiel de l'enseignement et de la prédication. Afin de les protéger, de les instruire, de les soigner et de les «conduire au christianisme», ils sédentarisent les Indiens semi-nomades dans des villages (tava), d'où le terme de réduction donné à ces communautés. Ils fondent ainsi la mission de Yaguaron en 1585, puis celle de Caazapa - la plus importante - en 1606. L 'organisation des villages est plus ouverte sur l'extérieur que ne sera celle des missions jésuites, les Indiens restant soumis à l'encomienda, même si celle-ci est encadrée par les Pères.

Les Missions jésuites

Dans les années 1580, les autorités espagnoles font appel aux Jésuites pour convertir et encadrer les Indiens Guaranis semi-nomades à l'est du rio Paraguay, créant ainsi une vaste zone-tampon face aux poussées des Portugais. La première «Mission » est fondée à San Ignazio Guazù en 1609; en 1627, quatorze «Réductions» (Missions) contrôlent une population de 30 000 indiens. En 1707, trente d'entre elles ont chacune entre 1500 et 7000 habitants, l'ensemble de ces réductions pouvant même quelquefois en regrouper jusqu'à 150 000. Chacune est placée sous l'autorité de deux Pères jésuites.


Chaque réduction est organisée sur un plan régulier : sur les trois
côtés d'une vaste place sont alignés les maisons familiales, toutesidentiques, bordées de portiques. Le quatrième côté est dominé par l'église, flanquée du cimetière, les maisons pour les veuves et le collège (habitation des Pères, magasin collectif, réserve d'outils et d'armes, salle de réunion...).

L'administration, transposée du modèle espagnol, est assurée par les Indiens eux-mêmes : un cabildo (conseil) est élu pour un an, avec à sa tête un corregidor nommé par le gouverneur de la Province sur proposition des Jésuites, un adjoint du corregidor, deux alcades, quatre conseillers, un ou deux alguaciles (chargés de l'ordre public) et un secrétaire. Les caciques traditionnels sont maintenus. Afin de se défendre contre les incursions des paulistas (portugais chercheurs d'esclaves), les milices indiennes des réductions ont reçu l'autorisation de posséder des armes à feu.

Les jésuites ont sédentarisé les Guaranis semi-nomades, mais conservé la coutume de la propriété collective du clan en instituant un système mixte :

- chaque famille possède un terrain l'aba-mba'e, (« la propriété de l'indien»). Elle dépose les produits de sa terre dans un magasin public d'où elle les retire au fur et à mesure de ses besoins.

- la réduction gère la propriété collective tupa-mba'e « la propriété de Dieu », sur laquelle le travail est obligatoire entre 18 et 50 ans, deux jours par semaine, quatre à six heures par jour

On pratique l'élevage des boeufs, on cultive aussi l'herbe à maté, la yerba, devenue la boisson courante des Créoles. L'artisanat est surtout destiné à couvrir les besoins de la communauté.

Dès 1609, grâce à un décret royal, les jésuites avaient fait exclure de l'encomendia les Indiens de leurs missions. Cette exemption suscitait l'hostilité des Créoles privés d'une main-d'oeuvre gratuite.

Au XVllle siècle en Europe, sous la double pression des philosophes et du pouvoir monarchique, les attaques se multiplient contre les Jésuites qui incarnent le pouvoir et l'universalisme de l'Église. Sous l'impulsion du ministre Pombal, le Portugal de Joseph 1er expulse les jésuites en 1759, puis la Compagnie de Jésus est dissoute en France en 1764 et enfin expulsée de tout l'empire espagnol en 1766.

Dans les missions, les jésuites sont alors remplacés par les Franciscains qui n'ont ni leur autorité ni leur expérience. Si l'organisation collective et le système du cabildo sont maintenus, un gouverneur espagnol est nommé à la tête des réductions. Les Guaranis sont exposés à l'arbitraire des fonctionnaires. Ils sont nombreux à partir : c'est la lente dégénérescence des missions qui sont pour la plupart détruites entre 1817 et 1827.

 

 

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