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A l'occasion du dixième anniversaire de la mort du Père Arrupe, vous avez adressé une lettre aux jésuites du monde entier. Dans quel but avez-vous souhaité rappeler à tous la personnalité et l'oeuvre du Père Arrupe ? La figure du Père Arrupe reste encore tellement présente parmi nous qu'il était tout à fait naturel qu'à l'occasion du dixième anniversaire de sa mort la Compagnie de Jésus remercie le Seigneur pour son témoignage de fidélité et d'authenticité de vie consacrée. Par ailleurs en Amérique Latine les jésuites spontanément avaient déjà commencé une année "arrupienne" pour rappeler les grandes orientations apostoliques de ce témoignage qui était aussi bien une grande familiarité contemplative avec le Seigneur Jésus qu'une généreuse participation à l'amour préférentiel du Seigneur pour les pauvres. Avec le temps, le souvenir du Père Arrupe s'estompe peut-être un peu. Elu supérieur général en 1965, il a quitté cette charge en 1983. Après une longue maladie, il est mort en 1991. Pour les plus jeunes serait-il déjà un inconnu ? Même si les plus jeunes dans la Compagnie n'ont pas rencontré le père Pedro Arrupe de son vivant, pourtant il peut difficilement rester pour eux un inconnu. Lorsqu'ils découvrent comment nous devons devenir des hommes pour les autres à la suite du Christ, ils rencontrent inévitablement celui qui a forgé cette expression et proclamé cette mission. Il en est de même de tant de paroles de saint Ignace auxquelles le père Arrupe a donné une nouvelle vigueur. Par exemple vivre comme des amis dans le Seigneur pour prêcher la bonne nouvelle du Seigneur en pauvreté, c'est-à-dire désarmés sans recourir à des moyens spectaculaires. Ou bien aimer et servir en toute chose l'Eglise sous le vicaire du Christ en terre. Ce sont autant d'expressions de saint Ignace actualisées par le père Arrupe qui portent encore aujourd'hui le dynamisme apostolique de la Compagnie de Jésus, et que les plus jeunes reprennent pour les vivre à l'exemple du père Arrupe aussi bien comme il les a vécues pendant les nombreuses années d'une activité débordante comme pendant tant d'années d'un douloureux chemin de croix. Le Père Arrupe, avec sa manière de diriger, avec ses idées et ses initiatives apostoliques a suscité, à l'époque, des controverses. Dans votre lettre aux jésuites du 18 janvier dernier vous parlez d'incompréhensions. Pensez-vous qu'avec le temps, ces incompréhensions n'ont plus de raison d'être ? Le père Arrupe était prophétique en un temps de grands bouleversements et de grandes confusions. Il était prêt à être critiqué et il ne s'en souciait guère. Jamais une parole ne sortait de ses lèvres qui ne soit d'encouragement, d'optimisme dans le Seigneur et de confiance en Celui qui, "ami des hommes", écrit une histoire de salut pour nous et avec nous. Avec des mots vrais et francs, le père Arrupe rappelait l'authenticité de la mission de vie consacrée à accomplir aussi bien dans une fidélité sans ambiguïté au charisme fondateur à ne pas altérer que dans une créativité courageuse qui réponde sans cesse au service de l'Eglise, aux besoins de l'humanité de notre temps. Pour le reste le père Arrupe faisait confiance à l'Esprit qui dans le Concile Vatican II a parlé à l'Eglise. Son message était exigeant car il demandait de notre part une véritable conversion du coeur. Rien d'étonnant alors que ce témoignage prophétique transparent et fascinant, mais exigeant rencontre de la résistance peut-être encore aujourd'hui. Après le départ du Père Arrupe du poste de supérieur général et par la suite après sa mort a-t-il été nécessaire d'apporter des changements importants à l'activité apostolique de la Compagnie de Jésus et à sa vie interne ? Le Père Arrupe lui-même avait déjà commencé à apporter des changements importants pour éviter que son message apostolique soit dénaturé par des exploitations idéologiques ou par des interprétations unilatérales. La promotion de la justice devrait rester une expression de l'amour du Christ pour les pauvres et une concrétisation de l'enseignement social de son Eglise. Dialogue et inculturation devraient rester enracinés dans une authentique évangélisation, l'effort social assumé pour le royaume ne peut pas éliminer le ministère spirituel et pastoral, le ministère éducatif et intellectuel. Il est significatif que le dernier jour de son activité - c'était le 5 août 1981 - le père Arrupe était réuni avec les jésuites qui à sa demande s'ingéniaient généreusement pour venir en aide aux réfugiés du Cambodge. Dans cette rencontre à Bangkok, le père Arrupe encourageait les jésuites à persévérer dans leur dévouement pour les plus pauvres des pauvres malgré toutes les difficultés, mais en même temps il leur demandait d'accomplir ce travail en union étroite avec l'Eglise thaïlandaise afin que toute cette charité ne soit pas celle d'une organisation de bienfaisance mais comme le rayonnement d'une Eglise avec les pauvres. Vous personnellement qu'appréciez-vous le plus dans la personne et l'oeuvre du Père Arrupe ? Comme supérieur général, je n'ai pas pu avoir de vraies conversations avec lui. Mais parler avec lui n'était pas nécessaire, il suffisait de le voir. Tout ce qu'il avait communiqué à la Compagnie sur la contemplation dans l'action, sur notre mission d'apôtre et sur notre fidélité à l'Eglise était pour lui connaturel, partie intégrante de sa personne en pleine activité ou en une passivité de souffrance. Son message a jailli d'une personne humaine qui se laissait saisir par l'Esprit en un amour, de personne à personne, de coeur à coeur avec le Christ pour la plus grande gloire de la divine majesté. Cet homme à la silhouette effacée et comme timide, qui n'élève pas la voix, qui aime même à se taire longuement est aussi animé d'une étrange passion dès qu'il s'agit de rénover la vie consacrée, de servir I'Eglise, de s'ouvrir à l'Evangile, ou tout simplement lorsqu'il s'agit d'aider un compagnon, un homme ou une femme en détresse. Voilà le père Arrupe comme aussi d'autres l'ont connu.
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> Des liens internet à l'occasion du centenaire de la naissance du Père Arrupe Quelques livres pour en savoir plus : > Pedro Arrupe, Ecrits pour évangéliser, Desclée de Brouwer - Bellarmin, Paris 1985 > Pedro Arrupe, L'espérance ne trompe pas, préface d'Henri Madelin, Le Centurion, Paris 1981 > Pedro Arrupe, Promouvoir la justice, Cerf, Paris 1985 > Jean-Yves Calvez, Le Père Arrupe : L'Eglise après le Concile, Cerf, Paris 1997 |
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