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Rome, le 18 janvier 2001 A TOUTE LA COMPAGNIE Chers Pères et Frères, La paix du Christ, Il y a dix ans, la veille de la fête des Saints Martyrs Japonais, le Seigneur de l'a Vigne rappelait à lui son compagnon de route, le Père Pedro Arrupe. Je voudrais par cette lettre commémorer brièvement sa vie et sa mort apostoliques et inviter chacun à rendre grâces en célébrant l'Eucharistie du Seigneur, si possible le 6 février et en communauté. Plus de cinquante années d'une activité missionnaire débordante sous l'Esprit. Plus de dix ans d'une passivité de plus en plus totale, portée elle aussi, en apôtre, dans le même Esprit. Comme tout témoin prophétique, le Père Arrupe fut signe de contradiction, incompris ou mal compris, dans la Compagnie et en dehors. Sa parole si franche et si vraie ne laissait pourtant personne indifférent, surtout lorsqu'il parlait de l'Esprit qui renouvelle l'Eglise, et qui opère aussi, pour l'Eglise, le renouveau de la vie consacrée et celui de la Compagnie. Il n'a pas hésité, surtout comme supérieur général, à envoyer sur toutes les routes ses amis dans le Seigneur. Pour annoncer, en paroles et en actes, la promotion d'une justice qui vit la plénitude de l'évangile pour et avec les pauvres. Pour inculturer cet évangile et ouvrir notre mission à une vraie rencontre des hommes et des femmes de bonne volonté, dans toutes les cultures et toutes les religions, sans exclure l'incroyance moderne. Et pour faire face - comment oublier son pressant appel - au drame des pauvres parmi les pauvres, les réfugiés et les personnes déplacées sur une terre de plus en plus inhospitalière.
Pour nous et avec nous, le Père Arrupe scrutait les signes du Royaume et de sa venue parmi nous. Il savait combien il est difficile de prophétiser, surtout, comme le dit un proverbe chinois, lorsqu'il s'agit de l'avenir. Mais il se laissait envahir par l'avenir de l'Eglise, celui de la vie consacrée, celui, surtout, de la Compagnie de Jésus. S'adressant à l'Union des Supérieurs généraux à la fin de mai 1974, il prophétisait un avenir qui trouve sans peine un écho dans notre rencontre de septembre dernier à Loyola : "I1 n'y a pas de doute que le service que nous devons rendre à l'Eglise et aux hommes de notre temps est un élément essentiel et une garantie de notre survivance. Ce qui devient inutile perd sa raison d'exister. Ce désir de servir doit nous pousser à étudier en profondeur le charisme propre du fondateur, ses intentions, afin d'en découvrir l'application la meilleure dans les circonstances actuelles et futures. On ne doit s'inquiéter ni de l'aspect conflictuel, ni de l'opposition qui peut venir d 'où on l'attend le moins, parce que l'Esprit suit souvent des chemins difficilement compréhensibles à ceux qui ne possèdent pas ou ne savent pas reconnaître le charisme fondamental ou religieux appliqué aux circonstances nouvelles. D'autre part, chaque adaptation ou réforme doit être réalisée par des hommes de grande stature spirituelle, ayant un véritable esprit surnaturel : cela suppose un grand zèle pour la gloire de Dieu et le service de l'Eglise, humilité, obéissance et profonde pénétration de l'évangile. Si nous avons des hommes d 'un tel esprit et si nous sommes capables d 'offrir un service concret à l''Eglise et à l'humanité, les difficultés ne doivent pas nous effrayer ; elles signifient, au contraire, que nous sommes sur la bonne voie." C'est ainsi que le Père Arrupe voyait et vivait notre avenir, aussi bien pendant ses années d'activité missionnaire qu'au cours des longues années de maladie où, avec tant de compagnons jésuites, il poursuivait sa mission en priant et en souffrant pour l'Eglise et la Compagnie. Se sentant "mis avec le Fils" portant sa croix, il a pu assumer le poids de ses responsabilités et affronter les défis de notre temps. I1 le rappelait lui-même dans sa dernière homélie, au sanctuaire de La Storta. Et il ajoutait : "J'ai traversé sans doute bien des difficultés, petites et grandes, mais toujours aidé par le réconfort de Dieu. Ce Dieu dans les mains duquel je me sens maintenant plus que jamais, ce Dieu qui a pris possession de moi." Il partageait ainsi la conviction de saint lgnace : que ce soit dans la santé ou la maladie, que notre vie soit longue ou qu'elle soit courte, la mission pour la gloire de Dieu continue de s'accomplir. Lorsque, le soir du 5 février 1991, le Frère Bandera nous a fait signe que le Seigneur venait de rappeler auprès de lui son fidèle serviteur, nous avons spontanément entonné un chant d'action de grâces. Que notre Eucharistie du 6 février prochain dise notre fervent remerciement au Père pour la vie du Père Pedro Arrupe et pour la vision ignatienne qui l'a animé. Et à partir de là, "réfléchir en soi-même en considérant ... ce que, de mon côté, je dois offrir et donner à Sa divine Majesté." (Ex.Sp.234) Je vous assure de tout mon dévouement dans le Christ, Peter-Hans Kolvenbach, S.J.
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> Des liens internet à l'occasion du centenaire de la naissance du Père Arrupe Quelques livres pour en savoir plus : > Pedro Arrupe, Ecrits pour évangéliser, Desclée de Brouwer - Bellarmin, Paris 1985 > Pedro Arrupe, L'espérance ne trompe pas, préface d'Henri Madelin, Le Centurion, Paris 1981 > Pedro Arrupe, Promouvoir la justice, Cerf, Paris 1985 > Jean-Yves Calvez, Le Père Arrupe : L'Eglise après le Concile, Cerf, Paris 1997 |
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