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Conférence pour la clôture du mois ignatien, prononcée par le Père Arrupe le 6 février 1981, quelques mois avant l'accident de santé qui l'atteindra dans ses forces vives La charité en action, universelle, ne connaissant de limite ni dans l'espace, ni dans son mode d'expression, ni dans ses moyens est, pourrions-nous dire, ce qui est la marque spécifique de la Compagnie parmi les Instituts religieux de vie contemplative ou mixte, avec lesquels elle a en commun le désir du salut et la perfection personnels comme du salut et de la perfection du prochain. Nadal, un des compagnons contemporains d'Ignace, voulait que ce fût là pour les jésuites quelque chose de bien clair. Sans cette application apostolique de notre charité et de notre amour, la fondation de la Compagnie n'aurait aucune justification. "Nous ne plaçons pas la perfection de notre état dans la contemplation ou dans l'oraison, comme si celles-ci étaient les moyens uniques d'aider le prochain, en demeurant dans nos chambres, bien que consiste en cela la perfection des Ordres monastiques. Pour nous, la charité nous aiguillonne." D'une manière plus explicite encore : "Le Père céleste a fixé comme fin de la Compagnie la plénitude et la perfection de la charité." Nadal s'enflamme quand il touche à ce thème et, assurément, il le fait en tous lieux et devant tous les auditoires auxquels il explique les Constitutions dont la première rédaction venait d'être achevée. Faire en sorte que les esprits et les coeurs des jésuites soient bien pénétrés de la haute fin de la Compagnie était fondamental pour que ceux-ci fassent leur l'esprit authentique de la Compagnie. De toute évidence, il se plaît à affirmer à plusieurs reprises que "la fin de la Compagnie est la même que celle du Christ". "La fin la plus parfaite possible nous a été donnée, à savoir la même que celle que le Père céleste a assignée à son Fils unique dans son incarnation, dans sa vie, sa mort et sa résurrection…; le salut et la perfection des âmes atteints par une charité pleine et parfaite." L'enthousiasme de Nadal ne connaît pas de limites : "Que pensez-vous qu'est la perfection que nous recherchons ? Ce n'est ni la pauvreté, ni la chasteté, ni l'obéissance." Il redisait la même chose aux étudiants de Cologne : "Notre fin n'est ni la pauvreté, ni la chasteté, ni l'obéissance, mais la charité et la perfection de la charité, ou, en d'autres mots, la plus grande gloire de Dieu et l'amour du prochain. La pauvreté, etc., ne sont rien d'autre que des moyens." Enfin, le Majorquin plein de mesure qu'est Nadal s'exalte et se laisse entraîner à une expression littéraire qui ne lui est pas habituelle : "C'est une fin très parfaite que celle qui consiste à tout rapporter à la charité divine ou à la plus grande gloire de Dieu. Ceci apparaît très clairement dans toutes les Constitutions. D'autres font tout pour la gloire de Dieu; nous, pour la plus grande gloire. C'est comme une flamme." C'est littérairement une belle phrase. Mais que cela ne nous trompe pas. Ignace lui-même, du style de qui tout le monde se sent autorisé à sourire, arrive, pour une fois au moins, à une heureuse expression littéraire quand, pour consoler un administrateur qui avait la nostalgie de ministères sacerdotaux, il l'assure que cette occupation, accomplie par obéissance, peut avoir une aussi grande valeur que la contemplation et peut même "être plus agréable à Dieu parce que provenant d'une charité plus ardente et plus forte". |
> Des liens internet à l'occasion du centenaire de la naissance du Père Arrupe Quelques livres pour en savoir plus : > Pedro Arrupe, Ecrits pour évangéliser, Desclée de Brouwer - Bellarmin, Paris 1985 > Pedro Arrupe, L'espérance ne trompe pas, préface d'Henri Madelin, Le Centurion, Paris 1981 > Pedro Arrupe, Promouvoir la justice, Cerf, Paris 1985 > Jean-Yves Calvez, Le Père Arrupe : L'Eglise après le Concile, Cerf, Paris 1997 |
Jésuites : serviteurs
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